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Pour sa seconde carte blanche, notre invitée de la semaine, l’historienne de l’art et critique de la photographie Martine Ravache, nous parle du lien indissociable qu’elle entretien entre la photographie et l’écriture. C’est ce même lien qui lui a permis de créer le workshop  « Apprendre à voir »…

J’écris et j’aime les images, depuis toujours. J’écris donc à partir des images qui sont toujours ma source d’inspiration.
Mes études d’’histoire de l’Art à l’Ecole du Louvre m’ont mené à la photographie qu’à l’époque, au tout début des années quatre-vingt, j’étais bien la seule ou presque, parmi mes condisciples, à considérer comme un art. Avec Bertrand Lorquin (conservateur Musée Maillol) , nous rêvions tout haut de voir la photographie « rentrer » à Beaubourg et nous étions sûrs, en grands rêveurs professionnels, que cette utopie finirait par se réaliser un jour. Finalement c’est arrivé plus vite que prévu. J’en ai conclu que tout arrive plus vite que prévu.

Parallèlement à mes études, je suis devenue iconographe dans l’édition puis dans la Presse. C’était facile et agréable d’exercer son œil tous les jours, assise par hasard aux côtés de Cartier-Bresson sur une table lumineuse à Magnum ou à l’écoute des mots d’esprit de Doisneau dans les couloirs de Rapho… l’ambiance était relaxe, personne ne se prenait au sérieux, surtout pas les photographes même ceux qui commençaient à devenir célèbres. J’ai appris dans tous les services photo de Paris. Je me souviens de cadences assez inoubliables et avoir compté 90 photos publiées en une journée et lorsqu’on sait que chacune est choisie au milieu de dix autres minimum, cela donne une idée de la vitesse de lecture des images… Il faut beaucoup regarder pour voir, c’est quelque chose que je répète assez souvent sans convaincre forcément. Je vivais ce travail avec une sorte d’ivresse sans même me rendre compte que je me constituais mentalement une fabuleuse bibliothèque d’images dans laquelle je n’ai cessé de puiser. J’acquis progressivement une compétence à défendre mes choix iconographiques, c’était un combat de battre en brèche le mépris avec lequel l’image était traitée de manière générale mais trop souvent par les professionnels de l’écrit (auteurs, journalistes, rédacteurs en chef ..) alors qu’en réalité, le visuel et le discursif obéissent à des logiques toutes différentes sans que la plupart des gens n’en soit vraiment conscient. il y a toujours quelques chose de sulfureux dans l’image comme disait Doisneau.

J’ai été critique d’art pendant une vingtaine d’années mais j’ai toujours trouvé la parole journalistique contrainte. Il n’est pas souhaitable de faire des commentaires négatifs ou distancés sur les artistes dont on est censé parler. C’est la loi de la promotion sinon rien. Mon premier rédacteur en chef m’avait amicalement prévenu : « Pas question de dire du mal. Si on veut nuire, le silence est la pire des punitions. »

Les mots et les images : Je m’en suis souvenue au moment où j’ai eu l’idée de créer ce workshop que j’ai intitulé « Apprendre à voir ». Je m’en suis souvenue aussi pour le commissariat de « Lartigue, la vie en couleurs » que j’ai assuré avec l’amicale complicité de Martine d’Astier. J’ai eu la joie de plonger dans les archives couleurs inédites de Lartigue, de découvrir des trésors et d’écrire sur tout ça ; Il me semble que c’était une synthèse de tout ce que j’aimais et savais faire. Les mots et les images.

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