Photo Brussels Festival : Renée Lorie, Schönfeld gallery, Rivoli : « I know that your luxury does not necessarily make the sun shine any brighter each day » 12 février 2026
Une nouvelle galerie engagée et féministe à Montpellier. Rencontre avec Naomi Pecqueux, co-Fondatrice du Réseau MIA 9 février 2026
MO.CO. : L’École des beaux-arts de Montpellier, une fabrique de talents au destin singulier, entre filiations et maillage dans toute la ville ! Interview Caroline Chabrand 20 février 2026
« Aden-Marseille, d’un port à l’autre », Interview Ann Blanchet, Co-commissaire de l’exposition, Conservatrice en chef du patrimoine au sein des Musées de Marseille 19 février 2026
Salon de Montrouge, 69ème : Interview Andrea Ponsini « Vers un Think Tank de l’émergence » 18 février 2026
Partager Partager Pour sa première carte blanche éditoriale, notre invitée de la semaine, la poète, écrivaine et historienne de la photographie Carole Naggar, a choisi de revenir sur une exposition qu’elle a vue au printemps dernier au Museum of Fine Arts de Boston : une installation autour de Mary’s Book, un petit ouvrage de Robert Frank publié en 1958. Ce livre réunit des photographies et de courts textes qu’il avait alors dédiés à sa future épouse, Mary Lockpeiser. Des moments intimes du célèbre photographe. Pour les plus curieux, les éditions Delpire & Co viennent de rééditer Mary’s Book. En visite ce printemps au Museum of Fine Arts de Boston, je voulais voir une exposition extraordinaire (hélas, pas de catalogue) qui retrace l’histoire de la contestation aux Etats-Unis de l’Antiquité à nos jours par le biais d’affiches, de photos, dessins, sculptures et vidéos : un sujet brûlant dans l’Amérique trumpienne. Une autre exposition m’a étonnée et ravie. Dans une petite salle du rez-de-chaussée, j’ai découvert avec surprise, avec émotion, une installation centrée autour de Mary’s Book de Robert Frank : un libretto plutôt qu’un livre. Il contient une suite de photos en noir et blanc et de textes courts qu’il a dédié à sa future femme Mary Lockpeiser. Cet exemplaire unique non relié a été donné au musée par l’extraordinaire galériste newyorkais Howard Greenberg, qui a fait découvrir entre autres le travail de la Photo League au public américain. Couverture du livre Mary’s BookLivre illustré avec 75 tirages gélatino-argentiquesMuseum of Fine Arts, BostonDon de la Howard Greenberg Gallery, 2021© June Leaf and Robert Frank Foundation Il s’ouvre sur une dédicace de Frank: « C’est pour toi. Ce n’est pas grand-chose, mais je t’avais promis une petite histoire. Et peut-être que ce n’est pas une histoire. » C’est vrai, ce n’est pas une histoire mais plutôt une balade ou une errance. Les photos que Robert Frank a prises à Paris en 1949 nous emportent à ses côtés depuis la périphérie jusqu’au centre de Paris. 38 de ces photos ont été acquises par le MFA, d’autres photos de Paris prises à la même époque sont un prêt de la fondation Robert Frank. Elles s’accompagnent de notes au jour le jour de Frank : un journal intime devenu missive pour Mary. Ses notations en pattes de mouche à l’encre bleue mêlent l’anglais et un français hésitant, ponctué de fautes de grammaire ou d’orthographe, une imperfection touchante. Selon Kristen Gresh, la commissaire de l’exposition, c’est dans ce libretto que Frank associe pour la première fois textes et images, ce qui deviendra une composante importante de son travail. Robert Frank, Paris, 1949Extrait de Mary’s BookLivre illustré avec 75 tirages gélatino-argentiquesTirage gélatino-argentiqueMuseum of Fine Arts, BostonDon de la Howard Greenberg Gallery, 2021© June Leaf and Robert Frank Foundation Quand Frank a pris les photos de Mary’s Book, il venait de revenir en Europe après un séjour de deux ans aux Etats-Unis. Dans cet aller-retour, il réside entre deux mondes, comme il le fera aussi pour son livre The Americans – cette fois en tant qu’ européen aux Etats-Unis. Voyageur, il redécouvre Paris avec une distance mêlée de curiosité. Ses photos sont lyriques, musicales, souvent amusées, ainsi celle d’un pissoir sur lequel est collé une affiche de film et d’où dépassent les jambes des occupants. Mais notre regard du 21eme siècle teinte les images d’une certaine mélancolie : la ville qui émerge dans sa beauté hésitante de l’immédiat après-guerre n’existe plus. Ce sont les tout débuts de Frank : il n’a commencé la photo que trois ans plus tôt. Mais il a déjà trouvé un ton qui le différencie des photographes humanistes comme Sabine Weiss, Robert Doisneau et Willy Ronis. Contrairement à eux, il donne peu de place aux habitants ; il se focalise souvent sur des lieux et des choses auxquelles il prête vie. Ou plutôt, qui absorbent et reflètent ses émotions, ainsi la chaise repliée en équilibre précaire sur le sable, ses pieds évoquant un échassier métallique : malaise ? solitude ? J’y vois une parenté avec certaines photos d’André Kertész : chaises repliées sur le sable des Tuileries ou tulipe mélancolique dans l’atelier de Mondrian. “Les choses les plus simples changent si l’homme entre en contact avec elles » dit une des notes de Frank. Lorsque homme et femmes sont présents, Frank décrit la place qu’ils occupent dans l’espace plutôt que leurs traits, qui demeurent mystérieux et engagent l’imagination : qui est cet homme -sandwich qui, assis sur un banc, baisse la tête, fatigue ou accablement ? Un béret cache son visage, et le centre de l’image est occupé par le panneau Transports Raspail Déménagement, suspendu à ses épaules par un fil. Du marchand de tulipes debout sur le trottoir, nous ne voyons que les jambes et les mains croisées. Assis sur une chaise aux Tuileries, un homme au corps massif, coiffé d’un feutre est vu de dos ou de très loin, une silhouette en contrejour. De l’occupant d’une autre chaise il ne reste qu’un veston suspendu au dossier. Extrait de Robert Frank, Mary’s Book, 1949,Livre illustré avec 75 tirages gélatino-argentiquesMuseum of Fine Arts, BostonDon de la Howard Greenberg Gallery, 2021.557© June Leaf and Robert Frank Foundation De même le visage du marchand de ballons est à demi masqué par une grappe de ballons qui ne laisse entrevoir qu’un profil, gommé par les parois translucides. Si on la compare à une photo du même sujet, prise la même année par Chim au Vatican, on une différence drastique : dans la photo de Chim, une colonne de ballons flotte haut avec le dôme de Saint Pierre en arrière-plan. Au premier plan, c’est avec un geste théâtral, bien italien, que le marchand déploie sa marchandise. L’installation du centre de la galerie respecte mieux, à mon avis, l’esprit de Mary’s Book que l’accrochage des grands tirages : les photos de cette série me semblent conçues pour être tenues en main. Mary’s Book est posé verticalement dans une vitrine comme un éventail de papier raidi. Sur ses pages s’accumulent des séquences de plusieurs images, tantôt en vis à vis sans espace blanc entre les deux côtés, tantôt accumulées : parfois jusqu’à dix dans une page, à peine plus grandes que des timbres-poste, tantôt répétées à deux reprises. L’objet suggère sans montrer. En tournant autour de la vitrine, le visiteur peut jeter un coup d’œil à l’intérieur, mais le libretto garde son secret tout en conservant une forte présence. Devant la vitrine, un écran met à plat le carnet pour une expérience différente : une main tourne les pages et redonne aux soixante-quatorze photos leur séquence dynamique. Mary’s Book prend la suite de deux autres portfolios : 40 Photos, assemblé en Suisse en 19461 et Pérou2 (une compilation de photos de 1948 envoyée à sa mère en 1949) Exposé pour la première fois, Mary’s Book est un objet d’archive. Mais il demeure d’actualité car il préfigure un mode d’expression contemporain important, le livre d’artiste. 1 La même année que Robert Frank, Werner Bischof a publié un portfolio à peu d’exemplaires intitulé 24 Photos. 2 Une partie de ses photos du Pérou figure dans le volume Indiens pas morts de la collection Neuf de Delpire avec des photos de Werner Bischof et Pierre Verger. Mary’s Book a été publié en 1958 par Robert Delpire. Une nouvelle édition en fac simile vient de paraître aux Éditions Delpire &co. INFORMATIONS PRATIQUES Mary’s Book de Robert Frank (Réédition) Éditions Delpire &co Septembre 2025 23.5 x 32.5 cm, 136 pages + insert de 24 pages ISBN 9791095821816 60€ https://www.delpireandco.com/produit/marys-book/ Marque-page3
L'Invité·e Carte blanche à Pierre de Vallombreuse : Peuples Pour sa quatrième et dernière carte blanche, notre invité de la semaine, le photographe Pierre de Vallombreuse, revient sur l’un de ses ...
L'Ephéméride Né un 20 février : le photographe Ansel Adams Si vous êtes né·e un 20 février, vous partagez votre date d’anniversaire avec le photographe américain, Ansel Adams (1902 – 1984). Véritable ...
L'Invité·e Carte blanche à Pierre de Vallombreuse : Les temps modernes Le 25 février prochain sortira le 16ᵉ ouvrage de notre invité de la semaine, le photographe Pierre de Vallombreuse. Pour sa troisième ...
Photo Brussels Festival : Renée Lorie, Schönfeld gallery, Rivoli : « I know that your luxury does not necessarily make the sun shine any brighter each day » 12 février 2026
Une nouvelle galerie engagée et féministe à Montpellier. Rencontre avec Naomi Pecqueux, co-Fondatrice du Réseau MIA 9 février 2026
MO.CO. : L’École des beaux-arts de Montpellier, une fabrique de talents au destin singulier, entre filiations et maillage dans toute la ville ! Interview Caroline Chabrand 20 février 2026
« Aden-Marseille, d’un port à l’autre », Interview Ann Blanchet, Co-commissaire de l’exposition, Conservatrice en chef du patrimoine au sein des Musées de Marseille 19 février 2026
Salon de Montrouge, 69ème : Interview Andrea Ponsini « Vers un Think Tank de l’émergence » 18 février 2026