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Partager Partager OtherSide Rencontre avec Claire Tangy, directrice de l’Artothèque de Caen Marie-Elisabeth De La Fresnaye15 mars 2017 Pour compléter notre série de portraits consacrée aux acteurs de l’Art Contemporain, nous vous présentons aujourd’hui Claire Tangy, directrice de l’Artothèque de Caen. L’occasion de faire le point sur les trente ans de l’institution, sur les projets en développement et la synergie tissée sur le territoire normand. 9 lives : L’artothèque a fêté ses 30 ans, quel bilan en tirez-vous et quels événements ont été organisés autour de cet anniversaire ? Claire Tangy : Ces 30 ans sont passés très vite, sans ennui ni usure, avec le sentiment d’être dans un projet qui s’est inventé tous les jours, c’est une histoire marquée par 3 axes : – Le chemin qui s’est construit comme un work in process avec les artistes, le public, une équipe et des décideurs politiques locaux. Un chemin auprès de chaque individu, de chaque emprunteur, dans une relation à l’autre personnalisée – Le partage, puisqu’avec toutes ces acteurs cités le principe même de l’Artothèque, son ADN c’est de constituer un bien commun, dont chacun prend soin, active les œuvres, les introduit dans son intérieur ou son lieu de travail. Les visiteurs partagent leur regard critique, leurs inclinations, leurs impressions avec l’équipe. Les emprunteurs se confrontent à d’autres regards, et confrontent leur propre vision à leur entourage. Ce chemin du développement culturel et du développement de l’art pour s’accomplir en profondeur nécessite un temps long et quotidien, que seule une politique culturelle volontariste peut instaurer. – Le politique. C’est bien un projet politique que celui qui consiste à accompagner la création de notre époque et à considérer la population de notre territoire comme une communauté à laquelle on propose le chemin de la pensée, de la sensibilité, de la liberté, celui de l’émancipation personnelle pour une meilleure compréhension du monde et de l’autre. A la naissance du projet, nous n’avions pas anticipé avec autant d’acuité la singularité du rapport à l’œuvre induit par le fonctionnement du prêt. Un rapport dont le fondement n’est pas celui de la propriété juridique, mais celui de la possession sensible, résultant d’une expérience personnelle. Un rapport qui s’exempte du risque de sacralisation ou d’aliénation. Un rapport qui s’inscrit dans une liberté plus grande et permet de développer une dimension critique. L’instauration de ce type d’accès à l’art constitue en soi un projet politique. Quant à la fête des 30 ans cela a été un moment très fort, gratifiant pour l’équipe, les artistes avec 600 personnes présentes. Une invitation avait été lancée à un collectionneur de montrer une partie de sa collection, dans une vraie cohérence avec l’histoire de l’Artothèque visant à mettre en exergue le rapport intime à l’œuvre. A l’extérieur dans 5 lieux de la ville on a invité des emprunteurs à constituer des ensembles d’œuvres qui relevaient de leur parcours personnel et cheminement intime au sein de ce fonds. Ces allers et retours entre l’espace intime et l’espace public font partie du projet de l’Artothèque. Parallèlement nous avons demandé à 24 artistes qui ont marqué notre histoire de participer à une édition : une sérigraphie éditée à 100 exemplaires et vendue 100 € ce qui mettait en jeu deux des principes fondamentaux du projet, la production d’œuvres et la diffusion auprès du public, en partenariat avec la galerie Sémiose. Cette opération a été un grand succès. Le jour du vernissage une centaine d’artistes sont venus de toute la France nous témoignant de plus de leur fidélité et engagement. M. : Quelle place réservez vous à l’émergence ? C. T. : Depuis notre installation au Palais Ducal nous avons mis en place un programme de résidences qui s’adresse aux très jeunes artistes, sortis récemment d’une école d’art. Notre objectif est d’accompagner le tout début de leur parcours professionnel, par la mise à disposition d’un lieu, ainsi que de moyens financiers et logistiques de production. Un partenariat conclu avec l’ESAM de Caen permet dans ce cadre l’accès pour les résidents aux ateliers de l’école (matériels et conseils des techniciens). En ce moment l’artiste Romuald Dumas-Jandolo, qui a essentiellement travaillé le dessin, la céramique et le bronze en a bénéficié. La phase de restitution peut prendre différentes formes, exposition ou autres. Nous souhaitons aussi que le public puisse rencontrer dans un lieu principalement dédié à la diffusion, l’art en train de se faire, qu’il puisse appréhender ce qu’est un processus créatif. Des temps de rencontre entre les artistes résidents et le public sont donc prévus. De leur côté, les artistes apprécient de pouvoir confronter leur travail à un regard extérieur. Le public est parfois assez éloigné des réalités liées à la vie et au statut des artistes, qu’elles soient d’ordre économique, juridique, artistique ou philosophique. Cette compréhension de l’écosystème de l’art rejoint le travail de diffusion que nous faisons auprès du public et permet de gommer certaines idées reçues. La collection prend également en compte la création émergente. M : Quelles synergies tissez vous sur le territoire avec d’autres institutions ? C. T. : Depuis l’origine, nous avons été attentifs à tisser des liens avec différents partenaires culturels œuvrant sur le même territoire que le nôtre. Nous avons mis en place un programme régulier de conférences avec le Frac, l’Esam et le cinéma d’art et d’essai à Caen « Café des images ». Nous travaillons aussi avec le Frac autour d’expositions comme celle programmée récemment avec Romuald Dumas-Jandolo qui a fait un choix d’œuvres de la collection en parallèle à sa pratique. Un réseau a été établi il y a dix ans, RN13 bis, qui regroupe les structures d’art contemporain de Normandie pour la constitution d’un agenda commun et bientôt une 1ère exposition commune à la galerie Duchamp à Yvetot, « Background » avec tous les partenaires de ce réseau. On travaille également avec le musée des Beaux Arts de Caen, l’ESAM Caen/Cherbourg, Le point du Jour, le centre chorégraphique, le festival des Boréales, le festival Interstices, le rectorat (établissements scolaires), le secteur hospitalier (culture santé), le centre pénitentiaire, de façon ponctuelle ou régulière. Ces différents partenariats contribuent à marquer un plus grand ancrage sur le territoire. Nous avons tous en commun le fait de travailler à une mission de service public, financée par de l’argent public. Il me semble important que cette mission commune nous conduisent à être en lien, à travailler dans une prise en compte réciproque des partenaires et des publics. ACTUELLEMENT À L’ARTOTHÈQUE : • La nuit américaine jusqu’au 8 avril 2017 • Silent mutation, Lionel Bayol-Thémines Jusqu’au 8 avril 2017 Palais Ducal Impasse Duc Rollon 14000 Caen http://www.artotheque-caen.net/ Marque-page0
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