Née en Allemagne, Henrike Stahl s’installe à Paris après son Bac comme assistante-photographe, et travaille rapidement dans la mode et la presse, avant de privilégier une dimension artistique. Ses séries Mon Roi, Ma Reine où elle magnifiait des jeunes du 93 avaient fait sensation. Pour Planches Contact Festival, La Belle au bois Normand s’adresse principalement à Rio, la fille d’Henrike Stahl, qui se plaît à se « rêver dans tous les rôles de princesse ».

À travers des photos découpées et superposées sur les caissons d’une installation, et des tissus, Henrike Stahl révèle de façon créative et ludique les facettes de châteaux de Normandie, et insère le personnage de la princesse dans une réalité contemporaine. 

Alors que sa section est à la fin du parcours de l’exposition collective Intimités qui réunit près de vingt photographes – commencée aux Franciscaines, et se terminant au Point de Vue, face à la plage -, Henrike Stahl réussit à surprendre. Ses tirages colorés, peints et découpés sont accrochés en plusieurs couches dans un château-cabane ouvert à la lumière.

La Belle au bois Normand © Henrike Stahl

Fatma Alilate : Comment avez-vous procédé pour cette série La Belle au bois Normand ? 

Henrike Stahl : Pour Planches Contact, j’ai fait de la photo et de la peinture, et retravaillé les tirages par la peinture. Dans cette résidence, essayer d’approcher des châtelains m’a pris le plus de temps. C’était un peu compliqué, ils n’ont pas forcément envie de montrer leur intimité. Mais j’ai pu travailler sur une dizaine de châteaux de Normandie. Plusieurs fois, je me suis rendue au Château Hermival, et j’ai été mise en contact avec un jeune couple qui a loué le château pour célébrer son mariage. La location des châteaux pour les cérémonies de mariage est un moyen de trouver des fonds pour la rénovation. Je suis allée une ou deux fois dans les autres châteaux pour au moins une image montrant des instants de vie. Et comme j’avais envie d’évoluer dans ma façon de découper les photos, j’ai souhaité des caissons. Dans l’installation réalisée par le scénographe Charles Remicourt-Marie, on peut découvrir pour chaque caisson, cinq ou six couches de photos découpées. Il y a une continuité, à travers les trous d’un tirage, on voit le deuxième tirage, puis le troisième. Les tirages sont suspendus, et il n’y a pas de collage ni d’assemblage. Un seul caisson est composé d’une photographie encadrée. J’avais fait un travail similaire il y a deux ans pour le Centre Régional Photographique de Douchy-les-Mines autour de la mémoire. L’idée, c’était que des parties de la mémoire tombent dans l’oubli, mais d’autres éléments apparaissent et constituent une vérité propre à chacun. Pour Deauville, c’était un peu long à faire, j’ai d’abord fait des photos que j’ai imprimées, et il y a eu plusieurs niveaux de découpages. Le sujet étant destiné à ma fille, les caissons sont ludiques, un peu trop. Beaucoup de personnes essaient de toucher et ont fait tomber des découpages. A chaque fois qu’on m’envoie une photo sur Instagram, je vois quelqu’un qui a les doigts dans les découpages. 

La Belle au bois Normand © Henrike Stahl

La Belle au bois Normand © Henrike Stahl

FA : Il y a un côté très lumineux dans vos photos. C’est très joli et coloré.

HS : J’aime ramener la couleur, saturer les photos. Je pense que le monde a besoin de couleurs. C’était aussi en lien avec l’installation de Charles Remicourt-Marie, le scénographe qui a construit cette pièce en bois. Au départ, je voulais bâcher ces fenêtres. Mais finalement, on a laissé ouvert. Donc du coup, toute la construction de la scénographie a été pensée pour accueillir la lumière et qu’elle soit traversante. Quand on se déplace, l’image change, on peut regarder de côté et à l’arrière, c’est aussi assez beau. 

La Belle au bois Normand © Henrike Stahl

FA : Dans vos séries, vous vous préoccupez de déjouer les stéréotypes. 

HS : Il y a souvent au départ une dimension sociale, j’essaie dans mes images de parler de quelque chose. Je pense qu’en tant que photographe et maman, on a un devoir éducatif avec nos images. Si c’est pour regarder mon nombril, je n’ai pas besoin de faire des photos. Ma fille avec son handicap a besoin de rêver. Elle entre dans l’adolescence et continue à mettre des jolies robes et à attendre son prince charmant, et je voudrais qu’elle puisse se réaliser sans ce type d’illusion. En parallèle, dans ma famille, il y a un château et je sais que c’est très compliqué d’entretenir et de conserver les châteaux. Le coût est très élevé, il y a de nombreuses obligations dans le bâti et la restauration, des contraintes de visites. Le thème du Festival, c’est l’intimité, et je pensais qu’en rentrant chez les châtelains, je montrerais à ma fille que les princesses d’aujourd’hui n’ont pas une vie de contes de fées, elles se prennent en main.

FA : Qu’apporte la photographie à votre approche artistique ?

HS : D’augmenter le regard sur le réel. J’ai eu ma fille avec son handicap il y a bientôt quatorze ans et j’ai toujours travaillé avec de vrais gens. Je trouve qu’au lieu justement de déformer la réalité, tout le monde est photographiable et mérite d’être sur une photo. Je préfère garder la réalité mais la rendre créative. Pour la série La Belle au bois Normand, il n’y a pas de retouches, les images sont brutes mais le réel devient onirique. 

La Belle au bois Normand © Henrike Stahl

La Belle au bois Normand © Henrike Stahl

FA : Qu’est-ce que vous avez retenu de cette résidence au Planche Contact Festival ?

HS : C’était très, très chouette de rencontrer autant de photographes, on est tous à la Villa Namouna et on échange, on peut donner nos avis et recevoir des conseils. Quand on a un doute, on le dit. C’était une sorte de petit comité de co-création parce que tout le monde a apporté son regard, a aidé un photographe. Je n’étais pas toute seule dans mon monde et je trouve que c’est important. C’est pour ça que j’ai déjà organisé des expos où j’invitais des photographes. C’est très cool de permettre toutes ces rencontres, ces partages. J’ai aussi rencontré Minkkinen qui est quelqu’un d’extraordinaire, ça n’aurait pas pu se faire sans la résidence. 

– Propos recueillis par Fatma Alilate

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Fatma Alilate
Fatma Alilate est chroniqueuse de 9 Lives magazine.

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