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Rencontre avec Niklas Svennung, Chantal Crousel galerie, partenaire de l’exposition Danh Vo au CAPC

Temps de lecture : 3 minutes et 1 seconde

Comme un palimpseste de temps et d’histoires, l’installation de Danh Vo imaginée pour la Nef du CAPC à l’invitation de Maria Ines Rodriguez, trouve une résonnance toute particulière en ce lieu emblématique d’interventions in situ et cette ville de Bordeaux qui invente les prémisses de la mondialisation.

La galerie Chantal Crousel co-dirigée par Niklas Svennung, partenaire de cet événement hors norme revient sur les étapes du projet et ses enjeux alors que l’artiste bénéficie actuellement d’une large rétrospective au musée Guggenheim de New York. Une consécration à l’âge 42 ans !

1. Comment la galerie Chantal Crousel a t-elle été partie prenante dans cette grande aventure ?

Nous avons répondu à la sollicitation d’accompagner Danh à travers la production et le transport de ces grandes masses venant du nord de l’Italie : Carrare et Vérone. C’est dans des contextes comme celui là que la vocation d’une galerie est d’accompagner ses artistes à dépasser certaines normes.

L’on décidera avec le temps quel devenir offrir à ces œuvres.

Nous sommes très heureux de redécouvrir l’œuvre « Take my breath Away » présentée à la galerie en 2015, sous une autre dimension.

2. Le parcours et la scénographie : enjeux et perspectives

Ce grand espace de la nef est connu pour son échelle (1500 m²) et son histoire de grands gestes d’artistes qui n’ont d’autres choix que de le prendre à bras le corps par le biais de dispositifs souvent radicaux et subtils (précédemment : Leonor Antunes, Rosa Barba ou Naufus Ramirez-Figueroa).

Comme vous le savez Danh Vo bénéficie actuellement d’une rétrospective au Guggenheim de New York sous un angle plus rétrospectif qui suit le fil chronologique de son œuvre.

Ici Danh Vo a pu se concentrer et développer à la fois des aspects récents et plus anciens de sa démarche à travers un séquençage en 4 volets.

Commençons historiquement par une œuvre montrée à la galerie en 2015, « Take My Breath Away », soit un environnement composé d’un espace réflexif de miroirs en échafaudage, à démultiplication infinie du spectateur qui se trouve confronté à l’intérieur à une recherche constante de sa propre position, tout en observant une série de photographies que Danh Vo s’est procuré en apprenant l’existence d’un ancien GI américain en poste au Vietnam dont la passion était la photographie de jeunes hommes. Une archive qui a trouvé un écho particulier chez l’artiste qui s’est reconnu dans ce regard et en a racheté les droits. Sous jacente évidemment l’histoire de ce chapitre de la guerre entre le Vietnam et les Etats Unis et cette fascination pour la masculinité chez ces 2 personnages.

Danois d’origine vietnamienne l’artiste aime relever les paradoxes de l’histoire dans des précipités à l’adresse du regardeur.

Autre temps, ces étagères et vestiges archéologiques entreposés et ce Christ silencieux qui surgit :

Rapport à l’objet, à l’archéologie, à l’archivage, à la conservation par le biais d’une temporalité organique cette fois, celle du bois, différente de celle de la pierre.

D’un morcellement d’éléments fragmentés de statuaire, ce Christ de douleur apparaît frontalement comme un cri. Tandis que ce groupe de missionnaires posant face à un photographe avant leur départ renvoie aux volontés hégémonique de l’église catholique en des contrées lointaines. Un choix qui n’a rien d’anodin dans ces anciens Entrepôts Lainé synonymes du commerce colonial florissant du XVIIIème siècle.

3. Revenons sur cette masculinité que l’on retrouve aussi dans ce temps géologique des marbres de Carrare

Il y a en effet une tendance masculine officielle dans l’expression artistique et depuis toujours dans la sculpture, grecque, romaine…le monument conçu comme une aspiration à la grandeur dans cette verticalité imposée.

Ces blocs taillés et usés à main nue recèlent un potentiel de projection fort. Ils datent des années 1940, 1950, avant l’apparition des technologies qui permettent une taille plus précise. L’on remarque des traces d’usure, d’intervention manuelle. Se dégage la force et la friction, le geste de l’artiste et le savoir-faire de l’artisan, la grande et la petite histoire, comme souvent chez Danh Vo qui considère que quoi qu’il advienne, l’on est maître de son destin.

Pour conclure, je dirai que l’artiste a su relever le défi et ne pas se laisser dépasser et enfermer par l’ampleur de l’espace. Il joue une histoire en plusieurs chapitres où alternent le plein, le transparent, le réflexif avec un point de concentration très fort à cette caisse posée au sol, remplie de vide !

Nous évoluons dans une multiplicité de rapports à l’objet, à l’histoire, à la valeur et ses flux, au nom.

Un catalogue conçu par le CAPC documente l’exposition.

Danh Vo (1975, Bà Ria, Vietnam) a étudié à la Städelschule de Francfort en Allemagne et à la Royal Academy of Fine Arts de Copenhague au Danemark.

Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions dans les plus prestigieuses institutions internationales : Solomon R. Guggenheim, New York (2018), National Gallery Singapore (2017) ; Walker Art Center, Minneapolis (2016) ; Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (2015) ; Nottingham Contemporary (2014) ; Museo Jumex, Mexico City (2014) ; Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Paris (2013); Solomon R. Guggenheim, New York (2013) ; Art Institute of Chicago (2012-2013) ; Kunsthaus Bregenz, Autriche (2012) ; National Gallery of Denmark, Copenhague (2012, 2010) ; Kunsthalle Basel, Suisse (2009) ; MoMA, New York (2009) ; Stedelijk Museum, Amsterdam, Pays-Bas (2008) ; Bergen Kunsthall, Norvège (2006).

Infos pratiques :
DANH VO
jusqu’au 28.10.2018
www.capc-bordeaux.fr