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Fanny Gonella est elle-même une grande voyageuse ! Directrice artistique de la Künstlerhaus de Brême depuis 2014 après être passée par Berlin, Hambourg, New York, Bonn.., elle a envisagé sa nomination à 49 Nord 6 Est, Metz à partir d’un projet tripartite commun pour les Frac Grand Est. C’est dire à quel point la question de la circulation des œuvres et des idées l’habite.

A partir d’une citation empruntée à l’artiste Hito Steyerl qui ouvre le parcours : »traveling images », l’exposition se penche sur l’itinéraire des œuvres de la collection et leur réception à chaque fois différente selon le lieu et le contexte d’accueil. Les prêts représentent un volume important par an et contribuent au rayonnement du Frac à l’échelle nationale et internationale comme on le constate avec ces textes multilingues qui accompagnent les visiteurs et reflètent des regards pluriels et élargis.

Ainsi de « November » présenté pour la première fois à San Sebastian dans le cadre de Manifesta 5, que l’on retrouve ensuite à Stockolm, Berlin, Mexico City, Luxembourg, Lausanne, Grenoble..autour de l’histoire d’Andrea Wolf amie d’enfance d‘Hito Steyerl qui devient l’emblème subjective de la résistance kurde à partir d’une superposition d’images. Avec Sister Corita Kent à l’incroyable destin découvert par le galeriste Joseph Allen il est question de militantisme Pop doublé de foi religieuse de part son appartenance à la communauté des Sisters of the Immaculate Heart of Mary.

A l’étage Andrea Fraser filmée en caméra cachée pendant sa performance subversive au Guggenheim de Bilbao où elle se joue des injonctions laudatives de l’audioguide en faveur du geste de Frank Gehry exacerbant ses émotions dans des postures sensuelles parfaitement déplacées dans un tel lieu.

Chez Lotty Rosenfeld il est également question du corps de l’artiste et de rébellion allant jusqu’à la désobéissance en réaction à la dictature de Pinochet. Elle imagine ainsi transformer des lignes blanches de circulation routière en croix contestant l’ordre établi et le régime social imposé. D’abord à Santiago en 1979 « Una milla de cruces sobre el pavimiento » se déploie rapidement dans des lieux synonymes de pouvoir : la Maison Blanche, le Reichstag de Berlin..

Silvia Kolbowski avec l’installation vidéo « An Inadequate History of Conceptual Art » (exposée à la Villa Arson en 2010) cherche à revenir sur le caractère très institutionnalisé et rigoriste de l’art conceptuel à partir des années 1990 en court-circuitant les attentes habituellement convoquées à partir de témoignages imprécis et aléatoires.

Le duo danois Nina Beier & Marie Lund à partir d’œuvres protocolaires posent la question de la médiation et possible réinterprétation de l’œuvre. Quant à la boule de cristal posée au sol opacifiée par son trajet, il est bien question de trajectoires.

Marie-Agnès Guillemot avec cette « poupée »de lycra empli de sable ou de graines et couverte de talc, introduit une ambiguité et forme de malaise face à cette forme qui se dérobe sous nos doigts. De plus le motif de la poupée depuis Hans Bellmer n’a cessé de hanter de nombreux artistes masculins.

C’est au dernier étage que se joue le meilleur du parcours avec cette œuvre fascinante de Willie Cole. Le visiteur se trouve au centre d’un labyrinthe de portes de bois usagées sur lesquelles sont inscrits des mots d’une grande puissance. Il peut ainsi choisir de prendre telle ou telle direction sous le regard de la statuette du serviteur noir, Elegba, divinité des carrefours dans la cosmogonie Yoruba. Métaphore de nos choix de vie, cette œuvre ouvre un seuil psychologique à la fois intime et universel. Claire Pentecost s’inscrit également dans cette veine sensible avec « Proposal for a New American Agriculture » soit le drapeau américain en lambeaux suite au processus de lombricompostage à partir des déchets de sa cuisine soumis à des milliers de vers. Une manière durable de régénérer le sol selon elle qui résonne particulièrement en cette ère trumpiste.

Si Stanley Brouwn clôt le parcours de façon plus radicale et conceptuelle, le mérite est d’avoir su donner une note sensible et intime à ces trajectoires qui dépassent les injonctions sociétales, politiques et formelles et ouvrent le champ des possibles.

De la circulation des œuvres à leur appropriation c’est aussi tout un réseau extrêmement dynamique de lieux partenaires que l’on découvre à cette occasion.

Egalement lors de votre visite, ne manquez pas le nouvel espace dédié aux artistes du Grand Est, en collaboration avec le Frac Alsace et le Frac Champagne Ardenne. Silvi Simon ouvre le bal, jouant sur la matérialité de l’image à partir de procédés chimiques expérimentaux.

INFOS PRATIQUES :
Présences voyageuses
Jusqu’au 2 juin 2019
49 NORD 6 EST, Frac Lorraine
1bis rue des Trinitaires
57000 Metz
Entrée libre
https://www.fraclorraine.org/

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