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Diplômé de la London School of Economics, Tristan van der Stegen commence sa carrière dans le conseil en management puis ouvre sa galerie de 2008 à 2012. Parallèlement il développe une activité de conseil en communication liée à l’art auprès d’entreprises privées (salons d’art et marques de luxe). En 2016, il rejoint la galerie Suzanne Tarasiève avant de prendre la direction de la galerie Xippas Paris en 2018 où nous le rencontrons. Tristan van der Stegen est aussi enseignant à l’EAC, dans le cadre de son programme international MBA, Art, Culture et Luxe.

Le défi que représente pour vous la direction de la galerie Xippas

Le défi de cette direction est double. Il est opérationnel d’une part, du fait de notre développement à l’international. Nous avons ouvert la galerie Baronian Xippas à Bruxelles en avril et nous ouvrons un nouvel espace d’exposition à Punta Del Este en septembre. Ces initiatives nécessitent une coordination avec l’ensemble de nos galeries et celle de Paris y est étroitement associée.
Le défi de la galerie parisienne que je dirige tient évidemment aussi à son développement commercial. Les Français (et les étrangers qui viennent à Paris) sont sollicités par une offre culturelle importante provenant des galeries et des institutions publiques et privées. Dans ce paysage la galerie doit se distinguer par un ADN fort qui repose en grande partie sur les choix de sa programmation. Les galeries Xippas se distinguent notamment par la promotion d’une scène artistique américaine représentée par une génération d’artistes nés dans les années 60 : Peter Halley, Dan Walsh, James Siena, Michael Scott. Ces artistes sont aujourd’hui présents dans de grandes collections muséales outre Atlantique. Nous sommes pour eux, en Europe un vecteur de représentation et nos efforts portent leurs fruits. Notre présence à Montevideo et Punta Del Este permet aussi le rayonnement d’artistes sud-américains importants, parmi lesquels Vik Muniz, Janaina Tschäpe, Marco Maggi et Waltercio Caldas.
Au-delà de ces choix liés à la programmation, la rencontre et la fidélisation des collectionneurs doit s’opérer aujourd’hui à plusieurs niveaux. Schématiquement les collectionneurs en Europe s’inscrivent dans une pyramide à trois étages. Il ne faut pas nécessairement prioriser ces niveaux mais en tenir compte.
A la base, se trouve des collectionneurs primo-accédant. Ils réjouissent notre quotidien car ils sont avides de découvrir de nouveaux artistes et d’enrichir leurs connaissances. Certains d’entre eux se donneront les moyens avec le temps de développer une collection importante et nous les accompagnons avec beaucoup d’attention.
Il y a ensuite les collectionneurs, informés et patrimoniaux qui sont soucieux de la valorisation de leurs acquisitions et cautionnent leur choix.
Il y a enfin, une frange de collectionneurs au profil plus jeune et plus international. Ces collectionneurs dirigent souvent des entreprises à forte croissance. Leur rapport à l’art est moins conservateur mais ils s’informent rapidement, notamment au travers des réseaux sociaux et butinent parmi les galeries et les foires les plus réputées dans le monde. Le défi ici, qui n’est pas spécifique à notre galerie, est de ne négliger aucune de ces catégories et de gérer la relation collectionneur et la communication en fonction de leurs attentes.

Votre poste au quotidien : priorités, interlocuteurs privilégiés..

Le poste de directeur est très varié. Je suis passionné par ce métier car il fait de moi un jongleur de problématiques, pratiques, financières, créatives et affectives ! Mais j’attache une grande importance à trois périmètres en particulier : la relation avec les collectionneurs, la programmation et la communication.
Mon premier interlocuteur est bien sûr Renos Xippas qui fixe le cap à suivre. Ses nombreux déplacements nécessitent un lien de confiance. J’ai aussi la chance d’être accompagné par une équipe expérimentée qui m’étonne chaque jour par sa compétence et sa créativité. Enfin, les artistes sont des interlocuteurs de premier rang et nos échanges réguliers sont essentiels, pour mieux comprendre leur travail et la trajectoire qu’il prend, mais aussi pour développer le lien entre les
collectionneurs, les institutions et les différentes galeries Xippas (Paris, Bruxelles, Genève, Montevideo et Punta Del Este).

A Bruxelles la fusion Baronian-Xippas donne lieu à cet accrochage parisien Dialogues#1 en quoi représente-t-elle de nouvelles ambitions et opportunités ?

La galerie Baronian Xippas nous permet un meilleur ancrage en Belgique où se trouvent d’importants collectionneurs que nous apprécions. Leurs moyens et leur niveau d’intérêt est une spécificité de la Belgique, qui ne date pas de l’ère contemporaine par ailleurs. Elle explique aussi le dynamisme de ce milieu devenu « glocal » (à la fois global et local).
S’agissant de l’exposition, comme son nom l’indique c’est une première édition. Il y a en aura d’autres car ces expositions offrent des opportunités de dialogues à deux niveaux. Entre deux programmations d’une part, incarnée par Albert Baronian et Renos Xippas. Mais aussi entre les œuvres sélectionnées respectivement.
Enfin, notre rayon d’action et de représentation s’est élargi. Les collectionneurs français sont ravis de pouvoirs découvrir les artistes repérés et soutenus par Albert Baronian, comme d’Achraf Touloub,
exposé dans la collection permanente de Pompidou ou encore Olaf Holzapfel et Alain Biltereyst.

Quelles rencontres ont-elles été décisives dans votre parcours ?

Il y en a eu plusieurs. Mais les plus importantes ont eu lieu pendant mes études. Je citerai par exemple Professor Richard Vinen, spécialiste de l’histoire Européenne du XXème siècle à Kings
Collège London qui m’a transmis sa passion de l’histoire contemporaine et son goût de la recherche ;
Mais aussi Emma Dexter qui dirigeait dans les années 90 le département des expositions de l’Institut d’Art Contemporain de Londres et que j’ai assistée. Grâce à elle j’ai pu saisir la portée historique d’une institution d’art.
Il y a aussi Michel Rein lors de mon passage à Sciences Po où il enseignait un module d’art contemporain.
Enfin, je citerai Laurent Claquin, qui lors d’un entretien en 2004 alors qu’il était chef-adjoint de cabinet de Jean-Jacques Aillagon au Ministère de la Culture, m’a convaincu que mon parcours dans le conseil serait un tremplin si un jour je voulais basculer dans l’économie de l’art ou de la culture.

A Quand remonte votre 1er choc avec l’art et décision d’en faire un métier ?

Je suis né d’un père architecte et d’une mère danseuse. Mon frère était designer. Nous avons été « perfusés » à l’art dès le plus jeune âge. Je dois à mes parents mon premier choc esthétique avec la découverte de gravures de David Hockney ou de Richard Hamilton datant des années 60. Mais je crois que l’année 1997 a marqué un tournant pour moi. J’ai été frappé l’audace de l’exposition Sensation de Charles Saatchi qui exposait les Young British Artists. J’ai compris alors qu’il y existait des accélérateurs d’Histoire et que de jeunes artistes pouvaient toucher un large public. J’animais aussi cette année-là une émission à Paris sur Radio Aligre qui couvrait l’actualité des galeries parisiennes. C’est à cette époque que j’ai compris que mon intérêt pour l’art se transformerait un jour en métier mais mon itinéraire n’a pas été si direct…

INFORMATIONS PRATIQUES :
Yvan Salomone
Au dessus du barrage
à partir du 7 septembre 2019
Xippas, Paris
108 rue vieille du temple,
75003, Paris
https://www.xippas.com/fr

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