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Cette semaine, nous accueillons les 13 membres de la nouvelle coopérative Inland Stories ! Pour leur première carte blanche, c’est l’une des 4 co-fondateurs, la photographe belge Mélanie Wenger qui prend la parole. Elle nous présente son parcours et raconte comment elle a rencontré trois autres photographes qui l’ont rejoint au sein de Inland Stories : Laura Pannack, Phyllis B. Dooney et Tadas Kazakevicius…

Je commence ma carrière en Libye, il y a bientôt 10 ans. Je travaille pendant trois ans à la fin de la révolution sur la série « L’Enfance brisée de la Libye Libre ». Je suis alors animée par l’espoir que la révolution a laissé. Le pays est en plein chaos, mais il peut tout devenir. Je m’y reconnais. Au fil des années, la dynamique mue, la Libye devient plus violente, y travailler est extrêmement difficile, une nouvelle problématique se développe devant mes yeux. Entre 2014 et 2016, je documente les migrations entre la Libye, Malte et la Belgique. Pour la série « Lost in migration » je passe 6 mois en immersion dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile en souffrance mentale avec mon collègue Damien Roulette, nous y vivons plusieurs jours par semaine. Notre travail sera publié par La Libre Belgique et soutenu par le Fonds pour le journalisme.
Depuis 2015, je questionne le curieux monde de la faune sauvage en Afrique et raconte l’histoire schizophrénique de l’industrie de la chasse et de la conservation. Ma série « Ce qu’il reste des âmes sauvages » est exposée à Stimultania, Strasbourg en 2018. Le dernier chapitre du projet, intitulé « Sugar Moon » me vaut d’être nommée Lens Culture Emerging Talent 2018 et est projeté à Visa pour l’image en 2019.
Depuis 10 ans, je suis basée à Bruxelles, même si je n’y ai pas de maison. Diplômée de Lettres et d’un Master en photojournalisme, j’expose mes travaux au long cours au sein de festivals photographiques et dans plusieurs galeries françaises. Je travaille également avec la presse française et internationale (VSD, Le Figaro Magazine, National Geographic…) et réalise des interventions dans des écoles d’art comme l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy et les Beaux Arts de Liège.
En 2014, je tombe sur une vieille dame dans un chemin sans issue dans les Monts d’Arrée en Bretagne. Sa solitude m’interroge, et je suis attirée par son esprit rebelle. Elle est abîmée mais forte, je me reconnais en elle. Elle fait face à la vieillesse avec beauté. Je décide de la photographier, je reviens, pendant 4 années. Le travail soutenu par la DRAC Grand Est reçoit le Prix HSBC pour la Photographie en 2017 et devient une monographie éditée chez Actes Sud. Il est exposé dans toute la France et ailleurs.
D’abord représentée par l’agence Cosmos à Paris pendant quatre ans, je me questionne sur l’avenir de notre métier et les nouvelles formes de structures que nous devons créer pour nous réinventer. Je décide de travailler avec des photographes qui me rejoignent dans cette volonté pour construire Inland.

Laura Pannack

Elle marche beaucoup. Longtemps. Il y a quelque chose de mystérieux dans sa photographie que je ne saisis pas, d’abord. Un lien étrange. Des personnages figés, mais bien vivants. Je me demande si elle cherche cela, comment elle obtient cet instant si fort tout en gardant une telle distance.

Je rencontre Laura Pannack sur la scène du Prix HSBC pour la Photographie. Nous sommes toutes deux lauréates cette année là, en 2017. Nous embarquons dans une aventure, un marathon, entre production de notre première monographie et expositions partout en France. D’accord, ce n’était pas une aventure ou un reportage, mais nous apprenons beaucoup, l’une sur l’autre et l’une de l’autre.

Nous nous interrogeons toutes deux sur notre rapport au sujet photographié, beaucoup. Nos séries choisies ‘Youth without age, life without death’ et « Marie-Claude » parlent de temps. Nous y acceptons sa fuite tout en figeant une certaine nostalgie. Je crois que c’est en fait ce (que c’est un fait qui unit )qui unit tous les photographes d’Inland.

Laura Pannack est une photographe primée basée à Londres. Reconnue pour ses portraits et ses œuvres documentaires sociales, ses œuvres de Laura ont été largement exposées et publiées dans le monde entier, notamment à la National Portrait Gallery, à la Somerset House, au Royal Festival Hall et aux Houses of Parliament. En plus du Prix HSBC, elle a également reçu un World Press Photo, le Prix Juliet Margaret Cameron et le Prix Vic Odden.
Elle cherche à comprendre pleinement la vie des personnes qu’elle photographie afin de les dépeindre le plus fidèlement possible. Percevant le temps, la confiance et la compréhension comme étant les éléments clés pour y parvenir, plusieurs de ses projets se développent sur plusieurs années. Elle choisit toujours de photographier en analogique sur ses projets personnels. Ce qui est le cas de certains d’entre nous. Lorsque nous décidons de monter Inland, il fait sens de travailler avec Laura.

Phyllis B. Dooney

C’est sur notre stand voisin, lors de la signature de nos monographies à Paris Photo en 2017 que je découvre le travail de Phyllis B. Dooney, ‘Gravity is Stronger Here’, édité chez Kehrer. Au-delà de ce titre poétique mais sarcastique que j’adore, je suis entraînée dans l’intimité de Halea Brown (qui est ouvertement gay) et sa dynamique familiale dans un contexte du sud des Etats-Unis. Greenville est une ville clé dans la mozaïque des États-Unis, car elle représente la ville américaine en plein essor dans le sillage d’une économie mondiale en mutation. Son œuvre nous présente un espace où l’amour pour une fille gay et l’amour évangélique de Dieu peuvent exister en une seule mère, la violence et la tendresse dans la même relation, l’espoir et le désespoir entremêlés dans la vie quotidienne. J’achète son livre pour l’offrir à Jef Bonifacino, car je n’ai pas de maison autre que ma valise à ce moment-là, je préfère offrir des livres que j’aime à ceux qui vont les chérir.
Je pense tout de suite à Phyllis lorsque nous créons Inland. Elle est une photographe documentaire sociale, travaille sur des sujets au long cours et a une sensibilité proche de la nôtre, je crois. Mais voilà, je ne la connais pas personnellement. Je lui écris un long mail, je suis aux Etats-Unis, alors nous parlons. Elle nous rejoint avec enthousiasme.

Tadas Kazakevicius

Je découvre le travail de Tadas à l’automne 2018. Tadas Kazakevicius est un photographe documentaire et de portraits né en Lituanie et résidant à Vilnius. Son travail est centré sur les individus et leurs histoires, sujet principal de sa photographie. Il se passionne pour l’argentique traditionnelle et préfère utiliser des appareils moyen et grand format pour son travail photographique.
Inspiré par les efforts de photographes de l’époque de la grande dépression comme Walker Evans et Dorothea Lange, Tadas se propose d’enregistrer un moment décisif dans l’histoire de sa patrie. Il le fait avec poésie et distance. Comme Laura Pannack, il tente de montrer la fragilité de la vie, fige un moment une culture qui disparaît.
Tadas est très pur dans son approche de la photographie. Il a trop de respect pour l’image pour en faire autre chose. Il développe ses projets, en leur temps. Cela me semble être ce à quoi les photographes d’Inland aspirent. Il nous suit dès les premiers jours dans notre aventure. Il devient LensCulture Emerging Talent 2018 puis finaliste du Prix Oscar Barnack 2019 avec sa série ‘Soon to Be Gone’.

INFORMATIONS PRATIQUES
Membres :
Jef Bonifacino (France)
Tjorven Bruyneel (Belgique)
Mathias Depardon (France)
Phyllis B. Dooney (USA)
Muhammad Fadli (Indonesie)
Tim Franco (Coree)
Jérémie Jung (France – représenté par Signatures)
Tadas Kazakevicius (Lithuanie)
Laura Pannack (UK)
Romain Philippon (La Reunion)
Matjaz Tancic (Chine)
Patrick Wack (Allemagne)
Melanie Wenger (Belgique)
contact@inlandstories.com
http://www.inlandstories.com

A LIRE
Bienvenue à Inland, la nouvelle structure de photographes documentaires
Rencontre avec Mélanie Wenger, lauréate du Prix HSBC pour la Photographie 2017
Gravity Is Stronger Here de Phyllis B. Dooney aux éditions Kehrer
Rencontre avec Laura Pannack, lauréate du Prix HSBC pour la Photographie 2017

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