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On sait Jean-Hubert Martin, adepte des “carambolages” temporels et stylistiques. Son exposition au Grand Palais en 2016 partait de ce principe. A l’invitation d’Alain Fleischer directeur du Fresnoy il récidive, cette fois à partir des œuvres des artistes qui bien que toujours innovantes, s’inscrivent dans une généalogie de formes et de pensées. Ce fil rouge a conduit Jean-Hubert Martin à tisser des contre points à partir des riches collections des musées de la région de Lille. Des “objets-blasons” ponctuent ainsi ce panorama où il perçoit des figures revenantes.

Ces spirites peuvent prendre la forme d’ancêtres, de récits cosmologiques ou dystopiques, en lien avec le soleil et ses dispositifs d’apparition, la matière vivante et ses métamorphoses chimiques ou les sciences cognitives à l’épreuve des objets connectés qui nous gouvernent.

Une traversée captivante où l’on remarque :

Fanny Béguély qui partir de dispositifs photosensibles revient sur les croyances et procédés divinatoires antiques (objet référent : une agate du musée d’histoire naturelle de Lille), Eliane Aisso qui revient sur le culte des défunts dans la tradition dahoméenne du Bénin (objet référent : un dessin du XVIIIème du musée des Beaux Arts d’Arras), Thomas Depas qui invente une machine de reconnaissance faciale à partir de capteurs physiologiques (objet référent : toile de Lesage du LaM de Villeneuve d’Asq), Félicie d’Etienne d’Orves qui cherche à capter le coucher de soleil sur Mars (objet référent : Coucher de soleil de JB Carpeaux Beaux Arts de Valenciennes), le duo Fleuryfontaine qui reconstitue l’univers d’un adepte du “hikikomori”, ces adolescents qui se retranchent du réel pendant des années dans leur chambre (objet référent : estampe du musée de Gravelines), Félix Luque qui explore la veine post apocalyptique avec un crah automobile (objet référent : vue de ruines du musée des Beaux Arts de Calais), Jonathan Paquet qui revisite la sieste et la thématique de la fenêtre chez Matisse (objet référent : photo de Matisse en famille à Collioure), Vincent Pouydesseau qui tisse une vanité à partir d’une collecte de squelettes de nos antennes TV (objet référent : toile de Génisson, musée de la Chartreuse de Douai), Camilla Rodriguez Triana qui revient sur des rituels de guérison amérindiens (objet référent : sculpture tribale indienne de la Fondation Philippe Mons), Alexandre Suire qui ausculte les dispositifs de séduction verbale du speed dating (objet référent : Phonographe du musée d’Ethnologie de Béthune), Clément Vieille qui présente son agence KANO entre atelier et espace de diffusion (objet référent : Boule de Canton du musée d’histoire naturelle de Lille) ou enfin Juan-Pablo Villegas et son installation sonore dans les serres du Jardin Botanique de Tourcoing, ouverte à des colloques ou rencontres avec des chercheurs du vivant (objet référent : sa collection de pommes prélevées dans le jardin botanique).

Nos coups de coeur vont à :

Claire Williams et ses globes luminescents qui réagissent à l’activité électromagnétique du soleil (objet référent : baromètre enregistreur de l’Observatoire de Lille), Pierre Pauze et son expérience de la drogue de l’amour scientifique et poétique, interview à suivre (objet référent : Un Sabbat sur toile du musée des Beaux Arts de Cambrai), Pierre Pauze est également exposé à Pantin aux Magasins Généraux, Olivier Sola et ses variations autour du Coucher de soleil entre peinture et photographie (objet référent : Soleil couchant de Charles Maroniez musée des Beaux Arts de Cambrai), Yann Tomaszewski qui sonde les forces telluriques et géologiques du vivant à partir de céramiques (objet référent : la Persée de Cellini, musée des Beaux Arts de Valenciennes) ou Nicolas Gourault et la confrontation entre le récit de supporters de l’équipe de football Liverpool FC et l’étude des comportements des foules virtuelles dans les stratégies publicitaires (objet référent : les 35 têtes d’expression de Louis Léopold Boilly, MUba Tourcoing). Interviews à suivre.

Si la démarche du commissaire s’appuie sur ces œuvres latentes, des pense-bêtes présents dans les ateliers des artistes qui agissent comme un réservoir mental, il est important de souligner que ce panorama existe en soi, à l’état brut de toutes projections dans un continuum qui malgré ses divergences trouve une vraie cohérence. Sans doute la marque de fabrique de cette école unique qui ne cesse de repousser les limites de l’image et son champ exploratoire.

INFOS PRATIQUES :
Panorama 21, le rendez-vous annuel de la création
Les Revenants
Commissaire : Jean-Hubert Martin
Jusqu’au 29 décembre 2019
Le Fresnoy, studio national des arts contemporains
22 Rue du Fresnoy
59200 Tourcoing
Large programmation en résonance :
Catalogue en vente sur place.
Horaires : Mercredi > dimanche : de 14h00 à 19h00
Fermé le lundi et le mardi
Plein tarif : 4€ / Tarif réduit : 3€
https://www.lefresnoy.net/panorama21/

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