Pour sa troisième carte blanche, notre invité de la semaine, Roger Szmulewicz – fondateur et directeur de la Gallery Fifty One – nous présente la genèse de sa plateforme en ligne curatée, lancée en 2018 et intitulée 28 Vignon Street. Un nom directement inspiré du collectionneur et marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler, dont la première galerie était située dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, au 28 rue Vignon : un tout petit espace de sept mètres carrés.

Pendant mes études à l’École d’art à Bruxelles, j’ai lu une biographie qui m’a profondément marqué : L’Homme de l’art, consacrée au galeriste Daniel-Henry Kahnweiler.
À l’époque, je ne me suis jamais dit que je voulais être galeriste. Je voulais être artiste, photographe.

J’ai trouvé ce livre extraordinaire.
Non seulement pour ce qu’il racontait de Picasso, de Braque ou du cubisme naissant, mais surtout pour la manière dont il décrivait le rôle du marchand.

Ce qui m’a toujours frappé chez Daniel-Henry Kahnweiler, ce n’est pas seulement l’histoire d’un marchand visionnaire, mais celle d’un homme brisé par les guerres.

Deux fois effacé. Deux fois contraint au silence. Dépossédé de son travail. Marginalisé parce qu’il était à la fois étranger et juif. Et pourtant, jamais il n’a renoncé à une certaine idée de l’art : exigeante, discrète, fidèle.

Les années ont passé.

En 2018, lorsque j’ai décidé de développer une plateforme en ligne, qui devait ressembler davantage à une galerie qu’à un simple magasin digital, une question apparemment simple s’est posée : le nom.

Page d’accueil : https://www.28vignonstreet.com/

Je cherchais quelque chose qui ait du sens. Une histoire.

Et c’est là que ce souvenir est revenu. Kahnweiler. Sa première galerie.
Un espace presque dérisoire, sept mètres carrés , situé au 28 rue Vignon, à Paris.

J’ai aimé l’idée d’emprunter cette adresse.
D’utiliser le nom d’un lieu disparu depuis plus de cent ans, précurseur dans l’histoire de la peinture moderne, pour désigner un espace contemporain, immatériel, ouvert sur le monde.

J’ai simplement glissé l’adresse en anglais — 28 Vignon Street — pour la rendre internationale.

Ce parallèle m’a toujours plu.
Comme une conversation discrète entre deux époques.
Comme la preuve que tout ce que l’on lit,
tout ce que l’on regarde,
tout ce qui nous touche un jour,
peut ressurgir ailleurs, autrement, bien plus tard.

https://www.28vignonstreet.com/

La Rédaction
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