Depuis le déferlement de l’intelligence artificielle générative, les artistes-auteurs, accompagnés par les organisations syndicales et professionnelles ou encore les organismes de gestion collective, tentent de se mobiliser pour défendre leurs droits et refuser le pillage de leurs œuvres. Il s’agit d’une question éminemment politique, aux niveaux national, européen et international. Depuis plusieurs années, les plateformes d’IA générative semblent faire la sourde oreille face aux demandes de transparence. Mercredi dernier, le Parlement européen a envoyé un signal politique clair aux géants de la tech : l’IA générative ne peut plus prospérer sur le pillage gratuit des œuvres culturelles et journalistiques.

« Accepter que les œuvres soient aspirées gratuitement, c’est organiser un hold-up culturel et démocratique. L’Europe doit choisir entre la protection de ses créateurs et la soumission à la Big Tech. »

En commission des affaires juridiques, un rapport exigeant la transparence, l’autorisation et la rémunération pour l’utilisation d’œuvres protégées par les IA génératives a été adopté.

Le député européen, membre de la commission des affaires juridiques (JURI) et de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (IMCO), David Cormand de parti écologiste, appelle à mettre fin au pillage culturel.

Le texte impose l’application pleine et entière du droit d’auteur européen aux IA, met fin à l’opacité sur les données utilisées pour entraîner les modèles, rejette toute licence globale à bas coût au profit d’une rémunération juste des créateurs, défend explicitement la presse face à la captation de ses contenus par les IA. Les géants de la teck et les plateformes d’IA ont bâti leurs modèles d’IA sur des milliards de contenus aspirés sans consentement ni contrepartie.

Ce rapport sera soumis au vote en séance plénière en mars prochain. Les demandes y sont claires :
– Mettre fin à l’opacité organisée des géants de l’IA
– Les créateurs doivent percevoir de vraies rémunérations si leurs œuvres sont utilisées par l’IA, refusant la proposition de licence globale à bas coût pour exploiter l’ensemble de la création européenne
– Redonner du pouvoir aux créateurs face aux plateformes
– Défendre la presse, le pluralisme et la démocratie

« La Big Tech nous faire croire que l’intelligence artificielle est immatérielle. C’est faux. Elle repose sur le travail, les oeuvres et les données de millions de personnes. Accepter qu’elles soient aspirées gratuitement, c’est organiser un hold-up culturel et démocratique. L’Europe doit choisir : soit elle protège ses créateurs, sa presse et son pluralisme, bref sa souveraineté, soit elle se soumet aux intérêts des géants du numérique et des puissances étrangères. » – David Cormand

Il est à espérer que ce rapport soit voté par l’ensemble du Parlement européen. Il reste toutefois à définir des propositions concrètes et justes pour que le partage de la valeur – évoqué par Eglantine de Boissieu dans notre entretien publié le 26 janvier dernier (à lire ici) – soit respecté, démocratique, et qu’aucun maillon de la chaîne de création ne soit oublié.

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Photo de couverture : Prompt ET visuel généré par l’IA. Aucun cerveau humain n’aurait pu générer une image aussi pourrie.

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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