Cette semaine dans notre rubrique L’Invité·e, nous accueillons la curatrice française Marion Gardair. La galerie-café Ou Bien Encore, située dans le quartier des Bains à Geneva, vient de lui confier son nouveau cycle d’expositions. Intitulé « ENCORE », ce programme curatorial célèbre le désir d’une rencontre artistique que l’on souhaiterait prolonger. Pour cette première exposition, c’est le photographe Gil Rigoulet qui a été choisi pour annoncer la célébration du bicentenaire de la photographie.

Portrait d’enfance de Marion Gardair © Archives personnelles

Je suis née à Paris en 1993, d’un père travaillant dans le cinéma et d’une mère dans l’audiovisuel, tous deux très sensibles à l’art. Enfant, nous avons déménagé dans le sud-ouest de la France, avant que je ne revienne à Paris pour y faire mes études. J’ai fait mes premiers pas au jardin du Luxembourg et grandi près de l’océan Atlantique — une double culture qui dit beaucoup de mon attachement à l’émulation de la ville comme à la quiétude de la nature.

Dès mon plus jeune âge, j’ai beaucoup fréquenté les musées parisiens avec ma mère, notamment Orsay et Rodin, qui restent mes favoris à ce jour. J’ai réalisé récemment combien cet apprentissage avait été déterminant dans mon choix de carrière. Je suis diplômée en communication et sciences du langage de la Sorbonne Nouvelle, où j’ai notamment étudié la sémiologie des images et la philosophie de l’art — deux disciplines qui ont bouleversé mon regard après une première épiphanie lors de la découverte des cours d’histoire de l’art au lycée.

Après un échange universitaire au Canada, j’ai travaillé pendant plus de dix ans à la visibilité d’acteurs de la création : d’abord dans la mode, puis le design et l’édition, avant de rejoindre le champ de l’art contemporain qui me passionne depuis toujours. Ces cinq dernières années, j’ai été responsable communication, philanthropie et mécénat, au sein de l’agence parisienne l’art en plus, spécialisée dans la production et la communication de contenus culturels. J’ai accompagné des projets merveilleux : la Fondation de l’artiste Bernar Venet, écrin d’une des plus belles collections d’art conceptuel et minimal, Lee Ufan Arles, troisième lieu de présentation au monde du travail de Lee Ufan ou encore la Fondation Louis Roederer, grand mécène de la photographie pour n’en citer que quelques-uns. J’ai eu le privilège de travailler avec des artistes émergents et confirmés, et des institutions de premier plan en France et à l’international. En 2025, j’ai présenté la première exposition de l’artiste peintre Sophie Estève à Paris — une expérience qui m’a convaincue de me consacrer pleinement au commissariat d’exposition. Je crois profondément qu’aider un artiste à présenter son travail au public est l’un des plus beaux métiers qui soit. Depuis peu curatrice indépendante, j’ai été invitée à concevoir un nouveau programme d’expositions pour la Galerie – café Ou Bien Encore, à Genève, située dans le quartier des Bains, cœur de l’art contemporain de la ville. J’ai souhaité intituler ce programme ENCORE, mot qui dit le désir d’une rencontre artistique que l’on voudrait prolonger. Ouverte à tous les médiums, la programmation s’inscrira dans les grands rendez-vous du calendrier artistique genevois pour inviter les visiteurs à se réunir, à revenir, encore. Dans ce lieu de vie chaleureux, l’art s’éprouve au quotidien, sans solennité ni distance, concept auquel je crois beaucoup pour ouvrir l’art contemporain à d’autres publics.

En résonance avec le bicentenaire de la photographie en 2026 et la tradition du bain en Suisse, j’ai invité le photographe Gil Rigoulet à présenter, tout au long de l’été, un ensemble de sa vaste série Le Corps et l’eau. Parmi ces œuvres figurent notamment des images de la piscine Molitor en 1985, qui ont fait le tour du monde sans jamais avoir été exposées en Suisse. L’exposition que nous venons d’inaugurer, est visible jusqu’au 23 août prochain.
En parallèle, je prépare une nouvelle exposition de Sophie Estève en Provence cet été autour d’une réinterprétation du Déjeuner sur l’herbe de Manet, avant de consacrer, à l’automne, une exposition à un artiste historique à Paris.

Le portrait chinois de Marion Gardair :

Si j’étais une œuvre d’art : La toile Rebirth III de Julian Schnabel, peinte en 1986 après la disparition de Joseph Beuys, artiste qui l’a beaucoup inspiré et auquel il a livré plusieurs hommages. J’aime sa composition, son titre si poétique, et plus encore l’usage du rose que l’on retrouve souvent dans la palette de Schnabel.
Si j’étais un musée ou une galerie : Le musée Anahuacalli, situé à Coyoacán, au sud de Mexico, que j’ai découvert lors d’un récent voyage. Diego Rivera l’a pensé pour abriter sa collection d’art préhispanique, l’une des plus importantes du Mexique. Conçu avec l’architecte Juan O’Gorman en pierre volcanique noire, l’édifice s’intègre dans une nature sublime. Rivera s’était inspiré de ses échanges avec Frank Lloyd Wright et de sa philosophie d’harmonie entre architecture et paysage. C’est sans doute ma plus belle expérience muséale à ce jour, un choc visuel renforcé par la proximité de la Casa Azul où Rivera vécut avec Frida Kahlo.
Si j’étais un·e artiste : : Bill Viola, un artiste inoubliable. J’ai vécu grâce à lui mon expérience la plus physique d’une œuvre d’art à la Tate Modern il y a une dizaine d’années.
Si j’étais un livre : Pierre de Christian Bobin. Un hommage de l’écrivain à son ami Pierre Soulages, qui relate le récit magnifique de ses visites à l’artiste à Sète. Une écriture d’une délicatesse absolue.
Si j’étais un film : Les Choses de la vie de Claude Sautet. Pour la cinégénie de Romy Schneider et Michel Piccoli bien sûr, et la musique de Michel Legrand qui ne vous quitte plus.
Si j’étais un morceau de musique : Les Princes des villes de Michel Berger — la chanson qui me redonne toujours de l’énergie.

Si j’étais une photo accrochée sur un mur : Une image de l’atelier de Cy Twombly par François Halard.
Si j’étais une citation : « Il faut encore porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse » — Nietzsche. L’occasion de reconsidérer le tumulte intérieur comme une matière créative à l’image du travail de nombreux artistes.
Si j’étais un sentiment : L’émerveillement à l’origine de ma passion pour l’art.
Si j’étais un objet : Un petit miroir de sac illustré par John Derian dont j’adore l’univers ou une carte postale de musée pour former sa collection imaginaire. J’ai lu que Hans Ulrich Obrist avait imaginé ses premières expositions en agençant des cartes postales.
Si j’étais une expo : L’exposition inaugurale de Luma Arles consacrée aux archives d’Annie Leibovitz. L’accrochage non chronologique mêlait ses souvenirs les plus intimes — dont des portraits bouleversants de sa compagne Susan Sontag — à ses grandes commandes pour Vanity Fair. Le tout dans cette architecture aux allures de salle des coffres…
Si j’étais un lieu d’inspiration : L’atelier de l’artiste grec Alekos Fassianos (1935-2022) sur l’île de Kéa, dans les Cyclades, avec vue sur la mer Égée.
Si j’étais un breuvage : Un latte macchiato en Italie ou une mauresque dans le sud de la France.
Si j’étais un héros ou héroïne : L’écrivaine Joan Didion qui a su transformer son expérience personnelle du deuil en un témoignage littéraire universel. L’Année de la pensée magique trône toujours sur ma table de chevet.
Si j’étais un vêtement : Un maillot de bain. Nager est pour moi le luxe absolu.

CARTES BLANCHES DE NOTRE INVITÉE

• Carte blanche à Marion Gardair : Croiser le regard de Sarah Moon à la Villa Médicis (mardi 5 mai 2026)
• Carte blanche à Marion Gardair : Les images survivantes de Sacha Teboul (mercredi 6 mai 2026)
• Carte blanche à Marion Gardair : Redécouvrir Nan Goldin à travers Toute la beauté et le sang versé (jeudi 7 mai 2026)
• Carte blanche à Marion Gardair : Journal de nage avec Gil Rigoulet (vendredi 8 mai 2026)

INFORMATIONS PRATIQUES

mer22avrToute la journéedim23aouGil RigouletLe Corps et l'EauGalerie Ou Bien Encore, 61 rue des Bains, 1200 Genève

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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