L’exposition, « Kazuo Kitai, L’éloge du quotidien – Soixante ans à photographier le Japon » se tient à la Maison de la culture du Japon, à Paris. Peu montré – A l’exception de l’exposition  de groupe Provoke au Bal en 2016 – il s’agit de la première exposition de grande ampleur avec 130 tirages présentés. Le photographe avait choisi de révéler l’intérieur des luttes, en s’immergeant sur de longues périodes, parmi les habitants en zone rurale principalement. 

Dès 1964, l’année de ses vingt ans, il décide de documenter la lutte des étudiants qui s’opposait à l’escale d’un sous-marin nucléaire américain au Japon. Comme les manifestations se déroulent la nuit il pousse la sensibilité de ses pellicules Tri-X 400 ASA à 1600 ASA. Utilisant d’anciens films qui avaient collé à l’intérieur des cartouches,  des traces apparaissent sur les tirages qui sont devenues satisfaisantes à ses yeux, correspondant à une forme inhabituelle, qui lui a plu. Il décide de  traiter des rixes et des photographies de bars, voisins de la base, fréquenté par les américains. 

Kazuo Kitai, Unité de résistance des enfants, série Sanrizuka, Narita
(dép. de Chiba), 1970

Il publie alors l’ouvrage Résistance.

Tout comme Daido Moriyama, il apprécie le travail d’Eugène Atget. Mais lui a fait le choix de montrer le monde rural à l’abandon et de distancer formellement son sujet.

Jeune lycéen, il feuillette dans une librairie à Tokyo, le livre de Bill Brandt Perspective of nudes. Il explique lors d’un entretien récent, publié dans le catalogue, qu’alors les photographies découvertes de ce photographe semblent saisir « la présence de la chose ». La préoccupation de la photographie japonaise d’après-guerre  était de faire surgir l’existence « brutes » des choses : les photos de Bill Brandt, vu par Kazuo Kitai ont montré des corps déformés et une perspective irréaliste, loin des images conventionnelles  du nu classique.

En 1971, il publie Sanrizuka, traversant les vastes terres de son pays de naissance et les travailleurs agricoles. Il affectionne et privilégie de mettre de la distance, de se mettre en retrait, tout en maintenant une relation de confiance avec les gens photographiés. Bannir le plan rapproché,  pour de petits tirages.

Le photographe a vécu son existence de cette manière.

A l’exposition, l’oeil doit s’approcher tout près. Ainsi, nous sommes au coeur de la construction, des détails, des scènes de vie puis d’une vue du tout. Ce sont ce qui caractérisent les clichés exposés à Paris. Il place souvent les personnes au centre de ses photographies qui se retrouvent publiées, au début de sa carrière dans les magazines, à de grande diffusion. Quelques exemples de magazines sont présents à l’exposition  et les photos publiées sur la double page n’hésitent pas à subir la « pliure » du milieu de la publication ce qui aujourd’hui est plutôt à éviter même si cela aussi change en France.

Sa volonté de ne pas vivre en ville signifie aussi qu’il ne voulait plus à avoir à subir tous les centres villes qui se ressemblent tous. Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, on peut retrouver des quartiers de grandes villes sur différents continents très éloignés culturellement, très similaires. 

Kazuo Kitai,
△ jaune de IROHA,
série IROHA,
2024 (photo de 1968)

Pour clore l’exposition, la série  I.ro.ha, 2023-2024,  soit  l’équivalent des 3 premières lettres de l’alphabet, sont peintes sur des tirages déchirés.  Un geste qui diffère de l’ensemble. Sentant une certaine fatigue, une capacité de concentration  plus difficile, il décide d’utiliser des tirages originaux, une « façon dit-il de peindre le paysage, en 3 couleurs, jaune, bleu et rouge ».

A  noter, la galerie Echo 119, à Paris propose des tirages de cette série.

Catalogue Kazuo Kitai, l’éloge du quotidien, publié aux presses du réel.
Un entretien avec Kazuo Kitai  par Diane Dufour est publié dans le catalogue

À LIRE
Kazuo Kitai, au cœur de l’intime d’un Japon disparu

INFORMATIONS PRATIQUES

jeu30avr(avr 30)11 h 00 minsam25jul(jul 25)19 h 00 minKazuo Kitai, l'éloge du quotidienSoixante ans à photographier le JaponLa Maison de la culture du Japon à Paris, 101 bis Quai Branly, 75015 Paris


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mar28avr(avr 28)11 h 30 minsam11jul(jul 11)19 h 00 minKazuo Kitaiiroha — 1, 2, 3 !Galerie Écho 119, 1 rue des Minimes, 75003 Paris

Nathalie Gallon
Nathalie Gallon est critique d’art, membre de l’AICA. Elle écrit des textes sur des artistes pour des plateformes, magazines en ligne et en version print et des galeries.Commissaire d’exposition indépendante, conseillère artistique et co-éditeur de Beaux-Livres L’exposition « Éphémérides coréennes », dont elle est la commissaire et la productrice, a été labellisée dans le cadre de l’année croisée France/Corée en 2015. De 2010 à 2012, elle a été déléguée générale de la Fondation Carmignac et a dirigé le prix international de photographie depuis sa création en 2009, pendant six ans. Elle conçoit des projets artistiques.

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