Depuis le 5 juin, les visiteurs explorent les expositions proposées dans le cadre de la 7ème édition de la Biennale de la Photographie de Mulhouse. Une programmation transversale de 12 expositions pensée autour du thème « Sédimentation(s) » par six commissaires d’expositions invités autour de la directrice artistique de la manifestation, Anne Immelé. Elle fait suite à l’édition précédente autour des « Mondes impossibles. »

Vue de l’exposition Sédimentation(s) – une constellation, photos de Marilia Destot Musée des Beaux-Arts © Émilie Barral

« La BPM a pour objectif de montrer une pratique photographique contemporaine en perpétuel mouvement et interrogation. Le rapport de la production photographique à sa contemporanéité est l’un des axes de la programmation : son rapport à l’évolution du médium mais aussi au contexte écologique, social, économique. » Anne Immelé, directrice artistique

Organisée par l’association l’Agrandisseur, la BPM ancre son propos dans la géographie même de Mulhouse : il y a 33 millions d’années, la plaine d’Alsace était un fond marin. Ces couches de calcaires et de marnes déposées autour de la ville ont inspiré une thématique qui dépasse la géologie pour embrasser les strates de la mémoire, de l’histoire et de l’identité. Car à l’image de ces phénomènes naturels, la photographie elle-même fonctionne selon une logique de stratification : elle fossilise le présent, comme l’indiquait Hiroshi Sugimoto, tout en révélant ce qui est enfoui.

Vue de l’exposition Point Cardinal V, parvis Adrien Zeller et long du canal © Émilie Barral

Pour cette 7ème édition, la manifestation invite à explorer des géographies terrestres et mentales, en s’appuyant sur des notions de sédimentation, de stratification, de matière-flux et de plasticité des mémoires collectives et individuelles. Les 12 expositions déployées dans les lieux patrimoniaux de la ville : le Musée des Beaux-Arts, La Filature, la Tour de l’Europe, la Bibliothèque Grand’Rue ou encore la Chapelle Saint-Jean, articulent trois grandes lignes de force.

Vue de l’exposition Bruissements, La KunstTurm, Tour de l’Europe (14e étage) © Émilie Barral

La première explore les histoires de roches et temporalités plurielles, avec des photographes qui mesurent leurs images au temps géologique. L’exposition Sédimentation(s), une constellation au Musée des Beaux-Arts, évolutive tout au long du festival, réunit notamment Eugenie Shinkle et Marilia Destot, tandis que Manuela Marques, Pablo Castilla ou Gaëlle Delort sondent grottes, falaises et carrières à la recherche des résonances entre temps humain et temps minéral.

Vue de l’exposition Sédimentation(s) – une constellation, Musée des Beaux-Arts © Nigel Baldacchino

La deuxième ligne interroge les mémoires enfouies et leurs matérialités. L’exposition Bruissements (Tour de l’Europe) fait remonter à la surface des souvenirs familiaux et domestiques, quand Sédiments de mémoire (Morat-Hallen) réunit des artistes qui transforment physiquement leurs photographies — à l’aiguille, au fil, aux ciseaux — pour en faire des objets mémoriels à part entière. L’exposition Settled (à La Filature), autour d’Adji Dieye, Kapwani Kiwanga ou Otobong Nkanga, revisite quant à elle le cadre archivistique au regard de l’Histoire coloniale et de ses lacunes.

Vue de l’exposition, Which way the wind blows, Chapelle Saint-Jean © Tiago Casanova.jpg

Vue de l’exposition, Which way the wind blows, Chapelle Saint-Jean © Tiago Casanova.jpg

La troisième dimension ouvre sur des enjeux territoriaux et civilisationnels : histoires méditerranéennes avec Tiago Casanova ou Bernard Guillot, Cuba chaotique et sédimentée vue par Jenia Fridlyand pour sa première exposition en France, ou encore 50 ans de photographie de terrain retracés dans la rétrospective de Jean-Claude Figenwald au Séchoir.

Il ne vous reste plus qu’une dizaine de jours pour découvrir cette proposition unique autour de la photographie !

INFORMATIONS PRATIQUES

ven05jui10 h 00 mindim05jul19 h 00 minBPM - Biennale de la Photographie de Mulhouse7ème édition : Sédimentation(s)

À LIRE
Interview d’Anne Immelé pour les 10 ans de la Biennale de la Photographie de Mulhouse
Anne Immelé, directrice artistique de la Biennale Photo de Mulhouse

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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