Pour célébrer ses 20 ans, le collectif MYOP -le nom est inspiré d’un poème de Paul Éluard : « Mes Yeux, Objets Patients, étaient à jamais ouverts sur l’étendue des mers où je me noyais. Enfin une écume blanche passa sur le point noir qui fuyait. Tout s’effaça. »- investit cet hiver le Carré de Baudouin, lieu méconnu perché en haut de la rue de Ménilmontant. Plus qu’un anniversaire, l’exposition se présente comme un geste politique et poétique : une plongée dans les archives du collectif pour interroger une question brûlante — comment habiter encore le monde, alors que ses équilibres écologiques, sociaux et symboliques se délitent ?

© France Keyser/MYOP 2018 – Série « Françaises »

Fondé en 2005, MYOP défend une photographie engagée, subjective, attentive aux fractures contemporaines. Pensée comme la suite du chapitre entamé aux Rencontres d’Arles 2025, l’exposition tisse un vaste poème visuel collectif. Les images dialoguent entre elles, convoquant des voix humaines, animales, mémorielles et symboliques pour dire le trouble de l’époque, mais aussi pour y puiser des forces de métamorphose.

© Jean Larive / MYOP. 2022 – Série « Réunion des Eaux »

L’un des fils conducteurs de l’exposition, habiter l’inhabitable, affronte la difficulté de nommer notre présent. Anthropocène, dérèglement climatique : aucun mot ne suffit à dire l’ampleur des bouleversements en cours. Les photographies révèlent un monde pollué jusqu’à l’intime, où déchets, microplastiques et résidus chimiques redessinent une communauté de destin entre humains et non-humains. MYOP ne s’arrête pas au constat : reconnaître cette parenté oblige à inventer de nouvelles formes de solidarité et de résistance.

© Agnès Dherbeys/MYOP 2023 – Marseille, reportage sur les violences sexuelles subies par certaines femmes lors de leur parcours migratoire

C’est pourquoi l’habitat est un motif central de l’exposition. Subi ou choisi, il apparaît comme une architecture fragile mais essentielle : abri face aux catastrophes climatiques, aux conflits et aux migrations, mais aussi laboratoire de modes de vie alternatifs. Construits à partir de matériaux pauvres, recyclés ou détournés, ces campements racontent une manière d’habiter le monde depuis ses marges, sans naïveté ni romantisme.

© Alain Keler/MYOP
2005 – Destruction de l’ancienne colonie de Gadid dans la Bande de Gaza.

Enfin, l’exposition interroge la place des images à l’ère de l’hyper-connexion et de l’intelligence artificielle. Face à la saturation visuelle et aux algorithmes prédictifs, MYOP revendique un « réensauvagement de l’image ». Les photographies se libèrent de l’imitation du réel, se laissent traverser par les éléments et les matières, et ouvrent des espaces de transformation sensible.

Défaire les récits dominants, refaire des liens, rêver des futurs désirables : l’exposition affirme la photographie comme un outil de résistance et de soin. Une manière, fragile mais déterminée, de continuer à défendre la poésie du monde.

INFORMATIONS PRATIQUES

ven16jan(jan 16)11 h 00 minsam14mar(mar 14)18 h 00 minDéfaire Refaire RêverMYOP - 20 ans d’une histoire en mouvementPavillon Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant 75020 Paris

Alix Decreux
Diplômée d’un master Lettres & Humanités – Écritures et médias à la Sorbonne Nouvelle, Alix Decreux est rédactrice culturelle depuis l'obtention de son baccalauréat. Forte d'expériences en rédaction, communication et relations presse, elle est aujourd'hui pigiste pour plusieurs médias et écrit sur l’art et les pratiques culturelles contemporaines.

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