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Partager Partager Pour sa première carte blanche, notre invité de la semaine, Roger Szmulewicz – fondateur et directeur de la Gallery Fifty One – a choisi de partager avec nous sa première rencontre avec le célèbre photographe américain Saul Leiter. De cette rencontre, au début des années 2000, en plein cœur de Greenwich Village à New York, est née une amitié, ainsi qu’une collaboration qui durera jusqu’en 2013, année de la disparition du photographe à l’aube de ses 90 ans. Portraits de Saul © Roger Szmulewicz C’était au début des années 2000. J’avais mon premier rendez-vous avec Saul Leiter, dans son appartement du Greenwich Village. Une heure. C’était ce que j’avais prévu. Comme à chaque voyage à New York, mon agenda était saturé. Des rendez-vous en cascade, l’envie d’optimiser chaque minute, de voir un maximum de choses, de personnes, d’artistes. Mais ce rendez-vous-là était différent. J’étais excité, un peu nerveux aussi. J’allais rencontrer quelqu’un que j’admirais profondément. Je sonne. Saul me dit de monter au deuxième étage. Un petit immeuble de quatre étages. À peine entré dans la cage d’escalier, je l’entends déjà parler. On ne s’est pas encore vus. On ne s’est pas présentés. Et pourtant, il est en train de me parler… de sa porte. Je me souviens avoir été surpris. Je ne savais pas trop quoi en penser. J’arrive enfin au deuxième étage. Il m’attend dans l’entrebâillement de la porte. On entre dans son salon, qui fait également office d’atelier. Et la conversation continue, naturellement, comme si nous nous connaissions depuis toujours. © Saul Leiter Foundation, courtesy Gallery FIFTY ONE Il parle. Il parle beaucoup. Il a un café à la main, et je remarque qu’il ne m’en propose pas. Évidemment, je n’ose rien demander. Et puis il y a le chat. Lemon. Il circule partout. Sur les piles de photos. Sur les piles de livres. Sur le désordre parfaitement organisé de l’appartement. Le temps passe. À un moment, je commence à m’inquiéter. J’ai d’autres rendez-vous. Beaucoup. Je me dis qu’il faudrait que j’appelle, que je prévienne, que je décale. Mais je n’ose pas l’interrompre. Et surtout, je passe un moment tellement précieux. Je me dis aussi que je ne sais pas combien de fois, dans une vie, on a ce genre d’occasion. Alors je décide de lâcher prise. Je me dis : ce soir, j’appellerai tout le monde. © Saul Leiter Foundation, courtesy Gallery FIFTY ONE Finalement, je suis resté toute la journée. Nous sommes allés déjeuner ensemble dans son endroit préféré : Veselka. Il aimait les raviolis ukrainiens, les pierogi. Et en même temps, il photographiait. Toujours. Le soir, de retour à l’hôtel, j’ai appelé tous mes rendez-vous pour m’excuser. Personne n’était fâché. Évidemment. Et moi, j’avais passé une journée absolument formidable. Inoubliable. Ce jour-là marquait le début d’une amitié. Elle a duré jusqu’à sa disparition, en 2013. © Saul Leiter Foundation, courtesy Gallery FIFTY ONE Chaque fois que je revenais à New York, nous passions du temps ensemble. Quand j’étais en Belgique, nous nous appelions de temps en temps. Il me parlait de tout et de rien. De photographie. Des livres qu’il avait achetés chez Strand Bookstore, pour cinquante cents. Des expositions qu’il avait vues. Parfois, il me parlait de sa famille. De son père, rabbin, qui n’aimait pas ce qu’il faisait. Et puis aussi de Soames, sa dernière compagne. Grâce aux expositions que j’ai curatées, aux livres que j’ai publiés, j’ai encore aujourd’hui le sentiment de rester en contact avec lui. Comme si cette conversation commencée dans une cage d’escalier du Greenwich Village n’avait, en réalité, jamais cessé. https://www.gallery51.com/artist/saul-leiter/ Marque-page1
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