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Partager Partager Sophie Chaffaut est une vidéaste et réalisatrice française engagée sur des sujets tels que le handicap, l’invisibilité ou l’écologie. Passionnée par l’histoire du cinéma, depuis ses débuts, elle a réalisé le moyen-métrage « L’Ascension de Lizzie Le Blond », qui met en lumière l’une des pionnières de l’alpinisme et de la photographie. Bien que célébrée de son vivant, cette figure historique a malheureusement été oubliée. Avec ce documentaire primé, Sophie Chaffaut entreprend un véritable travail de mémoire pour la remettre en lumière. Le film est accessible gratuitement sur YouTube depuis début janvier. © Hello Emotion, Sophie Chaffaut 2025 Comment avez-vous découvert l’histoire de l’Irlandaise Elizabeth Hawkins-Whitshed, également connue sous le nom de Lizzie Le Blond ? Ce qui est beau dans ce projet, c’est que tout s’est fait un peu par hasard. À la base, je faisais des recherches sur Alice Guy-Blaché, la première réalisatrice de l’histoire du cinéma, car je m’intéresse beaucoup à l’histoire du cinéma des premiers temps et à celle de la photographie. Je me renseigne donc souvent sur ces figures, sur ces pionnières. En faisant ces recherches, je suis tombée sur un article québécois, le seul qui apparaissait dans les moteurs de recherche, parlant d’une certaine Lizzie Le Blond, pionnière à la fois de la photographie de montagne et des films sur les sports d’hiver dès 1898. Étant déjà informée sur le sujet, j’ai été très étonnée de ne jamais avoir entendu parler d’elle. Cet article m’a fait découvrir son histoire et ses premières photographies. J’ai été immédiatement passionnée et ai voulu en savoir plus. Malheureusement, je n’ai rien trouvé : son nom apparaissait seulement dans des archives en Irlande, et ses photographies étaient conservées dans un musée au Kansas. Je me suis alors directement renseignée auprès de ce musée, qui avait numérisé et publié toutes ses photos en ligne. C’est à partir de là que j’ai commencé à explorer une partie de ses réalisations. Pourquoi avoir choisi de lui consacrer ce documentaire ? Et comment avez-vous choisi de raconter son histoire ? Rapidement, je me suis dit que je tenais un sujet et qu’il était nécessaire de remettre en lumière cette femme. Il y avait si peu de choses sur elle, très peu de personnes la connaissaient, que tout restait à faire ! Concernant la forme du film, j’avais très envie de mettre en avant ses photographies. J’ai donc contacté le musée pour créer un partenariat, afin d’accéder à ces archives et pouvoir les restaurer moi-même. Il faut s’imaginer que ces photos étaient stockées dans un album et qu’elles commençaient à disparaître. J’ai donc commencé par la restauration des images. Il me fallait ensuite une structure pour raconter l’histoire d’une personne qui n’est plus. J’ai choisi de mettre en valeur ces photos et ses écrits à travers une voix off, interprétée par l’actrice Lou Howard, et de créer un dialogue entre Lydie et moi. C’est ainsi que le documentaire a pris forme, tout en y intégrant mon propre rapport à la montagne, à travers mes plans et mes cadres filmés. © Hello Emotion, Sophie Chaffaut 2025 Effectivement, dans ce documentaire, vous faites le parallèle entre Lydie et vous. Qu’est-ce qui vous relie ? Je pense que c’est notre découverte étonnante de la montagne. On ne s’attendait pas à tomber amoureuses des cimes. Elle a découvert la montagne par hasard, à l’âge de 21 ans. Pour moi, c’est la même chose : c’est le hasard. J’avais décidé de suivre mon frère en vacances, alors que je n’avais pas vraiment d’intérêt pour la montagne à ce moment-là. Et j’ai eu un véritable coup de cœur. Il y a aussi cet amour de partager la montagne, de la retransmettre, de la photographier, de la filmer… Pour moi, c’est notamment à travers des plans très photographiques que l’on retrouve dans le film. Pour le documentaire, il me tenait à cœur de refaire une ascension qu’elle avait accomplie : la pointe Burnaby, dans les Alpes suisses, à 4 135 mètres. Symboliquement, c’était important de marcher dans ses pas et d’aller, quelque part, à sa rencontre. Qu’est-ce qui explique, selon vous, que l’histoire l’ait oubliée ? Malgré ses exploits alpins, ses écrits, ses films et le grand nombre de photographies réalisées, surtout quand on sait de la difficulté de photographier en haute montagne avec de grandes plaques de verre et le matériel de développement. Je crois qu’il est important de rappeler, que contrairement à beaucoup de femmes de son époque, elle a été reconnue de son vivant. Elle était respectée par ses pairs, des articles ont été écrits à son sujet, elle a elle-même publié des articles, elle a reçu des prix en photographie, et même la Légion d’honneur pour son rôle d’infirmière durant la Première Guerre mondiale. Sa disparition s’explique par la perte d’archives et de documents. Que ce soit le musée ou moi-même, nous n’avons jamais retrouvé de descendants. Ce devoir de mémoire n’avait donc jamais été fait pour Lizzie. Heureusement que ses images existent encore ! Pour l’anecdote, tous ces albums appartenaient à un collectionneur. Lorsqu’il est décédé, ses héritiers ont organisé une vente aux enchères et avaient décidé de jeter les albums. Heureusement, certaines personnes ont fouillé les poubelles en se disant que ces albums avaient probablement de la valeur. Ils ont été confiés à Jacquelyn Borgenson Zimmer, que j’ai interviewée pour le film. Elle ne pouvait pas leur attribuer de valeur car elle voulait les récupérer pour le musée, ce qui créait un conflit d’intérêt. Finalement, les albums ont été donnés au musée, qui a pu entamer le travail de numérisation et de sauvegarde. Ces photos ont été sauvées in extremis, alors qu’elles commençaient déjà à disparaître. © Hello Emotion, Sophie Chaffaut 2025 Quel rôle ses photographies ont-elles joué à son époque et continuent-elles de jouer aujourd’hui ? À son époque, rares étaient ceux qui photographiaient la montagne. Personne n’emportait de chambres photographiques en haute montagne, car cela demandait une excellente maîtrise dans des conditions très difficiles. Son travail était donc déjà exceptionnel pour l’époque. Elle a également photographié les sports d’hiver : le patin à glace, le bobsleigh, etc. Elle a vraiment contribué à laisser un témoignage visuel des sports d’hiver à la fin des années 1800. De son vivant, elle a utilisé ses photos pour donner des conférences lors de la démobilisation des soldats français après la Première Guerre mondiale. Elle a ainsi participé à éveiller l’envie chez les gens de découvrir la montagne. Ces images avaient donc un rôle très inspirant. Aujourd’hui, ces photos nous racontent plusieurs choses. Elles montrent d’abord une femme qui s’est imposée très tôt dans la photographie de haute montagne, ce qui est important de souligner. Elles constituent aussi un témoignage précieux d’une montagne qui n’existe déjà plus à cause du réchauffement climatique. Quand on regarde ses photos de glaciers ou du Mont Blanc, le paysage a radicalement changé. Elles racontent tout un pan de l’histoire de la montagne : l’histoire de l’alpinisme, la façon dont les guides étaient équipés, leur matériel, etc. Votre documentaire est en accès gratuit sur YouTube. Pourquoi avoir décidé de le rendre accessible ? Pour moi, ce film est avant tout un travail de mémoire. Il s’agissait de remettre en lumière une pionnière dans trois domaines : l’alpinisme, la photographie et le cinéma. Je pense qu’il y a un travail très important à faire de ce côté-là, car beaucoup de femmes ont été invisibilisées. Il fallait donc que le film soit accessible au plus grand nombre, pour réhabiliter son histoire et permettre à tous de la découvrir. À VOIR À LIRE Le documentaire « L’Ascension de Lizzie Le Blond » disponible ! Marque-page0
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