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Gérard Garouste, le passeur

Temps de lecture : 1 minute et 45 secondes

Il est partout à Paris ce printemps, aux Beaux Arts, au Musée de la Chasse et de la nature et à sa galerie Templon.
Et ce n’est pas mai 68 qui est célébré notamment aux Beaux Arts où il était étudiant au moment des événements qui l’émeut :

Moi, j’étais concerné de très loin, perplexe, et je crois que c’est bien plus tard que j’ai vu les conséquences positives de mai 68, mais aux beaux-arts, ce bordel m’emmerdait complètement (…)
En mai 68 j’étais un grand lecteur de Roland Barthes qui m’a rassuré sur la peinture. Les propos qu’il tient sur la mythologie c’est là ma réponse à mai 68.
Depuis toujours, et je l’ai emprunté à Roland Barthes, ce qui m’intéresse c’est l’espace qu’il y a entre deux tableaux.

Entre réel et onirique

« L’intranquille » (titre de sa fascinante autobiographie tourmentée parue en 2009) ne s’est pas assagi et Zeugma (le pont en grec) est le fruit de son expérience du Talmut qu’il étudie depuis 2 ans et l’hébreu depuis plus de 20 ans. Approfondir les mythes, traduire la pensée biblique et son imaginaire, lire dans les images, voilà qui donne une matière formidable à un artiste.
Quand Garouste découvre notamment que Kafka se passionne pour la Cabale et publie une nouvelle peu connue : « Je suis un pont », cela lui inspire une œuvre visible à la galerie Templon et le fil de cette trilogie.
Alors que pour le musée de la Chasse il se concentre sur le mythe de Diane et d’Actéon dans ce lieu où elle règne, qu’il réinterprète à sa façon insistant sur le côté bestial du chasseur et sensuel de la déesse dans un festival de couleurs, d’eau et de souffle.
Pour la cour vitrée des Beaux Arts Garouste il dessine un « grand œuvre drolatique » autour de Rabelais et de Dante, captivant.

Tournez manège !

A partir d’une série d’installations monumentales et de dispositifs théâtraux, le visiteur redécouvre quatre pièces monumentales rarement montrées en France pour la première fois : Les Indiennes, La Dive Bacbuc, Ellipse et Les Saintes Ellipses.
La technique des Indiennes les réunit : de la peinture à l’eau sur toile encollée mais non enduite, donc absorbante; ce qui évoque d’avantage la teinture que la peinture. Souples elles se déplacent comme dans un cirque ambulant, d’où l’aspect de chapiteaux.
Autodidacte, dyslexique dans son enfance et solitaire face à un père violent, il rencontrera Léo Castelli qui le propulse aux Etats Unis, ce que peu de gens savent. Autre rencontre déterminante le fondateur du Palace Fabrice Emaer qui lui fait confiance pour les décors de scène. Il côtoie les maîtres au Louvre du Greco au Tintoret qui ne cesseront de l’habiter, tout comme ces questions métaphysiques qui le hantent.

Infos pratiques :
• Zeugma, le grand œuvre drolatique
Beaux-Arts de Paris
jusqu’au 15 avril 2018
Entrée libre
• Zeugma
galerie Templon
jusqu’au 12 mai 2018
• Zeugma, Diane et Acteon
Musée de la chasse et de la nature
jusqu’au 1er juillet 2018