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Après Nice, OVNI festival où Léo Marin pour la galerie Eric Mouchet, avait proposé une carte blanche à Aurélie Faure (cf. notre entretien) nous le retrouvons à Paris, à l’occasion du vernissage de « Mapping At Last » projet qu’il porte en parallèle et expose à Topographie de l’Art.

« Mapping At Last The Plausible Island », la possibilité d’une île, genèse et enjeux de ce 2ème volet de vos recherches

Le 1er volet s’est tenu effectivement à la galerie Eric Mouchet pour commencer à créer un atlas des pratiques cartographiques chez les artistes toutes générations confondues. J’avais besoin pour préciser le propos de l’approfondir selon un axe et en cartographie la potentialité d’une île me semblait idéal, l’île étant l’incarnation de tous les fantasmes, des rêves et de ce qui est possible ou empêché car on s’y trouve prisonnier, contraint, coupé du monde. Ce qui
me tenait à cœur également est que chaque être humain, chaque entité individuelle faisait île par rapport à l’ensemble des autres, d’où notre besoin vital de communiquer.
Pour la sélection des artistes, je travaille avec certains depuis de nombreuses années, d’autres sont des découvertes récentes mais dont le projet était en phase écologiquement, politiquement, cartographiquement à cette pratique cartographique dans l’art contemporain, appliquée au motif de l’île. Autour de l’exposition, une publication va être lancée mi-mars avec une performance de SUZANNE, le groupe de performeurs vu à la Nuit Blanche, avec un nouveau travail spécialement pensé pour l’exposition autour de la communication et la perception d’un message lancé par un individu à un groupe d’être humains extérieurs, une île en soi, avec les interactions possibles engagées, traduites par le geste et une rythmique particulière. Mais suspens !

Directeur de la Galerie Eric Mouchet, quelles valeurs et ligne défendez-vous au quotidien ?

Directeur et programmateur jeune création, commissaire indépendant, auteur je développe aussi mes propres sujets de recherche comme cela apparait ici à Topographie de l’Art. La ligne qui me semble essentielle : replacer son avis personnel de commissaire pour redonner de l’importance aux mots de l’artiste, que ce soit à l’occasion de l’écriture d’un texte, de la conception d’un catalogue, d’une carte blanche, d’une exposition collective. Savoir discerner par l’écoute, ce que l’artiste injecte dans son travail en filigrane pour être un vrai promoteur de sa démarche, vivre et partager des moments de vie ensemble pour pouvoir proposer des expositions qui peuvent être intimistes mais avec des sujets relevant d’une éthique politique globale.
Par exemple pendant les 10 jours du montage, les artistes se sont tous réellement impliqués, certains avec des projets spécifiques qui ne pouvaient se faire que par une réelle confiance et exigence partagées comme pour Aurélien Mauplot ou Benoît Billotte actuellement en résidence au Mexique qui m’a donné la marche à suivre pour réaliser son œuvre. Idem pour Juliette Feck qui a décidé de travailler avec la réalité virtuelle, une toute nouvelle direction
pour elle. Savoir se porter garant d’un travail et se laisser convaincre d’une prise de risque commune.
Au final on peut dire en effet que se dessine ici comme une famille d’artistes de Léo Marin !

L’état de l’écosystème de l’art parisien avec certaines difficultés rencontrées par des galeries de taille intermédiaire, quels défis à relever selon vous ?

C’est un défi que j’ai essayé de prendre à revers, voulant dépasser l’aspect conflictuel des galeries de taille intermédiaire à Paris.
Quand Eric m’a proposé la programmation de sa galerie c’était un vrai challenge : savoir débusquer des artistes encore peu visibles, créer une ligne, d’où la volonté de ne pas me poser en concurrence avec les autres mais d’aller diffuser le travail de la Galerie Eric Mouchet en régions avec des projets à Marseille, en Nouvelle Aquitaine, à Lyon, Nice, Bruxelles.. Plutôt que d’entrer en « guerre froide » avec mes confrères je préférais aller montrer à des institutions de niveau national et international ce que nous, Galerie Eric Mouchet nous défendions.

Participation aux foires et événements incontournables, stratégie de la galerie

Nous allons fêter les 5 ans de la galerie l’année prochaine, ce qui nous permet de prétendre à des foires importantes, en général il faut 3 ans d’existence pour cela, aussi je joue le jeu et pose des candidatures. « Approche » a été une invitation formidable des commissaires et directrices de la foire qui avaient repéré des artistes pour des projets spéciaux comme Louis-Cypien Rials, Bérénice Lefebvre au départ des entités ovni. Louis Cyprien Rials qui depuis
a reçu le prix SAM et bénéficie d’une exposition au Palais de Tokyo. Capucine Vever vient de recevoir l’aide du CNAP pour sa 1ère exposition en galerie, ce fut le cas également de Samir Mougas en 2017. Le travail engagé est en train de porter ses fruits.

A quand remonte votre déclic pour l’art ?

Mes parents étaient artistes tous les deux, j’ai préféré étudier l’histoire de l’art que devenir artiste à mon tour et pendant ces études j’ai fréquenté en permanence les artistes pour les aider et les accompagner lors du montage de leurs expositions, leur bilan de fin d’année…que ce soit à Grenoble, Lyon, Genève, Marseille ! J’ai réalisé alors que je souhaitais travailler avec eux et pouvais me permettre de donner un avis, de là découle ma conviction qu’il est essentiel de passer un certain temps d’écoute auprès de l’artiste. J’ai besoin de partager de vraies tranches de vie avec eux, comme lors de résidences où l’on a vécu dans des conditions improbables avec Capucine qui m’a invité à Ouessant au bout du monde ; dans un camion depuis le sud de l’Italie pendant plus de 24h consécutives avec Pierre Gaignard afin de rapporter les œuvres produites là-bas pour son premier solo en galerie… !

Un conseil à un jeune galeriste ?

Si les très bons artistes sont légion, il n’est pas nécessaire de s’embarrasser avec ceux dont le contact est forcé ou désagréable de prime abord.

Une devise ?

Un post-it sur une œuvre d’Aurélien Mauplot me correspond assez bien : « aller trop loin c’est aller jusqu’ou ? / Où est-ce que l’on va quand on va trop loin ? »

INFOS PRATIQUES
Mapping At Last — The Plausible Island
Avec : Claire Angelini, Christina Barrosso, Benoît Billotte, Charlie Chine, Sebastien Cabour &Pauline Delwaulle, Marcel Dinahet, Juliette Feck, William Gaye, Maxime Lamarche, Aurélien Mauplot, François Réau, Esteban Richard, SUZANNE, Capucine Vever.
Jusqu’au 06 avril 2019
Topographie de l’Art
15 Rue de Thorigny
75003 Paris
http://www.topographiedelart.fr

Vendredi 15 mars = performance de SUZANNE et lancement du catalogue d’exposition

Prochainement à la galerie Eric Mouchet : Capucine Vever
Avec le soutien du CNAP
http://www.ericmouchet.com/

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