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Denis Rouvre dévoile ses Unsung Heroes
Magdalena Simeonova

Temps de lecture : 3 minutes et 11 secondes

Unsung Heroes est un projet photographique réalisé par Denis Rouvre qui rassemble 50 portraits et témoignages de femmes accompagnées par Médecins du Monde sur 4 continents. Face aux violences morales, physiques et/ou institutionnelles que ces femmes subissent, ces portraits entendent mettre en avant les droits des femmes. Chaque jour de la semaine, le photographe français dévoilera un portrait, Place de la République, à Paris*. L’occasion de découvrir ces héroïnes ordinaires.

Jusqu’à vendredi, journée internationale des droits de la femme, nous partagerons avec vous le portrait du jour. Aujourd’hui, nous vous présentons Magdalena Simeonova, cette femme bulgare vient du ghetto, mariée à 14 ans. Elle est la première femme de Nadezhda à avoir fait des études.

*Les portraits sont affichés dans différents autres lieux à Paris (Belleville, Barbès, Ménilmontant, centre de Paris…) et ils sont également exposés à Bordeaux sur les grilles des jardins de l’Hôtel de Ville.

Témoignage

Je m’appelle Magdalena Simeonova. J’ai 28 ans et deux enfants de 5 et 9 ans.
Je suis née et ai grandi à Nadezhda. On a déménagé l’année dernière. On a quitté le ghetto pour s’installer à Sini Kamani.
Je me suis mariée à 14 ans. Maintenant, je suis contre les mariages précoces. Vraiment contre.
Mais je suis née à Nadezhda et j’ai grandi dans cet environnement. Mes parents étaient très aimants et voulaient vraiment que je poursuive mes études. J’étais très bonne à l’école. Mais j’étais sous l’influence de cette communauté.
J’ai rencontré mon futur époux et je voulais me marier. Mes parents étaient totalement contre. Mais j’ai insisté. Ils ont fini par céder. On s’est mariés. Mon mari avait 18 ans, j’en avais 14.
La tradition l’impose mais les gens trouvent ça normal ici. Ils ne voient pas où est le problème. C’est normal. C’est comme ça que les choses se passent.
Une fois mariée, tu dois te consacrer toute entière à ta famille et tes enfants. Tu dois donc quitter l’école. Ton mari et ta belle-famille n’attendent pas. Ils veulent des enfants. C’est comme ça.

Médecins du Monde proposait une formation à la planification familiale et une sensibilisation sur les infections sexuellement transmissibles pour les femmes. J’ai suivi la formation pendant 4 semaines.

C’est là que j’ai rencontré Fanya Rameva, une sage-femme et formatrice. Et j’ai compris. J’ai su que je voulais reprendre mes études.

A l’époque, mon beau-père qui avait 47 ans, avait repris un cursus secondaire. Puis, mon mari en a fait de même. Moi aussi, je voulais secrètement reprendre les cours mais j’avais peur d’en parler parce que je suis une femme et les femmes n’ont pas le droit d’étudier ici.

Mon mari savait que j’en rêvais. Un jour il m’a fait la surprise et m’a inscrite aux cours du soir. Au début, tout le monde était contre. On a eu des ennuis pare que je voulais reprendre mes études.

Mais on n’a jamais abandonné. J’ai fini le secondaire et me suis inscrite à l’Université de Varna. J’ai été acceptée avec 5,25 de moyenne générale (sur 6), et me suis spécialisée pour devenir sage-femme. Je suis en 4e année à présent et suis interne. Une fois mon internat fini, j’aurais mon diplôme.
Mes garçons ont 5 et 9 ans. Je ferai tout pour qu’ils échappent à ça. C’est pour cette raison qu’on a quitté le ghetto. Je ne veux pas qu’ils vivent sous cette influence. Mon mari et moi faisons notre possible pour leur offrir une éducation et qu’ils deviennent des membres actifs de la société.

J’ai de la chance, parce que j’étais la première femme de Nadezhda à pouvoir étudier et faire ce que j’ai fait. Je suis convaincue qu’il y en aura beaucoup d’autres après moi.
C’est pour ça que je travaille dans un centre pour mères dans le ghetto. On les motive, on les aide à construire leur projet, on parle de leurs rêves, et surtout on fait notre possible pour qu’elles n’abandonnent pas leurs études. Je suis convaincue que de plus en plus de femmes vont continuer leurs études et trouver leur place dans la société.

Le projet

À travers son objectif, le photographe Denis Rouvre donne à voir l’acte de résistance de ces femmes et leurs engagements face aux violences politiques et sociétales d’aujourd’hui. Ces femmes se font alors ambassadrices de toutes ces « Unsung heroes »,pour faire évoluer les consciences et rétablir leurs droits bafoués.

Ce projet photographique s’inscrit au coeur du mandat de Médecins du Monde qui s’engage depuis près de 40 ans à soigner les populations les plus vulnérables, témoigner des entraves constatées quant à l’accès aux soins et aux droits et dénoncer les atteintes à la dignité et aux droits humains. Le droit des femmes à disposer de leur corps, à décider de leur sexualité, de leur santé et de leur vie partout dans le monde est un levier de progrès vers l’égalité de genre, un sujet qui est au centre des combats de Médecins du Monde.

Dans le cadre de ses projets, Médecins du Monde prend en charge et accompagne les personnes ayant subi des violences liées aux genres. Par le biais de cette exposition, l’association souhaite rendre hommage à ces femmes violentées, qui font preuve de résilience, d’abnégation et de courage.

unsungheroes.medecinsdumonde.org