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Pour sa troisième carte blanche, notre invitée de la semaine Brigitte Manoukian, responsable de la galerie Fontaine Obscure, nous dévoile en avant première l’exposition collective et pluridisciplinaire présentée à la galerie à l’automne prochain rassemblant 9 artistes autour de la… transmission…

Transmission est le fil directeur d’une exposition collective que La Fontaine Obscure présente à l’automne 2019 à Aix en Provence dans le cadre du programme Marseille Provence MPG2019 et du Festival Phot’Aix. Neuf artistes sont invités : photographes, vidéastes, plasticiens, performeurs. Ils ont en commun de présenter des œuvres relatives à l’univers culinaire, alimentaire de la culture méditerranéenne dans laquelle la nourriture, l’objet ou le geste sont sublimés, sacralisés, partagés, transformés, dans toutes les formes de transmission.

Alhan a la mesa (Bienvenue à table, en arabe et espagnol), le travail de Suraia Abud Coaik et Camille Jeanjean, artistes performeuses, révèle comment les identités résistent et/ou se réinventent dans des situations d’exil – ici celles des Libanais de la diaspora – dans la rencontre des cultures, comment elles peuvent alors articuler de multiples références. Les deux artistes, dans une approche anthropologique et artistique interrogent les ruptures et les continuités dans la transmission des traditions culinaires.
Les photographies d’Ymane Fakhir s’intéressent aussi à l’héritage culturel autour de la nourriture. Dans chaque rituel, geste, élément de la culture culinaire marocaine, se cache une dualité : à la représentation collective se mêlent la part de rêve individuel, les échappées de l’enfance. « On dit que, mais vous n’êtes pas obligé de le croire, qu’en vous penchant sur cette assiette remplie d’huile, votre visage deviendra blanc comme neige. ». L’appartenance culturelle est subtilement, délicatement colorée d’une distance, d’une forme de résistance, d’émancipation personnelle que révèle la combinaison image et récit.
Avec Perles de famille, œuvre des deux artistes-tunisiens Wadi Mhiri et Houda Ghorbel, le geste ancestral est sacralisé, sublimé : les graines de semoule du plat traditionnel la mhammsa, sont façonnées par le geste de la main qui dévoile alors des photos de famille, des instants de la mémoire familiale. « De la naissance à la mort, la main du destin joue avec les grains du temps, marque les trésors de la famille et renouvelle le cycle naturel de la vie. ».
Suzanne Hetzel photographe-plasticienne, explore une autre forme de partage et de transmission dans des compositions murales combinant objets et photographies, redonnant un sens et une valeur nouvelle aux « choses trouvées » ou aux nourritures du quotidien.

La transmission s’applique aussi à cette lignée de photographes de la famille Sudre : quel plaisir que de découvrir, à même posées sur une table de cuisine, les tirages de Jean-Pierre Sudre, déshabillés de leur papier de soie par sa fille Fanny. Le photographe annotait dans des cahiers les combinaisons de ces procédés photographiques comme autant de recettes de cuisine : il est question de dosage, de température, de récipients. Recettes partagées avec Pascal Bonneau qui travailla quelques années avec Jean-Pierre et sa femme Claudine, et qui poursuivra l’exploration dans les procédés anciens de tirage mais aussi dans les papiers.

Chez le couple Amaral-Barthes, l’œuf sert de prétexte pour se situer volontairement dans une photographie plasticienne qui rend hommage à des artistes divers de Botticelli à Araki, autant de sources d’inspiration, de composition et recomposition, une façon de s’inscrire dans une continuité résolument contemporaine et libérée.
L’aller-retour peinture-photographie-peinture est présent dans les natures mortes d’Amélie Chassary faisant l’éloge de la simplicité de quelques figues de l’été indien ou de quelques nèfles, dans de délicates compositions, ou encore dans les travaux de Laure Villain, photographe culinaire qui écrit des « contes de fée pour sucre glace, courge et anis étoilé » comme pour ne pas se couper de ses bonheurs de l’enfance.

Monter une exposition comme photographier, c’est une façon de se révéler, de parler de soi.
La nourriture, la cuisine – la cuisine comme lieu et gestes – me sont essentielles. Issue de familles immigrées, mes différentes cultures m’ont été transmises, entre autres, par les pratiques alimentaires, la confection de plats, la convivialité autour d’une table, autant de marqueurs d’identité (s) au quotidien, dans une logique de conservation et/ou d’émancipation de ces héritages familiaux. Je m’intéresse à la force symbolique des objets : la photographie révèle, renforce cette symbolique, pas toujours visible dans le quotidien. La photographie, par sa force narrative, est capable de faire d’un récit personnel le récit de tout le monde. Je crois qu’une bonne photographie, c’est comme un bon plat : composition, couleurs, gestes, dosages, goûts, intentions, partage, travail, beaucoup de travail… en sont quelques ingrédients.
J’ose reconnaitre avoir mis un peu les mains dans le plat et je vous invite à le partager !

A découvrir à partir du 9 octobre 2019
Vernissage en présence des photographes le 15 novembre 2019
Galerie du 21 bis Cours Mirabeau, Aix en Provence

http://www.brigittemanoukian.com/
http://www.fontaine-obscure.com/

INFORMATIONS PRATIQUES
En ce moment à la galerie

jeu20jui(jui 20)15 h 00 minmer31jul(jul 31)19 h 00 minLes Ateliers s'exposentGalerie Fontaine Obscure, 24 av Henri Poncet 13090 Aix-en-ProvenceType d'événement:Exposition,Photographie


Brigitte Manoukian nous donne rendez-vous du 7 novembre au 28 décembre prochain pour le festival Phot’Aix.

jeu07nov(nov 7)0 h 00 minsam28déc(déc 28)0 h 00 minPhot'Aix 2019 : Regards Croisés Liban-ProvenceGalerie Fontaine Obscure, 24 av Henri Poncet 13090 Aix-en-Provence Organisateur: Fontaine Obscure Type d'événement:Festival,Photographie

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