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Le festival InCadaquès qui ouvre ses portes vendredi en Espagne, vient d’annoncer le nom de sa lauréate 2019. Il s’agit de Céline Croze qui succède à … avec sa série « Siempre que estemos vivos nos veremos » (« Tant que nous serons en vie nous nous verrons ») qui immortalise ses errances en Amérique Latine… Son travail sera exposé dans le cadre du festival jusqu’au 29 septembre.

« Siempre que estemos vivos nos veremos », c’est la dernière phrase que m’a dit Yair. Nous étions sur l’azotea (toit) du bloc 11, la brume enveloppait Caracas, la rumeur folle de la ville ressemblait à un chant funèbre.
C’était une balle dans mon coeur. La conscience de sa propre fin avait quelque chose de terrible et sublime à la fois. Tout était dit. L’urgence de la vie, la fascination pour la mort, l’effondrement du pays. L’extrême violence et l’absurdité de la situation donnait l’impression que la vie n’était qu’un jeu.

Je me rappelais deux jours plus tôt la gallina (arène pour combats de coqs). L’odeur du sang mélangée au rhum et la sueur, les cris de rage, l’excitation de chaque homme. Une transe impalpable enivrais l’arène. Comme si nous étions tous fous. Comme si le sang, la mort et le pouvoir rendaient plus vivants.
L’énergie chaotique de la ville raisonnait dans chaque combat telle une danse qui se déploie, qui reste et pleure impuissante.

Un mois plus tard, Yair fut abattu. Il avait 27 ans.

Mes errances en Amérique Latine furent traversées par d’autres rencontres saisissantes. Comme ces coqs de combats, je voyais des êtres danser et s’accrocher au désordre.
J’y retrouvais à chaque fois cette même sensualité insolente, comme une furieuse provocation, comme un cri d’adolescent amusé par le danger, condamné et libre.

Celine Croze est née à Casablanca (Maroc).  Elle poursuit ses études en France où elle obtient un Master en Art du Spectacle, puis se spécialise dans l’image à L’ESEC ainsi qu’à L’EICTV de Cuba. Elle commence sa carrière en tant qu’assistante opérateur sur des longs métrages tels que « Ixcanul » de Jayro Bustamante (Ours d’argent au Festival de Berlin 2015) ou « Las herederas » de Marcello Martinessi (Ours d’argent Festival de Berlin 2018).
Parallèlement à son parcours dans le cinéma, Celine développe plusieurs projets photographiques et vidéos. Elle participe aux workshops organisés par la galerie Void avec Antoine d’Agata, la maison d’édition Akina et Kladvij Sluban.
Sensible aux fêlures que traverse notre société, Celine utilise les codes cinématographiques pour montrer une histoire, transgresser le monde qui l’entoure, s’immiscer dans la faille de ceux qu’elle regarde.
Ses différents travaux en tant que photographe et vidéaste ont été présentés
aux Rencontres internationales de la photographie de Fès (2013), au Billboard Festival à Casablanca (2015), à la Biennale de Marrakech (2016), à la Biennale du Paraguay (El ojo Salvaje – 2018), à la Fondation de la Photographie de Tanger (2019). Son Dummy Book « Nothing Happened » a également été sélectionné au Festival de Kassel, ainsi qu’au Fuam Dummy Book Award d’Istanbul en 2018.

INFORMATIONS PRATIQUES
Festival InCadaquès
Du 20 au 29 septembre 2019
Cadaquès, Espagne
https://www.incadaques.com/2019-edition-fr
http://www.celinecroze.com/

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