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Le Festival La Gacilly souhaite maintenir son édition, gage de soutien à toute une profession très fragilisée et menacée par la crise. Stéphanie Retière.-Secret sa directrice nous fait part des options possibles et compromis éventuels alors que l’horizon des festivals de l’été n’est pas encore complètement assuré. Contributeur important du dynamisme de la région Bretagne, le Festival joue les synergies à la fois touristiques et culturelles et participe à l’attractivité du territoire.

« Ce que l’on traverse aujourd’hui résonne singulièrement avec l’identité du festival »

Le Festival Photo de la Gacilly a la volonté de maintenir son édition avec quels arbitrages et aménagements ?

Nous avons tout remis à plat à partir du moment où le confinement impliquait de revoir notre façon de travailler l’installation des expositions et les conséquences économiques avec nos partenaires publics et privés qui soutiennent l’organisation du festival. En étant très conscients des ressources que l’on pouvait modéliser, nous avons revu la programmation annoncée lors de notre conférence de presse à Paris début mars, au fil des annonces gouvernementales et des arbitrages en conséquence. Pour le moment et à ce stade, le Festival ouvrirait en juillet avec une programmation recentrée sur le focus Amérique Latine. En effet dans la mesure où tous les événements autour de l’environnement qui devaient avoir lieu en France et tout particulièrement en Bretagne cette année sont décalés à 2021, le Festival décale la majorité des expositions liées à la biodiversité à l’année prochaine. Etre quand même au rendez-vous pour le public, les photographes et le territoire est essentiel à nos yeux.

Quel sera selon vous, l’impact d’une telle crise sur le festival et la région Bretagne ? 

Nous travaillons dans une dynamique collective avec des invitations dans différents réseaux, culturels comme le collectif des festivals engagés pour le développement durable et solidaire en Bretagne, l’art contemporain en Bretagne et des réseaux touristiques. En effet la région Bretagne est très attractive et dynamique du point de vue du tourisme. Si aujourd’hui il est encore difficile de mesurer les conséquences pour cet été, on note déjà pour le printemps un vrai cataclysme économique. Du point de vue culturel il est certain que le festival photo La Gacilly est une structure à part par rapport à tout ce qui est proposé en Bretagne notamment les nombreux festivals de spectacle vivant et musique qui vont devoir être annulés ou reportés.

© Cyril Drouhet

Quelles menaces pèsent sur les photographes et les artistes selon vous ?

Nous avons déjà accueilli en 17 ans plus de 350 photographes, certains vivent de commandes, de publications dans la presse, cette dernière étant aujourd’hui au ralenti. Plusieurs me disent déjà qu’ils sont très inquiets pour les mois à venir, qu’ils ne peuvent se projeter et compter sur des commandes potentielles. On peut imaginer aussi que le secteur de l’édition qui est l’une des solutions pour les artistes et photographes, sera très fortement impacté et nous avons dû renoncer à l’édition de notre catalogue. En effet notre éditeur a dû reporter l’édition pour des contraintes techniques, les imprimeries étant à l’arrêt il était impossible de sortir des livres. C’est toute une chaîne de métiers dans lesquels les photographes et les artistes se retrouvent pris au piège. On pense aussi bien sûr à tous les artistes du monde du spectacle vivant très impactés et menacés pendant cette période. Le statut d’artiste auteur est déjà très précaire et de grandes précarités existent entre les artistes, entre les artistes homme et les artistes femmes qui vont être encore plus creusées et on peut craindre de la capacité de certains à poursuivre dans ce domaine quand on sait les difficultés qu’ils ont déjà à vivre de leur métier. C’est une vraie inquiétude et le mode de calcul de l’indemnisation proposée ne correspond pas à ce genre de revenus très aléatoires et différents d’une personne à une autre.

En quoi le Festival se fait-il le relais selon vous de l’urgence soulevée par cette pandémie et crise mondiale ?

L’une des particularités de la Gacilly est de présenter une photographie engagée et humaniste. Si dans les premières années du festival nous étions dans une volonté de montrer la beauté du monde, ses richesses et ses paysages, au fil du temps comme l’environnement subit de nombreux dommages nous avons aussi été les révélateurs d’un monde en dysfonctionnement. On travaille avec ces photographes lanceurs d’alerte, un rôle devenu le nôtre aussi auprès du public au fil des éditions.

Pensez-vous qu’en matière de conscience écologique cette crise entrainera des changements durables dans nos habitudes et comportements pour concevoir et montrer de la photographie, la protéger et la vivre ?

Je l’espère et si de temps en temps le public trouvait que certaines de nos expositions étaient un peu dures, nous ne souhaitons pas masquer ce monde de destructions. Il ne s’agit pas de mettre la tête dans le sable. J’espère que ce séisme va provoquer des changements durables, gardant une inquiétude quant à cette activité économique mise à l’arrêt et les questions inhérentes à sa reprise éventuelle : quand et comment va-t-elle redémarrer et à quel prix ?
C’est l’occasion de changer nos modèles de consommation, nos modèles de vie et sans doute que la culture, les expositions de photographies, et les photographes seront une réponse sur l’état du monde et notre capacité à agir car il est encore temps d’agir !

INFORMATIONS PRATIQUES
La Gacilly 2020
Début juillet (sous réserve)
Les expositions sont toutes gratuites et situées à l’extérieur dans l’espace public ; les festivaliers peuvent y accéder librement à tout moment.
https://www.festivalphoto-lagacilly.com

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