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Partager Partager Pour sa deuxième carte blanche, notre invité de la semaine, Emmanuel Fagnou, fondateur du Prix Photo Sociale et président de l’association L’Œil Sensible, s’attaque à une question centrale : comment photographier la vulnérabilité sans trahir ceux que l’on donne à voir ? Entre éthique du regard, choix esthétiques et respect de la dignité humaine, il trace les contours d’une photographie sociale qui refuse autant le misérabilisme que l’exploitation de la détresse, une pratique exigeante, au service de la vérité. La photographie est souvent définie comme le simple enregistrement du réel. Pourtant, lorsqu’elle s’engage sur le terrain de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, elle change de nature. Elle devient un acte politique — au sens noble de la Cité — et un engagement humain qui impose une rigueur morale absolue. Photographier la vulnérabilité n’est pas un geste anodin ; c’est une responsabilité. L’éthique face à la situation de vulnérabilité : que montrer sans trahir ? Le premier dilemme du photographe social réside dans le choix de l’angle qui traite de sujets délicats, forcément complexes et tout en nuances. Dans un monde saturé d’images fortes, le risque est de céder à une forme plus ou moins consciente de misérabilisme ou voyeurisme, qui réduit les individus à leur condition sociale ou à leur malheur du moment. Pourtant, les personnes en difficultés ont un parcours, une histoire, des projets pour l’avenir, des envies. Mais ils traversent un moment compliqué, généralement lié à un contexte social qui rend la solution d’amélioration difficile, situation souvent accentuée par des soucis de santé. L’éthique consiste à trouver le point d’équilibre : témoigner de la dureté de la réalité sans réduire l’individu à sa seule condition de précarité. Il s’agit d’élargir le point de vue, montrer ses projets et ses rêves, tout en donnant à voir les contraintes et empêchements de la société. La finalité doit toujours être le témoignage nécessaire, jamais l’exploitation de la détresse. © Céline Villegas, finaliste 2025 du Prix Photo Sociale pour sa série « Bains douches », portant sur les douches publiques à Paris pour les personnes à la rue. L’éthique du choix artistique La question n’est pas seulement le sujet, mais le « comment l’aborder ». Le choix esthétique n’est jamais purement artistique, il porte un sens profond en lien avec le sujet. Un des premières difficultés est ainsi de trouver l’adéquation entre fond et forme : Une esthétisation excessive peut parfois la rendre la pauvreté ou la précarité presque supportable visuellement, ce qui est un contresens. À l’inverse, une image trop brute peut rater sa cible par manque de narration ; elle peut heurter le spectateur, l’amenant à détourner le regard. La beauté invite à regarder deux fois et à s’attarder sur une réalité que l’on aurait pu fuir si elle avait été présentée de manière brutale ou impudique. Par exemple, on peut avoir une analyse critique de certaines séries de Sebastiao Salgado comme « La main de l’homme », qui mobilise une forme esthétique particulière : mais il faut reconnaître une grande force narrative de ces images, une capacité inégalée à retenir l’attention du spectateur et, au final, à amener chacun d’entre-nous à nous intéresser au sujet présenté. Une démarche éthique est celle où la forme se met au service de la vérité du propos. L’éthique de la relation : respecter la dignité humaine C’est ici que se joue l’essence même de la photo sociale. La personne photographiée n’est pas un « objet » d’étude, en tant que personne vulnérable, mais une personne à part entière, qui ne peut être réduite à sa situation du moment. Le respect de la dignité passe par un consentement éclairé et, souvent, par le temps long. La photo sociale éthique est celle qui naît d’une rencontre, d’une discussion, d’un moment partagé. Un autre aspect majeur de la photo sociale est la question que tout photographe doit se poser : une image peut-elle nuire à la personne photographiée, même indirectement ? Le cas le plus emblématique concerne par exemple une personne en exil qui fuit la persécution dans son pays d’origine : un portrait posté sur les réseaux pourrait permettre à un Etat ou des organisations de le retrouver et de lui nuire à distance. Cela pourrait encore être le cas d’une personne à la rue, incarcérée ou encore issue de l’Aide sociale à l’enfance qui, 10 ou 20 ans après, à repris une vie normale et ne souhaite pas que sa famille ou son employeur retrouve trace de son passé et de ces moments de vulnérabilité. Respecter la dignité, c’est photographier l’autre comme on aimerait être photographié si nous étions à sa place. C’est transformer celui que la société rend invisible en un acteur de sa propre histoire, capable de nous regarder droit dans les yeux. À LIRE Marion Gronier nommée lauréate de la 5ème édition du Prix Photo Sociale Anaïs Oudart, lauréate du Prix Caritas photo sociale 2023 Cyril Zannettacci, photographe de l’agence VU’ remporte le Prix Caritas Photo Sociale 2022 Victorine Alisse et JS Saia, Lauréats du second Prix Caritas Photo Sociale Marque-page0
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