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Romuald Dumas-Jandolo à l’Artothèque de Caen

Temps de lecture : 2 minutes et 8 secondes

L’Artothèque de Caen vient de fêter ses 30 ans avec chaque année quelques 6500 prêts d’œuvres, 5 expositions, des résidences d’artistes et une collection de 2600 œuvres, selon les chiffres de Claire Tangy, directrice de cet espace insolite de diffusion d’art contemporain. Un projet citoyen qui a intégré en 2013 l’imposant Palais Ducal du XIV siècle restauré pour l’occasion, suscitant un réel engouement chez les Caennais.

Romuald Dumas-Jandolo invité en résidence dans les Espaces d’art contemporain de l’Artothèque, conçus comme un véritable laboratoire expérimental, nous livre sa vision du continent américain à travers sa mythologie qu’il mixe avec sa culture gitane (né en 1988 dans un cirque ambulant). Une relecture fantasmagorique et théâtralisée où les glissements de sens sèment les indices d’une identité plurielle et changeante. Partant du générique de fin de la série culte et bien pensante américaine La petite maison dans la prairie où l’on assiste à la destruction de la maison, symbole de la faillite des utopies d’un rêve qui tourne court, l’artiste dresse une scène où les peaux de bêtes teintées côtoient des tipi en bois, des dessins grotesques, céramiques et bronzes au sol comme les vestiges d’un feu. Fortement nourri par les Mémoires de Buffalo Bill l’artiste traite de l’envers du décor américain,  fait de spoliation de territoire, de racisme, de discriminations, suicide…à travers une tension entre le profane et le sacré, le burlesque et le tragique, l’attraction et la répulsion. Le rapport à l’habit et à la culture audiovisuelle jalonne sa pratique artistique renvoyant à ses origines (famille de couturières)

Des vanités douces amères qu’il confronte dans le cadre du cycle « Sur le pouce » qu’il est le premier à initier comme commissaire, aux collections de l’Artothèque et du Frac Normandie Caen appelé à s’installer à proximité du Palais Ducal fin 2017.

Ainsi son attention se porte sur les esthétiques de Théo Mercier, Claude Closk, Hans Schabus,, Richard Fauquet ou Michel Aubry,(dont il rapproche les figurines avec ses costumes de membres du Ku Kux Klan coproduits par les Abattoirs de Toulouse et l’association Afiac pour l’évènement Pastic Queer, réflexion sur le genre). Des masques qui entrent en résonnance avec la question du portrait, de la mise en tension du corps (il a été contorsionniste dans son enfance), de l’hybridation des genres, du travestissement.
Enfin et dans un 3è temps, Romuald Dumas-Jandolo proposera à partir du 24 février une restitution de sa résidence qu’il intitule « la nuit américaine ». Selon les superstitions du monde gitan la nuit devient l’espace de tous les possibles,de toutes les transgressions, une constante dans l’univers de l’artiste comme pour son intervention au Canada à Winnipeg en 2015 « When the night slipped on us, même pas peur » ou aux Bains Douches à Alençon en 2015 « Le grand chien ». Il s’agit pour lui à présent d’explorer le côté sud du continent américain qu’il colonise de culture hispanique collectée lors de sa résidence à la Casa Velazquez en 2015-16. En filigrane s’inscrit aussi le projet d’un road movie dans tous les Etats-Unis qu’il prépare depuis 2 ans.
Nul doute que les multiples possibilités offertes par cette Résidence (3000 euros et mise à disposition d’un atelier à l’Esam de Caen) ne génèrent de futures collaborations et orientations fructueuses pour cet artiste lui-même diplômé de Caen qui effectue là un retour aux sources tout en mesurant le chemin parcouru !
INFORMATIONS :
Résidence de janvier à mars 2017
Espaces d’art contemporain
Sur le pouce 
Collection de L’Artothèque, Espaces d’art contemporain de Caen et du Frac Normandie Caen
7 janvier – 7 février 2017
Commissariat : Romuald Dumas-Jandolo
La nuit américaine
Restitution de résidence 24 février – 1er avril 2017