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Partager Partager Pour sa troisième carte blanche, notre invité de la semaine, Emmanuel Fagnou, fondateur du Prix Photo Sociale et président de l’association L’Œil Sensible, explore une tension fondamentale que partagent le travailleur social et le photographe : quelle distance adopter face à ceux que l’on accompagne ou que l’on donne à voir ? Entre recul lucide et empathie maîtrisée, il défend l’idée d’une « distance empathique » – une posture exigeante qui transforme la prise de vue en dialogue, et la photographie en acte de reconnaissance. Lorsque j’ai débuté dans le secteur social, un questionnement fondamental m’a immédiatement frappé, tant il résonnait avec ma passion pour l’image : quelle distance doit-on garder avec les personnes que l’on accompagne ? Ce parallèle entre la déontologie du travailleur social et la place du photographe est saisissant. Dans les deux cas, nous nous situons à la croisée de deux impératifs que tout semble opposer : la distance, garante de la rigueur du témoignage, et l’empathie, sans laquelle la réalité humaine s’efface derrière la technique. Centrale dans le travail social, cet équilibre est aussi au cœur de la photographie sociale. Il s’agit de refuser le détachement froid qui transforme l’humain en objet d’étude, tout en évitant l’identification fusionnelle qui finit par brouiller le regard du témoin. Dans cette famille de photographie, chaque choix de cadrage ou de lumière devient alors un acte éthique et politique. La distance est nécessaire et ne doit jamais être confondue avec un manque d’engagement. Bien au contraire, elle est la condition même de la lucidité. Elle permet de respecter l’espace psychologique de ceux qui traversent des moments de vulnérabilité et d’éviter l’intrusion brutale. En prenant ce recul, le photographe parvient à contextualiser une situation globale sans se laisser submerger par l’émotion brute. © François Le Guen, série La longue saison , lauréat 2026 du Grand Prix Photo Sociale. C’est ce que nous enseigne par exemple le travail de Joseph Koudelka sur les Roms et les Gitans : sa présence discrète et contemplative saisit la vie sans jamais tomber dans le misérabilisme. À l’inverse, une distance mal maîtrisée car trop forte peut glisser vers un cynisme où le sujet n’est plus qu’un trophée visuel, ou vers une forme d’exotisation qui souligne la différence plutôt que notre humanité commune. Cette distance doit s’accompagner d’une empathie maîtrisée pour devenir une rencontre. L’empathie, c’est cette capacité à ressentir la vie de l’autre sans pour autant chercher à se l’approprier. Elle transforme la prise de vue en un dialogue et rend justice à la complexité des parcours, mettant en lumière la dignité et la résilience là où d’autres ne verraient que de la misère. L’idéal vers lequel je tends en tant que président de L’œil sensible est celui d’une distance empathique. C’est une posture qui privilégie la photographie faite « avec » plutôt que « sur » les personnes. Cela demande du temps, une écoute préalable et une transparence totale sur l’usage des images. En impliquant les sujets dans le processus, en recueillant leur parole et en interrogeant sans cesse sa propre légitimité, le photographe quitte la simple représentation pour entrer dans une véritable démarche de collaboration. En fin de compte, la bonne distance est celle qui permet de dire : « Je vous vois, je vous respecte, et voici ce que votre histoire nous raconte de nous-mêmes. » À LIRE Marion Gronier nommée lauréate de la 5ème édition du Prix Photo Sociale Anaïs Oudart, lauréate du Prix Caritas photo sociale 2023 Cyril Zannettacci, photographe de l’agence VU’ remporte le Prix Caritas Photo Sociale 2022 Victorine Alisse et JS Saia, Lauréats du second Prix Caritas Photo Sociale Marque-page0
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