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Emma Lavigne, vibrante et convaincue, regarde à l’est !

Temps de lecture : 10 minutes et 43 secondes

Une bibliothèque qui court les murs, une valise, une table où Gutaï cohabite avec le catalogue des Mondes flottants sa dernière création pour Lyon, Emma Lavigne aperçue le matin sur le quai de la gare de l’Est a décidé de jouer la carte lorraine en s’installant à Metz où ses enfants sont scolarisés. Le regard clair et la voix radiogénique, elle est habitée par ce qui la porte. Sa pensée agile et d’une grande rigueur vous embarque aussitôt. Elle nous a reçu en plein accrochage de son grand projet Couples modernes qui ouvre le 28 avril, alors que le taux de fréquentation exceptionnel du Centre Pompidou-Metz signe un vrai succès.

« Travailler dans un ancrage et une réalité sociale immédiats et faire rayonner le Centre Pompidou au coeur de l’Europe dans ce territoire élargi du Grand Est »

  1. Quels enjeux étaient les vôtres à votre arrivée à la tête de cet élégant vaisseau en décembre 2015 et comment en mesurez-vous l’impact ?

Je souhaitais que ce centre d’art moderne et contemporain qui avait suscité beaucoup de désir et de curiosité émanant des expositions remarquables organisées par Laurent Le Bon et l’équipe, devienne encore davantage un lieu de vie, où les gens se sentent chez eux.

Le Centre Pompidou Paris était envisagé par Pontus Hulten comme un village, « un centre d’art où devait exploser la vie », pensée inspirante que j’avais à coeur de pouvoir incarner ici. Je crois que ce projet est en train de se réaliser et que ce formidable instrument de culture a trouvé son public qui s’est approprié ses espaces comme les propositions artistiques qui s’y déploient.

En terme de répartition 75% de nos visiteurs viennent de France, 14% sont Parisiens et 59% sont issus de Lorraine et de la Région Grand Est. Nous cherchons encore à sensibiliser les jeunes, avec une gratuité jusqu’à 26 ans, ce qui mérite d’être souligné.

Nous avons réussi à instituer une programmation où « il se passe toujours quelque chose » pour reprendre les mots de John Cage : ouverture d’une exposition, concert.., la pluridisciplinarité étant au coeur de mon projet. Nous avons par exemple, organisé le samedi 24 mars un cérémonial de la couleur avec Dorothée Selz et Antoni Miralda sous la forme d’un grand goûter partagé qui a connu un vrai succès durant tout le week-end.

Je tenais à affirmer un ancrage fort sur le territoire à travers la programmation des sujets imaginés pour dialoguer avec Metz et la Grande Région.

Nous avons, dès mon arrivée, souhaité raconter cette histoire partagée d’un territoire transfrontalier tour à tour français ou allemand, avec l’exposition « Entre deux horizons. Avant-gardes allemandes et françaises » du Saarlandmuseum

J’ai rencontré mon homologue, et de façon spontanée, lui ai proposé à l’occasion des travaux entrepris dans son musée, de raconter cette histoire qui a tant d’importance ici, à partir de la vie de ses collections, à un moment critique où le Front National avait obtenu 32% de voix au 1er tour des élections régionales. « Entre deux horizons » a été passionnant dans ce dialogue activé avec l’Allemagne, explorant les influences croisées et la fascination pour le voisin ainsi que les inquiétudes qu’il peut susciter, afin de montrer comment les œuvres deviennent les témoins de leur temps.

Nous avons aussi travaillé avec la spécificité du territoire, comme à l’occasion de l’exposition Fernand Léger. Le beau est partout dans le cadre des 40 ans du Centre Pompidou, bénéficiant de prêts exceptionnels, à partir des mots de l’artiste qui affirmait que « le beau est partout ». C’est un enjeu, dans la période actuelle où la notion de beau est presque devenue un terme pernicieux.

Nous tenions avec la commissaire Ariane Coulondre à faire rayonner l’humanisme de Fernand Léger, ses idées autour de la démocratisation de la culture, lui qui affirmait qu’il fallait ouvrir les musées après 17h30 afin que les ouvriers puissent y venir. Des valeurs qui m’animent dans le travail que j’entreprends ici. Nous avons donné une résonance particulière au projet, déployé dans la cité radieuse imaginée par le Corbusier à Briey à 30 minutes de Metz, entrecroisant les deux artistes autour de la polychromie pensée comme un désir de transfigurer la réalité, sous le titre Le Corbusier et Léger. Visions polychromes.

J’ai aussi organisé, comme commissaire, l’exposition Jardin infini. De Giverny à l’Amazonie sujet sur lequel je travaillais depuis longtemps à travers des projets expérimentaux avec Céleste Boursier-Mougenot par exemple pour la Biennale de Venise (Pavillon Français, rêvolutions), autour de ces questions du vivant qui me passionnent, présentes également autour des projets réalisés avec Pierre Huyghe (2014 Centre Pompidou Paris). Ce projet s’est enraciné à Metz et a pris toute sa place dans le contexte d’une prise de conscience écologique très avant- gardiste avec Jean-Marie Pelt, premier adjoint du maire, qui a sauvegardé beaucoup d’espaces verts dans la ville et autour.

Il y a de plus dans toute la Lorraine des jardins remarquables. Nous avons initié des dialogues avec ces lieux associant les espaces verts de la Ville de Metz et le Jardin botanique du Grand Nancy.

Egalement, avec Japan-ness. Architecture et urbanisme au Japon depuis 1945, un véritable pari de présenter l’architecture contemporaine japonaise au sein du bâtiment de Shigeru Ban et Jean de Gastines qui inaugurait une grande saison japonaise faisait sens tout proche de Nancy, où par l’apport du japonisme, est né l’Art Nouveau. Même si nous évoquions la création très contemporaine nous souhaitions montrer que cette terre avait accueilli très tôt aussi bien les fleurs importées du Japon que des textiles, des estampes, l’esprit et la créativité japonaise.

 

Nous travaillons au sein du territoire avec les quatre pays voisins. Nous avons ainsi lancé un programme qui démarre avec le Mudam et le Luxembourg, « Est Express ». Nous travaillons aussi avec la Suisse par le biais de prêt d’œuvres, la Belgique où notre exposition Fernand Léger a itinéré et l’ouverture de Kanal Pompidou qui ouvrent de nouvelles perspectives.

En termes de chiffres de fréquentation, même s’il faut se montrer toujours prudents, nous avons réalisé une très bonne année avec 15% de visiteurs en plus, soit plus de 345 000 visiteurs pour une ville de 120 000 habitants, ce qui un beau résultat.

Si je suis très heureuse de cette fréquentation, tout comme des initiatives plus invisibles comme ce programme lancé en 2017 « l’art de partager » auprès de 31 associations du territoire en charge de public en grande précarité (personnes réfugiées, milieux défavorisés, adolescents en souffrance, situations de handicap.). Il s’est beaucoup développé avec les collectivités territoriales et un mécène à présent qui nous soutient. Nous sommes dans des propositions très qualitatives plus invisibles mais tout aussi importantes pour nous.

Nous avons aussi une spécificité dans notre institution. 30% de nos visiteurs viennent de la classe sociale des employés-ouvriers sur ce bassin de population où beaucoup sont venus travailler dans les usines de sidérurgie, dans une région qui a aussi souffert. Ce qui est beaucoup comparativement au 12% du niveau national. Le Louvre-Lens est par exemple à 18%.

C’est une grande satisfaction de penser que la programmation même pointue, parfois même radicale, attire du monde, comme avec Jardin Infini inspiré par la Dark ecology, ou Oscar Schlemmer. L’homme qui danse.

Le différentiel entre le public qui fréquente des expositions plus classiques ou plus expérimentales, est en train d’ailleurs de s’amenuiser.

Ce travail de fond entrepris avec les acteurs du territoire, les partenariats tissés avec les structures locales et institutions culturelles, est essentiel et nous a conduit à de magnifiques collaborations. Comme par exemple avec Petter Jacobson,
directeur du Centre Chorégraphique « Ballets de Lorraine » de Nancy et le chorégraphe Thomas Caley , coordinateur de recherche, à qui j’ai commandé une création chorégraphique dans le cadre de l’exposition réalisée en 2016 Oskar Schlemmer. L’homme qui danse.

Cela nous permet à présent d’être associés, soit pendant 3 ans de réfléchir à des projets d’artistes comme avec Saburo Teshigawara que nous avons invité dans le cadre de la saison japonaise en partenariat avec l’Arsenal. « Les Ballets de Lorraine » lui ont proposé un workshop pendant 3 semaines avec les étudiants pour créer une œuvre qui est maintenant inscrite au répertoire des Ballets.

Travailler avec la réalité sociale est une motivation forte que j’impulse auprès de toute l’équipe, avec Agathe Bataille, responsable du pôle des publics et de la communication, notamment qui vient du Centquatre, et dans la continuité de mon expérience à la Cité de la musique dans le 19ème. Nous savons ce que cela implique d’aller chercher des gens de l’autre côté du périph’ !

2. De même qu’avec Elles@Centre Pompidou Paris qui donnait la parole aux artistes femmes, « Couples modernes » prolonge cette réflexion à travers les jeux de l’amour et du quotidien partagé.

Revenons sur la genèse d’un tel projet en partenariat avec le Barbican qui célèbre cette année le centenaire du droit de vote des femmes britanniques.

J’avais, déjà à mon arrivée au Centre Pompidou Paris en 2008, travaillé comme commissaire associée avec Camille Morineau sur Elles@Centre Pompidou avec une réaction de surprise au départ étant plus en charge de l’art contemporain, même si le projet s’est révélé passionnant comme un véritable outil critique pour l’histoire de l’art.

Générer une prise de conscience de notre politique d’achat pour la collection et du faible nombre d’artistes femmes exposées dans nos galeries et constater aussi que beaucoup d’artistes femmes contemporaines restaient peu achetées ou exposées même si elles sont nombreuses à sortir des écoles d’art et à avoir un vrai talent.

Ce projet s’est révélé comme une sorte d’auto-critique de l’institution par rapport à des questions qui concernent l’ensemble des musées avec cette déclaration des guerilla girls : Est-ce que les femmes doivent être nues pour entrer au Metropolitan Museum ? Moins de 3 % des artistes exposés sont des femmes mais 83 % des nus sont féminins ».

Cette exposition a suscité de nombreux débats autour de cette problématique. Il ne s’agissait pas d’enfermer des femmes dans des expositions liées au féminisme, de grandes figures liées à l’abstraction, par exemple, n’ont pas envie d’être mises dans cette case là. Nous souhaitions plutôt raconter l’histoire de l’art dans sa diversité à partir de leurs œuvres.

Mes recherches autour la notion du couple avaient déjà commencé en 2005 à la Cité de la musique et au Canada (musée des Beaux Arts) autour du couple formé par Yoko Ono et John Lennon, ce dialogue des extrêmes. Un artiste anglais qui rencontre une artiste japonaise et se heurte à la notion du racisme, amplifiée du fait que deux champs contraires se trouvent tout d’un coup en interaction. Avec d’un côté le monde de la Pop populaire et de l’autre, celui de fluxus, de l’art conceptuel, de la musique expérimentale.

Il est fascinant de constater combien dans notre appréhension culturelle nous séparons les choses, les hommes et les femmes, les origines et provenances géographiques, l’occidental et le non occidental, la high et la low culture, la musique savante et populaire etc.

Ce couple était passionnant dans la façon dont ils ont fait de leur intimité partagée un lieu de création artistique et musical, un lieu de prise de position politique très forte, comme leur mariage à Gibraltar qui très médiatisé est devenu un évènement pour la paix. Symboliquement c’est aussi le lieu où l’Europe se rapproche de l’Afrique.

Avant d’entamer ce célèbre Bed-In autour duquel j’ai organisé une exposition à Montréal à l’occasion des 40 ans de l’événement en 2005. Véritable performance d’art conceptuel extrêmement articulée qui reprenait des codes de la résistance pacifiste et de tous les mouvements pour les droits civiques, un dialogue fort qui nourrit leur travail à tous les deux pour briser des frontières encore très rigides.

Ce qui m’intéresse dans ma recherche ce sont ces phénomènes de porosité, dans la musique et l’art contemporain, ce qui s’entend et ne se voit pas, comment deux champs entrent en porosité et en créent un nouveau. Danser sa vie avec Christine Macel était de cet ordre, Jardin Infini également.

Couples modernes découle aussi de cette idée, même s’il ne s’agit pas de limiter et de restreindre ce que peut représenter la création intrinsèquement individuelle de l’artiste mais voir comment ce dialogue peut s’inviter dans le cadre d’une création amoureuse.

Comment cette idée de partager quelque chose d’essentiel dans sa vie intime peut générer une énergie incroyable et engendrer de nouveaux mouvements comme le rayonnisme avec Mikhail Larionov et Natalia Gonchavora à l’origine de ce manifeste : « Pourquoi nous nous peinturlurons » qui descendent tous les deux dans la rue le visage peint. L’auraient-ils faits seuls ?

Comme si la créativité pouvait être intensifiée par un déclencheur fort, cette rencontre d’une âme sœur, sans dérive romantique, qui n’exclut pas les tensions.

Etant donné la situation des femmes encore emprisonnées dans le carcan de la législation de l’époque et victimes de la guerre, le couple offre aussi paradoxalement une possibilité de créer, de tenter d’avoir une chambre à soi comme disait Virginia Wolf.

Ce qui est bouleversant, ce sont ces grandes figures comme Josef Albers, qui reconnaît combien Anni sa femme l’a inspiré quand ils fuient l’Allemagne pour arriver au Black Mountain College. Anni a pratiqué le tissage dans l’atelier du Bauhaus technique qui devient alors, comme chez les Arp, une façon de dépasser la dimension bourgeoise du tableau de chevalet, et même si Josef apprécie ce medium, dans nos collections Anni est totalement absente, au contraire de son époux.

Si l’on prend un autre cas, même s’il est difficile de circonscrire, avec 40 couples présentés et 200 répertoriés dans le catalogue, le Blaue Reiter est un mouvement d’où les femmes sont totalement exclues.

Nous avons prévu une salle autour de Murnau avec notamment Alexej von Jawlensky et sa compagne Marianne von Werefkin, grande artiste russe proche de Vassily Kandinsky, et des idées qu’il diffuse dans son livre théorique, Du Spirituel dans l’art, sorte de figure tutélaire, totalement inconnue en France, qui conçoit l’amour comme un sacrifice.

Le sacrifice est également au cœur des relations qui unissent Alma et Gustav Mahler ou Kandinsky et Gabriele Munter. Ces récits forment une sorte de continuité
de Elles dans la mesure où le couple a été une forme de matrice mais de matrice complexe où l’apport des femmes est souvent passé sous silence notamment par leurs conjoints, ce qui relève d’une violence terrible.

L’on sait par exemple que Raoul Haussman a encouragé Hannah Höch seule femme de Dada Berlin à exposer à la Dada Messe et voyait en elle une femme nouvelle qui incarnerait une liberté totale des mœurs, en dehors des normes de la société alors qu’il était marié et père d’un enfant. Elle devenait le fer de lance de préoccupations de l’avant garde.

Ce sont toutes ces ambivalences que nous avons souhaité mettre en avant. Ce n’est pas uniquement la question du genre qui nous intéressait comme avec l’exposition « Féminin-masculin, le sexe de l’art » qui avait ouvert la voie en 1995 mais ces processus de création et ce moment spécifique à chaque couple.

Nous avons aussi une salle autour de Max Ernst et Leonora Carrington qui se réfugient à Saint Martin d’Ardèche, juste avant l’internement d’Ernst au Camp des Milles. Nous présentons la bibliothèque que Leonora avait transportée à Saint Martin d’Ardèche, nourrie de cet imaginaire qu’elle apporte à Ernst.

Sortir l’artiste de cette solitude, c’est relire l’histoire de la modernité sous un angle plus intime parfois juste à travers une trace plus modeste comme cette petite sculpture qui relie Marcel Duchamp à Maria Martins, femme mariée à un diplomate ambassadeur du Brésil, son grand amour alors qu’il déclarait de ne pas vouloir s’embarrasser des servitudes de la vie à deux. Des histoires plus secrètes, parfois en polyamour avec des couples, des trouples, des communautés prônant l’amour libre.

Le Barbican va reprendre l’exposition qu’ils feront évoluer et cela m’intéressait d’avoir un certain nombre d’artistes anglais dans le parcours comme Eileen Agar et Paul Nash, Barbara Hepworth et Ben Nicholson, le Bloomsbury Group, communauté d’artistes qui ont élargi la notion de couple et défendu une grande liberté de pensée dans le contexte de la très stricte Angleterre victorienne.

Dans ce contexte de carcan le couple peut être une cellule créative, malléable, transformable, une chimère par moment pouvant conduire jusqu’à la destruction.

3. Si vous aviez un rêve.. pour le Centre Pompidou Metz ou ailleurs ?

Je crois que j’ai la chance de pouvoir donner une réalité à des sujets et des rêves qui m’habitent depuis très longtemps parfois, ce qui est assez fantastique avec ce métier.

A mon arrivée ici j’ai également lancé un projet que j’aimerais pouvoir poursuivre malgré tout le contexte politique de crispation populiste de certains pays, autour de cette idée de la Mitteleuropa comme modèle au cœur de l’Europe Centrale d’avant la guerre. Un lieu multiculturel où différentes influences cohabitaient en bonne intelligence. Ce type de réflexion me parait urgent, à la mesure d’évènements récents pour réinventer cette idée européenne, envisager le rapport à l’autre comme un espace de porosité et de richesse possibles.

Il s’agit d’un grand projet que l’on espère réaliser à l’horizon de 2020-21.

Concrètement avec l’échéance du Brexit nous mesurons ce qui va changer dans notre façon de fonctionner avec les institutions anglaises ou en Pologne ou en Hongrie, combien la situation peut aussi modifier la collaboration entre les musées.

Pour le Centre Pompidou-Metz mon rêve serait que ce processus de démocratisation culturelle se poursuive et aille encore plus loin pour pouvoir toucher davantage de visiteurs et que l’art soit synonyme de prise de conscience, d’évasion, de contemplation et de rêve.

Et même si ces thèmes sonnent comme des tabous dans la critique d’art, je travaille pour le grand public avant tout et non pour quelques happy fews !

Actuellement :
L’Aventure de la couleur. Œuvres phares du Centre Pompidou Jusqu’au 22 juillet 2019
Couples modernes Jusqu’au 20 août 2018
À Londres, Couples modernes, du 10 octobre 2018 au 27 janvier 2019, coïncidera avec le centenaire du droit de vote
des femmes britanniques et sera l’une des composantes majeures de la saison du Barbican Centre, Londres, The Art of Change.
http://www.centrepompidou-metz.fr

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