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Aujourd’hui, notre invité de la semaine, l’éditeur Arnaud Bizalion, partage avec nous l’extrait d’un texte publié en 2017 dans un livre de témoignages : « Mes Rencontres d’Arles. Ce texte raconte les début de l’éditeur dans le monde de la photographie et c’est à Arles, en 1976, que cela se passe…

Dans les années 70, comme de nombreux jeunes arlésiens, le « festival de photo », ne m’atteignait en aucune façon. Je suivais des cours de dessin, de gravure, de modelage d’abord avec Sandor, puis ensuite avec un atelier installé dans la commanderie Sainte Luce. En 1974, avec mon ami Fred, équipés de nos Ricoh achetés chez Valtier, rue du 4 septembre, nous pratiquions en amateur la photographie lors de nos virées en « bleue », ou en 4L, sur nos terrains de jeu préférés : Crau, Camargue, Alpilles, Cévennes. Comme beaucoup, nos maîtres étaient Lucien Clergue et David Hamilton. J’avais installé mon labo dans la salle de bain, et les premières photos sont celles de l’adolescence, copains, copines, paysages, arbres, …  C’est à partir de 1976, alors en première année aux Beaux-Arts d’Aix-en-Provence que la photographie m’attire dans ses mailles au fil d’échanges avec Jean-Luc Uro. Chaque année à Arles, la manifestation grandit, et je découvre peu à peu cette énergie, cette forme de désinvolture alors absente des autres formes artistiques, je côtoie ces « gens » quasi tous des « estrangers », et découvre les expositions dans les chapelles, églises, couvent, cloîtres …, (à Arles, le religieux et l’art font bon ménage), et les projections dans la cour de l’Archevéché où nous étions moins de cent.

Puis les années suivantes, je fais un stage cibachrome sur la couleur, puis un stage avec Mary Ellen Mark. L’hiver 1982, alors en 5ème année des Beaux-Arts de Marseille-Luminy, option « photo » avec Bernard Perrine, Alain Desvergnes m’embauche à mi-temps pour plusieurs mois aux Rencontres. Je travaille principalement aux côtés de Marc Florès, l’homme clé de la technique audiovisuelle de ces années là. L’hiver, dans l’ex-couvent, les actifs des RIP se comptent sur les doigts d’une main (Marie-Françoise, Marie-Annick, Evelyne, Marie-Jo). Alain Desvergnes jugeant probablement que le travail manuel me serait bénéfique, me demande de construire un séchoir avec claies pour les tirages photos : c’est une sorte de meuble de 2 m de haut environ avec une bonne dizaine de tiroirs au fonds grillagés coulissants. A part démonter ma mobylette, je n’avais absolument aucune idée de ce qu’était une équerre. Je travaillais au pied de l’escalier des RIP où les courants d’air de cet hiver 82 ne m’épargnèrent pas. Cette entreprise était une angoisse, et une fois terminé, il ne fallait pas être menuisier pour constater que le meuble était tout de biscante. Alain m’ordonna de renouveler l’opération. Je dû en recommencer un deuxième, qui lui fût parfait et ne connut les « encombrants » que 25 ans plus tard.

Mais l’été 1982 arrivait à toute vitesse, et nous consacrions beaucoup de notre temps à la préparation du festival : c’était l’époque des diapos sous cache-verre, des audiovisuels, des fondus enchainés, des programmations image et son, des carrousels, … toute une panoplie de matériel aujourd’hui disparu. Ce mois de juillet, sous la coordination de Bernard Gilles, lui qui avait tout quitté à Liège pour se jeter à corps perdu dans l’aventure des RIP, et qui flirtait avec Arles depuis les années 75 s’était fait remarquer avec le fameux parasol et son Ford Transit sorte de « tout en un » : exposition, projection, débat, … Le « povre» stationnait place de la République, en plein « cagnard ». Nous avions en charge le labo pour le développement des films noir et blanc shootés dans la journée par les stagiaires, et la réalisation des planches contact : c’était un job de nuit qui se déroulait dans les lieux les plus noirs du couvent. Tout devait être prêt le lendemain matin pour les séances de lecture, sélection, échanges avec leur maître de stage. Quand nous sortions, après une pizza et un quart de rouge, nous attrapions  le Off de Jean-Louis Chabassud sur la Place du Forum. Autant dire que les lendemains étaient défraichis. Plus tard, dans les années 80 et 90, je reviens aux RIP, par la « com », chargé du graphisme, et travaillais avec Marie-José Justamond, et les directeurs successifs : Claude Hudelot, Louis Mesplé, puis Bernard Millet. Dans les années 70-80, les RIP ont éveillé beaucoup de vocations chez les arlésiens, parfois spectateurs, souvent acteurs d’actions parrallèles, dans une forme de marginalité revendiquée, tel Philippe Praliaud.

Les photos de Pierre-Jean Amar dans le livre Mes Rencontres d’Arles (Arnaud Bizalion Editeur 2017) nous renvoient sur tous ces petits moments oubliés qu’on retrouve avec bonheur. Le plaisir d’une photographie souvenir sans importance apparente mais qui est le ciment de beaucoup d’amitiés de ces années là.

INFORMATIONS PRATIQUES
Mes Rencontres d’Arles
Pierre-Jean Amar
Arnaud Bizalion Editeur
Sortie en juin 2017
17 x 16 cm – 192 pages environ – 224 photographies en bichromie – 42 textes
ISBN : 978-2-36980-117-7
28 €
https://www.arnaudbizalion.fr/fr/photographie/58-mes-rencontres-d-arles-9782369801177.html

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