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Directrice du Centre d’art contemporain le Creux de l’Enfer (Thiers) puis du Centre national d’art contemporain, Villa Arson (Nice),Laurence Gateau dirige le FRAC des Pays de la Loire, le premier à se doter à Carquefou d’une architecture dédiée avec une collection de plus de 1700 œuvres et comme particularité le programme mis en place par Jean de Loisy de résidence d’artistes, les Ateliers Internationaux. Laurence Gateau a notamment été la commissaire de l’exposition des 23 Frac à Singapour, Séoul et Bangkok en 2017 avec Platform. Une visibilité internationale aussi importante à ses yeux que l’ancrage territorial.

Alors qu’un éventuel lieu de représentation du Frac à Nantes reste en suspens, elle est revenue sur les moments clés de son parcours, sa vision prospective et futurs projets, dans ce temps nécessaire qu’elle accorde à la vie de la collection après l’exposition majeure de Josephine Meckseper à valeur de manifeste. Nous la rencontrons à l’occasion du Salon de Montrouge dont elle préside le Jury cette année, témoignant de son engagement constant en faveur de la jeune création.

A quand remonte votre premier contact avec l’art ?

Je n’avais pas de prédispositions familiales, visites de musées ou autres mais plus une sensibilité très forte encouragée par une institutrice qui m’a guidée vers une pratique personnelle de poésie sous forme de collages, d’assemblages, bandes sonores avec les premiers magnétophones. Enfant, Miro a aussi été important par le biais d’une reproduction qui m’avait été offerte.

Quelles rencontres ont été décisives dans votre parcours ?

Alors que j’étais en maîtrise en art roman plutôt destinée à être médiéviste j’ai eu cette rencontre avec des artistes contemporains et révélation lors de ma participation à une exposition organisée pour une entreprise.
Par la suite j’ai travaillé à la première exposition « Meltem » au château d’Oiron qui mêlait patrimoine et art contemporain. Puis j’ai poursuivi par un long stage au centre d’art contemporain de Genève avec Adelina von Fürstenberg, qui a confirmé définitivement mon souhait de m’inscrire dans un rapport au vivant.
Des artistes ont aussi été très importants tels que Roman Signer que j’ai rencontré à la fin des années 1980 alors qu’il n’était pas encore connu et que j’ai ensuite invité à exposer au Creux de l’Enfer que j’ai dirigé de 1989 à 1999, tout comme Mona Hatoum, Doris Salcedo, Hubert Duprat, Fabrice Hyber.. dans ce lieu qui m’a beaucoup marquée.

Quelle conception de l’exposition vous guide ?

En général j’ai un rapport à la fois conceptuel et charnel aux œuvres, et je m’engage à ce que les expositions que je conçois reflètent cette dimension. Le public doit pouvoir ressentir l’articulation de la pensée des œuvres entre elles à travers un parcours aussi intellectuel que physique. J’avais beaucoup apprécié la documenta (13) à Cassel avec comme directrice artistique Carolyn Christov-Bakargiev autour de la destruction et du renouveau et l’exposition « Voyage intérieur » d’Alexis Vaillant pour l’espace Electra en 2005, transposition physique et sensible de l’étrange.

La future Saison Africa 2020

Je me suis inscrite avec le Lieu Unique, l’école des Beaux Arts de Nantes, et le Grand Café à St Nazaire dans le cadre de la saison Africa 2020 de septembre à novembre, pour des résidences d’artistes dans le prolongement de ce que j’ai mené depuis plusieurs années. Inviter un artiste à sélectionner des œuvres dans notre collection en y mêlant son propre travail dans un dispositif de présentation particulier. L’idée pour Africa 2020 serait d’inviter un commissaire d’exposition et un artiste à poser un regard sur la collection du Frac avec d’autres collections qu’elle soient historiques ou ethnologiques pour repenser la notion de muséologie et muséographie. Proposer une relecture du savoir, ce qui me semble pertinent.
Pour ce qui concerne les Ateliers Internationaux l’accent sera mis par la suite sur l’Amérique du sud en général et l’Argentine en particulier.

Comment un Frac peut-il rester prospectif ?

C’est une dimension que j’ai toujours défendue comme avec l’artiste allemande Josephine Meckseper (née en 1964) qui bénéficiait pour la première fois d’une exposition en France, sur 2 lieux, le Frac et le HAB galerie à Nantes. Son discours critique sur la fétichisation des marchandises et symboles du pouvoir en écho avec d’autres artistes a un impact très fort en lien avec nos stratégies actuelles.
Etre prospectif c’est également porter un regard sur des artistes émergents notamment les plus jeunes comme nous le faisons avec le programme des Ateliers Internationaux et le dispositif des Instantanés (dernier en date, le 99ème consacré à Arthur Lambert). C’est dans ce cadre que je suis présidente du Jury du Salon de Montrouge, un vrai vivier, ce qui m’a permis d’en repérer notamment certains, c’est un véritable creuset pour de nombreuses générations.

En savoir plus :
FRAC Pays de Loire
24 bis Boulevard Ampère, La Fleuriaye
44470 Carquefou
http://fracdespaysdelaloire.com/

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