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Partager Partager Les particules, livre de la photographe Manon Lanjouère, paru chez The Eyes est le récit glaçant d’une catastrophe silencieuse. Sous-titré Le conte humain d’une eau qui meurt, il se présente sous forme d’un cahier aux feuilles détachables et perforées, comme si le lecteur voulait ensuite archiver chacune d’elles dans un classeur. Sur chaque feuille un cyanotype représente une forme semblable à un organisme vivant, sous laquelle apparaissent une inscription latine ressemblant à une classification scientifique et une inscription en français donnant le nom de l’objet originel. Ainsi le lecteur croisera : Stephanopyxis palmeriana qui est en fait des filtres de cigarettes en stick, Guinardia striata un élastique à cheveux ou Thalassiosira lentiginosa un plateau pour galettes. Le point commun de chacun d’entre eux ? Ils sont en plastique jetable et de fait non-recyclé. Dans un texte initial Michel Poivert écrit « Elle (la photographie) est l’art du futur disparu ». Et de fait, Les particules porte en lui la chronique d’un monde qui se meurt. Manon Lanjouère a démarré ce projet lors d’un séjour sur la goélette scientifique Tara. Alors que les scientifiques étudiaient les vies sous-marines invisibles à l’œil nu (le plancton), la photographe a croisé cette étude avec le fait qu’à très court terme il y aurait plus de plastique dans les mers et océans du globe que de poissons. Cette pollution, en partie invisible, représente une menace plus que grave pour la survie des espèces du globe, dont la nôtre. En effet, la vie des fonds sous-marin, mais aussi la vie terrestre sont assurées par la photosynthèse que réalisent ces organismes. Or, que va-t-il se passer dans un futur proche ? Nos plastiques, bien trop nombreux, vont prendre toute la place, obérant ainsi la possibilité de photosynthèse. Il y a aura plus de CO2, moins d’oxygène et donc mécaniquement une aggravation brutale des conditions de vie (accélération du dérèglement climatique notamment). © Manon LanjouèrePorpitella pectanthis, Les particules, 2023 Les « objets-êtres » que réalise Manon Lanjouère, qu’elle photographie, ont quelque chose de fascinant. Au-delà de l’aspect documenté, scientifique du travail, ils révèlent une sorte de beauté glaçante. Les brosses à cheveux deviennent des êtres aux pattes multiples, qu’on imagine se déplaçant sur les fonds marins à la recherche de proies, scolopendres foudroyants des récifs coraliens. Nos stylos à billes, ces Bic dont on se saisit machinalement, se transforment en vers ondulants aux formes anguleuses. Tout ressemble ici à la Vie, alors que ce ne sont que des objets inertes n’ayant même jamais eu une âme. Mais hélas, l’Homme est trop souvent un Saint Thomas atteint de cécité qui refuse de voir ce qui est sous son nez. Les scientifiques, certains médias, attirent sans cesse l’attention sur ces plastiques à usage unique et sur leurs dangers. Pour le moment on se contente d’interdire les touillettes dans les machines à café… Pourtant, les risques évoqués plus haut sont bien réels ! Les créatures présentées dans Les Particules sont une autre façon de nous dire attention ! Manon Lanjouère, dans une interview publiée dans la seconde partie du livre, mais aussi dans des textes qui suivent, ne cesse de le rappeler. Le Beau s’il est toujours bizarre, peut aussi être mortel. Et c’est cette dichotomie image/réalité qui saisit le lecteur. Il n’y a rien d’anodin dans nos modèles de consommation, il n’y a rien d’anodin que Apolernia lanosa soit constitué de guirlandes de Noël. Il n’y a rien d’anodin dans ce plastique crée à partir de pétrole, il n’y a rien d’anodin que des bouchons pour flacons de sauce hantent les algues et les coraux. © Manon LanjouèreTubularia indivisa, Les particules, 2023 Alors que faire ? La photographe se garde de donner des réponses catégoriques et forcément partielles. Mais cette dystopie photographique laisse tout de même penser que modifier nos modes de consommation serait de la plus extrême urgence. L’écologie au sens large n’est pas affaire que des politiques, des puissants (même s’ils devraient en faire un peu plus leur affaire), elle est aussi du ressort du citoyen lambda. Consommons moins, mieux, cessons cet usage effréné du tout jetable afin d’éviter qu’un jour ces créatures étranges ne deviennent plus que la seule forme de vie que nous connaîtrons. Les particules sonne comme un cri d’alarme qu’il faut entendre rapidement. INFORMATIONS PRATIQUES Les particules Manon Lanjouère Editions The Eyes 20 x 28 cm ISBN : 979-10-92727-58-6 35€ https://manonlanjouere.com/Les-Particules https://theeyes.eu/shop/les-particules/ Marque-page3
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