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Partager Partager Pour clore cette carte blanche éditoriale, notre invitée de la semaine, la journaliste et curatrice indépendante Anaïs Viand, saisit cette opportunité offerte (de pouvoir parler de tout sans contrainte) pour faire une petite mise au point. Elle nous partage sa vision en tant que jeune femme, indépendante, vivant loin de la capitale et évoluant dans ce milieu très fermé de la culture… Dans nos métiers, il existe des frontières, des plafonds de verre. Certains paraissent même infranchissables. Dans ce dernier papier, Anaïs assume pleinement d’être une jeune femme indépendante et pousse un cri d’optimisme ! Merci à elle. © Juliette Treillet Être femme et indépendante et non parisienne et jeune. Certains cumulent les mandats, d’autres de « petits défis ». Si je suis aujourd’hui heureuse de mes choix et de ma vie professionnelle actuelle, cela n’a pas toujours été évident. Si aujourd’hui je choisis de ne voir que le positif (cf carte blanche n1), je dois être honnête : j’ai souvent douté de moi et de mon parcours. Dans un monde régi par les hommes, il faut s’accrocher. Et dans le monde de la photo, aussi. Si les études relatives à la sous-représentation de femmes dans le milieu de la photographie se propagent, les inégalités de genre demeurent. Moins exposées et consacrées, les femmes photographes sont aussi moins rémunérées. Idem concernant les postes de direction ou à responsabilité. En 2021, sur 19 grands festivals de photographie : 11 étaient dirigés par des hommes, 5 par des femmes, 3 par une équipe mixte. Pour consulter les autres chiffres, c’est par ici : https://ellesfontla.culture.gouv.fr/infographie. Je ne veux pas d’un monde dual, où la violence des genres régirait nos interactions. Et je ne prône pas une société sans homme photographe, là n’est pas la question. Je pense simplement que dans un univers où les sensibilités sont autorisées, il faut les valoriser au-delà de toute question de genre. Je sais que j’ai été soutenue, que je le suis encore, par des femmes, comme par des hommes. Et j’essaie de le faire aussi souvent que possible, à mon niveau. © Juliette Treillet « Et ce n’est pas trop galère d’être freelance ? » me demande-t-on constamment. J’ai envie de répondre ici, une bonne fois pour toutes. Évidemment que l’indépendance a un prix et qu’il est parfois élevé. Les vraies coupures se font rares et on se doit d’apprendre à négocier. Tout. Notre valeur est un bien marchand comme un autre, et j’ai encore l’énergie d’expliquer pourquoi il est vital de rémunérer les activités créatives. © Juliette Treillet Les disparités sont aussi géographiques. On le sait, Paris est LA capitale de la photo. Quand j’ai annoncé mon départ de Paris, j’ai lu plusieurs inquiétudes sur les visages. Je me tirais une balle dans le pied. Il est vrai qu’à Lyon, les lieux dédiés à la photo se comptent sur les doigts d’une main et que les évènements sont moindres. Mais il y a une belle énergie et tant de choses à développer que je n’ai jamais regretté mon choix. « Tu verras quand tu auras quarante ans ! ». J’en ai reçu des remarques infantilisantes de la part de confrères et consœurs journalistes, photographes et dirigeants. « Tu ne connais pas ce nom ? C’est normal, tu n’étais pas née ! », « Tu vois ce que c’est une chambre noire? », « Tu as une insomnie ? Impossible, tu es si jeune » « Tu as l’âge de ma fille ! » « N’est-ce pas trop dur d’encadrer une telle équipe à ton âge ? » « Tu ne veux pas me commander une pige, car tu ne perçois pas les références dans mes écrits ! » À cela, s’ajoutent quelques tirades paternalistes, inévitablement. © Juliette Treillet Alors, comment faire, en tant que femme indépendante non parisienne et jeune, pour vivre de sa passion pour la photographie ? Pour garder l’énergie ? D’abord, il faut redoubler d’efforts. Travailler beaucoup. Nourrir sa curiosité aussi, sans cesse. Être vigileant·e·s et se remettre en question aussi souvent que possible. Et y croire, encore et toujours. Et y arriver. Marque-page0
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