Le Studio Roffé est réapparu par la découverte de milliers d’épreuves et de plaques de verre, datant du début du XXe siècle. Le photographe François Despatin a légué ce précieux témoignage à la Ville d’Apt (Vaucluse).
La famille Roffé-Nahon a compté jusqu’à dix photographes sur plusieurs générations. En 1944, Marcel Roffé et sa mère Blanche Roffé sont raflés par la Gestapo et exterminés à Auschwitz.
Le mahJ (Musée d’art et d’histoire du Judaïsme), à Paris, propose un accrochage de vingt-neuf photographies, et trois films documentaires réalisés par le Musée d’Apt pour l’exposition Portrait(s) d’Apt – Une famille en photographie (2020).

La famille Roffé devant la fontaine du Grand café Grégoire, vers 1914 – Fonds Roffé-Despatin – 6Z05-6
Élie, Marcel et Blanche sont au 1er plan. Charles, le frère d’Élie est debout à droite.

Trésor photographique

En 2015, François Despatin obtient cent trente-sept boîtes de négatifs sur verre, des livres de comptes et des carnets de commandes estampillés Apt. Ce trésor photographique est resté dans les caves de la voisine du photographe pendant trente ans, après un achat dans une brocante du Lubéron. Sandra Poëzevara, directrice du Musée d’Apt, soutenue par l’équipe du service du patrimoine et l’archiviste Jean-Paul Jouval, a remonté les fils de l’histoire du Studio Roffé, installé à la place de la Mairie à Apt, de 1906 à 1944. 

Le Grand café Grégoire, 1924
Fonds Roffé-Despatin – 6Z06-9

Dès 2016, un important travail de recherche et d’étude d’archives dans plusieurs villes et départements est initié. Le Fonds Roffé-Despatin concerne principalement des clichés d’Elie Roffé (1876-1938), de 1906 aux années 1930.

La boîte 36 intitulée Décembre 1920 visites famille Camille regroupe des photographies d’hommes en tenues militaires. La consultation des registres des matricules militaires a permis d’identifier des membres de la famille dont Elie Roffé.

Marcel Roffé et son violon, vers 1920
Fonds Roffé-Despatin – 6Z36-17

Les photos réalisées par son fils Marcel Roffé (1910-1944) ont été dispersées ou perdues, après la vente aux enchères des biens du Studio Roffé, le 21 octobre 1950. Les photographies et plaques de verre n’étaient pas recensées dans l’inventaire, elles ont été laissées à même le sol. 

Depuis 1993, le Musée d’Apt conserve deux boîtes de plaques de verre du Studio Roffé. Un appel de la Ville a permis de récupérer d’autres images afin de les numériser. Un particulier a apporté deux boîtes, des habitants ont ouvert leurs albums de famille et ont contribué à faire reconnaître les nombreuses personnes photographiées.

À droite : Élie Roffé vers 1910
Reproduction d’une photo-carte du studio Nahon
Fonds Roffé-Despatin – 6Z136-37
À gauche : Élie Roffé (débout) et son beau-frère Camille Lazare, 1917
Fonds Roffé-Despatin – 6Z36-4

Elie Roffé, natif d’Oran en Algérie, a commencé la photographie à Aubenas en Ardèche, formé par son oncle. Quand il ouvre le Studio Roffé à Apt, en 1906, il s’agit d’une succursale du Studio d’Aubenas. En 1909, il épouse Blanche Lazare (1882-1944). À la mort d’Élie Roffé en 1938, Blanche Roffé et leur fils Marcel poursuivent l’activité du Studio. Arrêtés par la Gestapo le 30 avril 1944 en raison de leur confession juive, ils sont assassinés à Auschwitz le 25 mai 1944. 

Entre 1884 et 1944, la famille Roffé-Nahon compte dix photographes et ouvre une douzaine de Studios en Algérie, ainsi qu’à Apt, Aubenas, Toulon, Marseille, Nîmes et Béziers. Le photographe Joseph Nahon (1917-2001) – cousin de Marcel Roffé – entre au Petit Provençal en 1933 à l’âge de seize ans, il devient un photo-reporter reconnu avec une interruption pendant la Seconde Guerre mondiale. Il couvre la Libération de Marseille et exerce de nouveau sa profession pour le Provençal, le Midi Libre…

Famille en automobile
Années 1920
Fonds Roffé-Despatin – 6Z08-12

Studio photo de la première partie du XXe siècle

Le Studio Roffé réalise principalement des portraits y compris à domicile, et des travaux de reproduction, de tirage. Des appareils photo et des équipements étaient proposés à la vente. Pour les retouches, les traces laissées sur les plaques correspondent à des marques de crayons à papier. Des zones étaient noircies pour disparaître au développement. Les commandes auprès de fournisseurs indiquent l’achat de pinceaux, des couleurs telles que l’encre de chine, le bleu de Prusse, du jaune -délayées dans de l’eau gommée.

Infirmière à l’hôpital de la Croix-Rouge d’Apt, Mars 1915
Fonds Roffé-Despatin – 6Z89-31

Dès 1912, Elie Roffé achète des encarts publicitaires dans les journaux locaux, et communique dans les annuaires commerciaux. En 1925, une toile est peinte pour un cinéma, et le photographe loue un emplacement à un afficheur crieur public. 

Le Studio Roffé a édité et diffusé des cartes postales – c’est un phénomène incontournable à la Belle Epoque. Une image représente un hameau avec l’indication Photo E. Roffé. Dans les années 1920, Elie Roffé travaille avec des plaques de format 13×18, d’autres formats proviennent d’appareils dits box ou détectives. A partir de 1925, il commande des négatifs souples chez Kodak et Gevaert. 

Enfant en habit de petit marin, 1924
Fonds Roffé-Despatin – 6Z06-14

Une image de 1937 montre Marcel Roffé et son oncle devant une chambre photographique sur pied, pendant le Carnaval. Marcel Roffé est musicien dans le Groupe Tom Tom Jazz, il pratique le violon depuis l’enfance. Portant le béret, il se déplace en vélo, avec son équipement photographique.

A travers le Studio Roffé se reconstituent le fonctionnement et les activités d’un Studio photo de la première partie du XXe siècle. Nous sommes au début de passionnantes découvertes sur une famille de photographes sauvée de l’oubli grâce à la générosité d’un autre photographe, François Despatin. C’est aussi un incroyable album sur la ville d’Apt et ses habitants. 

– Fatma Alilate

INFORMATIONS PRATIQUES

sam17mai(mai 17)11 h 00 min2026dim11jan(jan 11)18 h 00 minVie et mort d'une famille de photographes. Le Studio Roffé à AptmahJ - Musée d'art et d'Histoire du Judaïsme, Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris


Commissariat : Sandra Poëzevara, directrice du Musée d’Apt, et Paul Salmona, directeur du mahJ, Paris
Avec la participation de la Ville d’Apt

Fatma Alilate
Fatma Alilate est chroniqueuse de 9 Lives magazine.

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