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Partager Partager Si les Années folles sont synonymes d’émancipation féminine avec le mythe de la « garçonne » en quoi cette relativement courte période qui cherche à oublier les horreurs de la guerre a-t-elle aussi été un creuset d’expérimentation et de reconnaissance pour les artistes femmes ? C’est tout l’objet de l’exposition Pionnières artistes dans le Paris des Années folles conçue par Camille Morineau, conservatrice du patrimoine, fondatrice et directrice d’AWARE, au Musée du Luxembourg. A l’origine de l’exposition elles@centrepompidou qui a connu une incroyable destinée avec 2 millions de visiteurs, la commissaire a fait de la visibilité des femmes artistes, l’enjeu de toutes ses recherches. Ce nouvel éclairage autour de la femme moderne du Paris de l’entre-deux-guerres est d’autant plus intéressant qu’il place les femmes au cœur de la construction des avant-gardes insistant sur le rôle déterminant des artistes russes exilées, précision pertinente dans le contexte que nous traversons : Sonia Delaunay, ukrainienne de naissance, Natalia Gontcharova ou Marie Vassilieff. Gisèle Freund, Sylvia Beach dans sa librairie Shakespeare and Company, Paris Paris est cet aimant qui attire des artistes du monde entier et les femmes ne sont pas en reste. Emancipées et éduquées, elles arrivent avec un bagage solide comme le soulignent Elisabeth Lebovici et Catherine Gonnard dans leur remarquable ouvrage Femmes artistes (Hazan, 2007) et contribuer ainsi au rayonnement sans précédent de la capitale autour de l’avènement des courants modernistes dont l’abstraction autour de Fernand Léger et ses étudiantes. Les académies parisiennes privées qui leurs sont ouvertes, la présence de librairies d’avant-garde (Shakespeare & Company), de cafés à Montparnasse, de bals (le célèbre bal Bullier immortalisé par Sophie Delaunay) participe à toute cette émulation accompagnée d’une réelle libération des mœurs. Même si une femme doit demander une dispense pour porter le pantalon et l’égalité économique et juridique encore une utopie comme le souligne les chronologies qui accompagnent les œuvres du parcours, la déstructuration des codes vestimentaires est en marche sous l’impulsion de la scène homosexuelle. Tamara de Lempicka Perspective ou Les Deux Amies 1923 huile sur toile 130×160 cm Suisse, Genève, Association des Amis du Petit Palais ©Tamara de Lempicka Estate, LLC / Adagp, Paris, 2022 – photo Association des Amis du Petit Palais, Genève / Studio Monique Bernaz, Genève Mais revenons au déroulé de l’exposition qui, après avoir rappelé le rôle joué par les femmes pendant la guerre et évoqué les nombreuses femmes ayant participé à l’aventure des –ismes, cubisme (Marie Blanchard, Mela Muter), fauvisme (Marie Laurencin, Jacqueline Marval) puis de l’abstraction avec Marevna, Sophie Taeuber-Arp ou Marcelle Cahn, l’accent mis sur la pluridisciplinarité indique que les femmes devaient malgré tout faire face à des contingences matérielles pour pouvoir accéder à cette indépendance artistique. C’est pourquoi elles privilégient alors la mode, la décoration, le spectacle et ses costumes comme Marie Vassilieff et ses poupées satiriques ou Stefania Lazarka et son atelier de poupées folkloriques vendues en soutien à la communauté polonaise à Paris, repoussant les frontières entre art appliqué et beaux-arts. Sophie Taeuber-Arp se spécialise dans cet art des marionnettes et reçoit une importante commande pour l’inauguration du premier théâtre de Zurich en 1918 suivi par le mouvement Dada. Bientôt Sonia Delaunay et Sarah Lispka ouvrent leur propre boutique et nombreuses sont les collaborations autour de ballets comme Natalia Gontcharova ou Marie Laurencin. Elles deviennent de véritables entrepreneuses telle Joséphine Baker qui ouvre un cabaret, touche des cachets bien supérieurs à ceux des hommes et lance toute une gamme de produits dérivés. Un « modèle français » assez unique en Europe où ces nouvelles èves s’épanouissant dans les affaires et sur le terrain des mœurs autour du phénomène du « troisième sexe » entre lesbianisme, travestisme, masculinisation, subversion des rôles, inversion sexuelle. La toile de Tamara de Lempicka « Les Deux Amies », ces deux nus féminins saisis dans un moment intime échappent aux stéréotypes de par leur aspect musclé et puissant et fortement érotique. La chanteuse Suzy Solidor icone lesbienne, était tour à tour amante et muse de la peintre. Claude Cahun Autoportrait 1929 Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent brillant France, Nantes, musée d’Arts de Nantes © Droits réservés / photo RMN-Grand Palais / Gérard Blot Certaines choisissent la fluidité des genres, le neutre, comme Claude Cahun et sa compagne Marcel Moore. Seul moment du parcours dédié à la photographie et les femmes photographes ont été importantes dans cette période du début des avant-gardes. Romaine Brooks choisit la figure féminine de l’Amazone en l’occurrence sa compagne la riche américaine Natalie Clifford Barney dans des tableaux classiques en rupture avec les codes de représentation saphiques habituels, dont la magnifique toile proposé en fin de parcours. Le choix de l’autoportrait est aussi une façon de s’affranchir des normes en vigueur de manière audacieuse. Le dernier volet de l’exposition « pionnières de la diversité » se penche sur les femmes artistes extra-européennes qui ont participé à cette émancipation collective telle l’artiste indienne Amrita Sher-Gil qui dans Autoportrait en Tahitienne rompt avec le regard de soumission suggéré par les nus de Gauguin. Elle se saisit de ces autoportraits nus comme l’avait osé Suzanne Valadon avant elle (célèbre relecture de l’Olympia de Manet), toujours parasités par le regard de leurs collègues masculins, ce qui revient au male gaze actuel. Autonomes, elles imposent une féminité sans fard où la maternité se révèle parfois fatigante et ouvrent grand les excentricités possibles. Marcelle Cahn Composition abstraite1925 Huile sur toile 72,4 x 49,7Musée de Grenoble, Droits réservés /photo Ville de Grenoble. Musée de Grenoble. JL Lacroix Malheureusement cette parenthèse dorée des Années Folles va vite être rattrapée avec la crise de 1929, le puritanisme dominant aux Etats-Unis et le chômage pour tous, les artistes compris. Un retour à l’ordre qui signe la fin de la liberté des femmes et un véritable recul de leurs acquis. Une exposition qui retrace une aventure commune où il est question de sororité, de réseaux pour conquérir visibilité et reconnaissance au-delà même d’un art dit féminin. A conseiller aux jeunes générations et en attendant les chapitres suivants… INFOS PRATIQUES : Pionnières Artistes dans le Paris des Années folles Jusqu’au 10 juillet 2022 Musée du Luxembourg Horaires : tous les jours de 10h30 à 19h nocturne les lundis jusqu’à 22h Tarifs : 13 € ; TR 9 € Billetterie en ligne https://museeduluxembourg.fr/ Exposition organisée par la RMN-Grand Palais Marque-page0
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