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Partager Partager Nous avons reçu récemment l’historienne et curatrice Luce Lebart en invitée de la semaine, à l’occasion notamment de la 19ème édition du festival Fotografia Europea qui se déroule jusqu’au 9 juin à Reggio Emilia, au nord de l’Italie. Luce Lebart est en charge de la codirection artistique aux côtés de TIM Clark et Walter Guadagnini. Elle nous a sélectionné trois expositions à ne pas rater, nous vous proposons aujourd’hui de découvrir la série « communauté du jardin des vertus », un exemple de la résistance pour la préservation de la diversité de Bruno Serralongue exposée au Chiostri di San Pietro. Apparus à la fin du XIXe siècle, les jardins ouvriers (allotement), sont des parcelles de terrain mises à la disposition des habitants par les municipalités. Destinés à la culture potagère, ces jardins sont à l’origine attribués pour améliorer les conditions de vie des ouvriers : ils apportent une autosubsistance alimentaire ainsi qu’une sociabilité amicale et familiale. Aujourd’hui, ces jardins répondent aux préoccupations actuelles de produire localement des légumes et restent des lieux de « lien social » dans les zones urbanisées. « Oasis de verdure » situés à proximité des villes, ces jardins sont de véritables réservoirs de biodiversité. Ils bénéficient d’un regain d’intérêt dans le contexte du changement climatique. © Bruno Serralongue Et, pourtant, certains sont menacés. C’est le cas du « Jardin des vertus », situé en lisière de Paris à Aubervilliers. Depuis 2021, le photographe français Bruno Serralongue documente la résistance des jardiniers œuvrant à préserver ces 10 000 mètres carrés mis en péril par des constructions préalables aux Jeux Olympiques et paralympiques de 2024. Cette communauté de jardin, maintenant appelée Jardin à Défendre (JAD) a été expulsée le 2 septembre 2021 et partiellement détruits (4000 mètres carrés) : « En l’espace de quelques heures, les cabanes avec leur longues histoires ouvrières, les vieux arbres et la terre des jardins ont été détruits par les bulldozers ». Depuis, les mobilisations pour la préservation de ses jardins se poursuivent. Bruno Serralongue continue d’accompagner cette lutte citoyenne pour la préservation de la biodiversité. © Bruno Serralongue Bruno Serralongue est un photographe artiste qui ne travaille pour aucun media ce qui le distingue des photojournalistes traitant de l’information pour des médias ciblés. Il ne travaille pas non plus sur commande : Serralongue invente ses propres sujets. Son approche documentaire se fonde sur les pratiques et les usages de l’image médiatique qu’il interroge et complète. Ses sujets sont journalistiques, ils sont traités par la presse et l’actualité. Les médias sont toujours en toile de fond des projets de Serralongue mais si l’artiste s’inspire du photojournalisme, c’est toujours pour mieux s’en écarter et pour en proposer des pistes d’analyse silencieuses et puissantes. Son approche artistique se développe autour d’un principe de décalage avec le traitement spectaculaire des Medias, décalage qui s’exprime principalement de deux façons : premièrement dans un rapport particulier à l’espace, notamment à travers une pratique du hors champs – il s’intéresse ici à des événements locaux mais pas seulement quand ils sont sous les flashs des journalistes ; deuxièmement, ce décalage est aussi temporel : il travaille dans la durée, opérant dans une temporalité plus lente et longue que celle des journalistes qui ont l’injonction de la rapidité voir de l’instantané. Dans l’exposition organisée à Reggio Emilia, Bruno Serralongue mêle ses propres images à celles produites et rassemblées par les jardiniers résistants et en particulier par Dolores du collectif de défense des Jardins des Vertus. Avec cette série comme avec celle qu’il a réalisée sur le site de Notre Dame des Landes, Serralongue fait s’entrecroiser les trajectoires d’individus et l’énergie du collectif. Veille silencieuse mais active, son travail rappelle combien les actions locales de résistance, souvent invisibilisées, concernent un avenir commun qu’il est urgent de préserver à l’échelle de la planète. INFOS PRATIQUES Fotografia Europea Jusqu’au 9 juin 2024 Chiostri di San Pietro Reggio Emilia, Italie https://www.fotografiaeuropea.it/ Marque-page0
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