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Partager Partager « La diagonale du plein » aux Rencontres d’Arles Pour sa quatrième carte blanche, notre invitée de la semaine, Frédérique Founès, co-fondatrice de l’agence Signatures, présidente du CLAP et directrice artistique du Moulin Blanchard, nous dévoile les coulisses d’un projet collectif hors normes : « La diagonale du plein », une exposition réunissant quinze photographes de l’agence Signatures autour du renouveau des villes françaises frappées par la désindustrialisation. À travers ce récit de production, elle interroge ce que signifie le « faire ensemble » entre désir collectif et réalités économiques. Une expo à (re)découvrir à Arles du 6 au 12 juillet 2026. Le projet collectif de Signatures, « La diagonale du plein », est né d’une sollicitation des photographes de l’agence. Initié en 2024, il sera présenté sous la forme d’une exposition de plus de 150 tirages à la Bourse du Travail d’Arles du 6 au 12 juillet 2026, pendant la semaine professionnelle des Rencontres d’Arles. Pleine lune. L’usine Rockwool, classée Seveso seuil haut, fabrique des isolants en laine de roche à base de basalte et emploie environ 600 personnes sur son site de Saint-Éloy-les-Mines. Puy-de-Dôme, Auvergne-Rhône-Alpes, 26 novembre 2023.© Raphaël Helle / Signatures « La diagonale du plein » retrace l’histoire du déclin puis du renouveau des petites villes françaises frappées par la désindustrialisation et l’exode des habitants. À travers le destin de Saint-Éloy-les-Mines, ancienne cité minière du Puy-de-Dôme située dans la mal nommée « diagonale du vide », le projet interroge autant les fractures territoriales que la capacité de résilience de ces territoires. Pour élargir cet article consacré à « La diagonale du plein », que je vous invite à découvrir à Arles puis à Paris en 2027, j’ai choisi de me concentrer sur la notion même de projet collectif et sur le rôle de productrice joué aujourd’hui par une agence photographique. Alula, originaire d’Éthiopie, pose face au plan d’eau de Saint-Éloy-les-Mines. Le plan d’eau est un lieu de prédilection à Saint-Éloy pour passer du temps l’été. Beaucoup de demandeurs d’asile s’y retrouvent et se mélangent aux Éloysiens. Certains viennent aussi y prendre des cours de français informels. Alula, lui, est parfaitement francophone : en Éthiopie, il étudiait dans un lycée francophone. Il s’apprête à partir étudier l’économie internationale à Saint-Étienne.© Jérémie Jung / Signatures Il existe, dans le paysage des agences photographiques d’auteurs, une différence importante entre les agences dites « collectifs », fondées et dirigées par des photographes, comme MYOP ou Tendance Floue, et des agences comme VU’, Modds ou Signatures, créées et dirigées par des acteurs des métiers de l’image qui ne sont pas eux-mêmes photographes. Ces agences « collectifs », même lorsqu’elles adoptent un statut de SARL ou assimilé, reposent sur l’engagement des auteurs et l’envie de faire groupe, qui constitue le socle même du projet d’agence. À l’inverse, dans une structure comme Signatures, le collectif se construit davantage par la mise en dialogue d’individualités indépendantes, coordonnées par une direction, chacune avec son propre rythme et des degrés d’implication variables vis-à-vis de la structure. Dans une expérience de projet collectif telle que nous l’avons conçue et vécue avec « La diagonale du plein », le désir de travailler ensemble est venu des photographes. L’agence a suggéré des pistes de réflexion, mais ce sont eux qui se sont emparés du sujet et du choix du territoire. Nous l’avons appris parfois à nos dépens. Un précédent projet consacré au travail, pourtant pertinent sur le papier et nourri de réflexions de sociologues rémunérés, a finalement avorté. Dans ce type de proposition, l’engagement se fait sans aucune garantie de rémunération, de publication, ni même de concrétisation sous forme d’exposition. Dans le cas de « La diagonale du plein », malgré le désir des photographes de produire ensemble, ces paramètres clairement énoncés au début du projet n’ont pas toujours été entendus, réinterprétés comme une commande de l’agence, ce qui n’est économiquement pas envisageable. © Arno Brignon / Signatures Il serait toutefois injuste de dire que les photographes ne s’investissent pas. Pour « La diagonale du plein », nous avons constitué un comité de pilotage composé de quatre photographes, Laurent Monlaü, Patrick Bard, Arno Brignon et Joanna Tarlet-Gauteur, qui se sont engagés pleinement dans le projet. D’autres ont été très présentes au moment des accrochages, de la production de vidéos ou dans les échanges collectifs. Ils n’ont pas simplement juxtaposé leurs images. Ils ont partagé des repérages, des rencontres, des récits et des doutes. Lors de la création de Signatures, nous avions proposé aux photographes de créer une société d’auteurs afin d’entrer au capital de la structure dans un véritable esprit collectif. Nous avions même financé leur avocat et consacré beaucoup d’énergie à cette proposition. Au final, seules trois personnes s’étaient montrées intéressées. Les autres n’en percevaient pas réellement l’intérêt, certaines allant jusqu’à se montrer méfiantes. Nous avons finalement renoncé, comprenant aussi que si beaucoup des photographes de Signatures n’avaient pas choisi de travailler au sein d’un collectif, ce n’était sans doute pas un hasard. Cela correspond simplement à un fonctionnement individuel, à des tempéraments et à des cultures personnelles différentes. Ce n’est ni critiquable ni regrettable. C’est la réalité de la diversité humaine. Dans le cadre d’un projet commun, une agence classique n’obtiendra jamais le soutien quasi inconditionnel que l’on observe souvent dans les collectifs fondés par des photographes eux-mêmes. Dans ces structures, les auteurs sont généralement engagés ensemble dans le capital social, dans la gouvernance et dans l’histoire même du collectif. Leur implication est organique. Les auteurs auront du mal à mesurer et à valoriser notre implication, que ce soit dans la recherche de financements, la gestion de la trésorerie, la coordination de la production, la communication, la direction artistique, les accrochages, le montage des dossiers ou encore le dialogue avec les institutions et les partenaires. Produire signifie aller chercher des financements, majoritairement publics dans le cas d’un sujet comme « La diagonale du plein », peu compatible avec une logique de valorisation de marque ou de culture d’entreprise. Une grande partie du travail consiste alors à monter des dossiers, convaincre les institutions, gérer des trésoreries extrêmement tendues et réinjecter quasi intégralement les budgets obtenus dans la production. Produire constitue aussi une source essentielle de vitalité. Cela permet de diversifier les regards à un moment où les images sont de plus en plus standardisées, instrumentalisées ou parfois dévoyées, aussi bien par le développement de l’intelligence artificielle que par certaines logiques médiatiques ou éditoriales pourtant supposées indépendantes. Duplika © Patrick Bard / Signatures Produire, c’est aussi assumer un rôle de décisionnaire, parfois vécu comme une fracture. Choisir des projets qui s’inscrivent dans la narration collective, en refuser d’autres, ne se fait pas pour des questions d’écriture photographique, puisque nous revendiquons tous les regards de nos photographes, mais pour des raisons de cohérence du récit commun, au risque de froisser certains auteurs. C’est passionnant et chronophage, économiquement questionnant pour notre équilibre financier. Cela pose la question du statut et du rôle de nos structures, situées dans une zone hybride entre acteur culturel, outil de production documentaire et entreprise commerciale. Nous participons à la construction d’un patrimoine photographique contemporain, à la circulation de l’information et à une mémoire collective des territoires et des sociétés. Heureusement, et nous les en remercions, des organismes soutiennent des projets comme « La diagonale du plein ». Malheureusement, le fonctionnement quotidien de l’agence n’est pas accompagné, ce qui limite également nos initiatives de production et nous fragilise, les aides restant essentiellement concentrées sur les seuls coûts de fabrication, contrairement à d’autres secteurs de la photographie, de la culture ou de la presse. Dans le cadre de la présentation du projet à Arles, durant la semaine professionnelle à la Bourse du Travail, l’implication des photographes de l’agence sera l’une des clés essentielles de la réussite et de la visibilité du projet. Je pense qu’ils en ont pleinement conscience et je leur fais confiance. Je compte sur leur énergie, leur amitié, car un succès collectif est bénéfique à tous, autant au groupe qu’à chacun individuellement. Au-delà de la visibilité et des retombées économiques, par ailleurs difficilement quantifiables. Photographies de : Patrick Bard, Thierry Borredon, Sophie Brändström, Arno Brignon, Sandrine Expilly, Eric Facon, Mathieu Farcy, Raphaël Helle, Jérémie Jung, Xavier Lambours, Florence Levillain, Géraldine Millo, Laurent Monlaü, Michel Séméniako et Joanna Tarlet-Gauteur. Marque-page0
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