La cérémonie de la 28e édition du Prix Picto de la Photographie de Mode s’est tenue la semaine dernière au musée Galliera. Les organisateurs et le jury, présidé par la photographe et académicienne Valérie Belin, ont dévoilé les noms des quatre lauréats. C’est la photographe Marie Blampain qui remporte le Grand Prix Picto de la Photographie de Mode avec sa série Fortuitous Witness. Cassandre Lafon, Jérémie Monnier et l’artiste Ode reçoivent quant à eux les trois autres dotations.

Cette année, le fonds de dotation Picto Foundation célèbre son dixième anniversaire. Pour cette 28e édition, le Prix Picto de la Photographie de Mode a convié la photographe française Valérie Belin à présider le jury, chargé de sélectionner 4 lauréats parmi 19 finalistes, issus de 140 candidatures internationales. Découvrez dès à présent les lauréats de l’édition 2026.

Marie Blampain, Grand Prix Picto de la Photographie de Mode 2026

© Marie Blampain / Grand Prix Picto de la Photographie de Mode 2026

Fortuitous Witness (Témoin Fortuit) est une série photographique conceptuelle qui suspend volontairement l’identité individuelle au profit d’un espace de projection du spectateur à travers la position et la présence des sujets. Chaque image saisit un fragment de temps ordinaire, des instants situés en dehors des jalons ou des célébrations, rarement conservés dans la mémoire malgré leur récurrence dans le quotidien.
Dans chaque image, un témoin discret capte ces fragments de vie sans prêter de signification ni d’importance. Alors que ces moments tendent à s’effacer ou à s’aplanir dans le souvenir, ils sont ici restitués en couleurs vives, résistant à l’érosion et réactivant ce qui est habituellement négligé.
En opposant l’ordinaire à la force visuelle, la série vise le souvenir plutôt que la nostalgie, inscrivant ainsi la mémoire intime dans une expérience commune.

Marie Blampain est photographe conceptuelle, née en 1992 en Nouvelle-Calédonie et actuellement basée au Mexique. Son travail s’ancre dans une pratique photographique en studio, nourrie par une réflexion existentielle. Elle met en scène le corps humain et des situations familières pour révéler des moments de transition, de transformation et de devenir.
Ses images se caractérisent par une attention particulière au détail et à la structure, réduisant volontairement le superflu afin de préserver l’essentiel.
Cette rigueur formelle soutient une recherche artistique qui explore la mémoire, l’expérience et la perception. Son travail a été récompensé et exposé à l’international.

Cassandre Lafon, dotation le19M photographie des métiers d’art 2026

Cassandre Lafon, dotation le19M photographie des métiers d’art 2026

La Chapelle est une série de 50 photographies argentiques réalisées entre 2023 et 2025 sur le quai de métro de mon quartier à Paris. La série mêle images documentaires et mises en scène afin de retrouver un rapport plus direct à la matière du vêtement. Ce projet fait écho à mon rythme de vie contrasté entre photographe de vêtements de marques haut de gamme et ma vie modeste dans un quartier populaire. La série a été exposée à l’Union de la Jeunesse Internationale (TATI) en 2025, et un livre est actuellement en préparation avec le Mentorat Wise Woman 2026, dont ce projet est lauréat.

Cassandre Lafon est réalisatrice et photographe basée à Paris. Née en 1995 à Lyon, elle est diplômée de l’École supérieure d’Art et de Design de Saint-Étienne, où elle découvre le journal filmé des années 60-70 et les vidéos familiales de sa mère, influences majeures de son travail. Son approche intime privilégie les plans rapprochés et une esthétique du quotidien qu’elle assemble en « bouquet d’images ». Elle collabore avec le designer Andry Adolphe sur le projet Floregraphies et avec des musiciens comme Tasho Ishi. En parallèle de ses projets personnels, elle réalise des commandes, notamment dans la mode. Ses films et photographies ont été présentés dans des lieux d’art et festivals en France et à l’international.

Jérémie Monnier, dotation Filippo Roversi 2026

© Jérémie Monnier, dotation Filippo Roversi 2026

Teenage Portraits documente les adolescents du collège Évariste Galois à Breteuil-sur- Iton, village isolé de Normandie. L’artiste, originaire de la région, observe une jeunesse marquée par l’éloignement et la précarité, qu’il raconte à travers visages et styles.
Alternant portraits serrés et scènes du collège, la série explore les codes d’une adolescence rurale tout en convoquant des archétypes (élève populaire, punk, nerd). Les espaces, presque vides, donnent aux images une dimension universelle.
Les jeunes expriment leur individualité tout en incarnant une jeunesse plus large. Les portraits sur fond neutre révèlent des personnalités singulières, tandis que les motifs répétés soulignent les tendances. La série oscille entre singularités locales et expérience collective de l’adolescence.

Né à Rennes en 1993 et ayant grandi dans la campagne normande, Jérémie Monnier découvre le monde à travers les films et les romans. Installé à Paris après le lycée, il étudie le cinéma à l’université Paris 1, où il obtient un master 2 en esthétique du cinéma. Son mémoire analyse le passage du texte au film dans la collaboration entre Joseph Losey et Harold Pinter.
Parallèlement, il développe sa pratique photographique, inspirée par Vogue et les travaux d’Irving Penn et Richard Avedon. Après avoir intégré l’école des Gobelins en 2016, il assiste des photographes de mode et de nature morte, puis apprend la rigueur et la force visuelle auprès de Guido Mocafico. Depuis 2021, il alterne projets personnels, éditoriaux et commandes pour des marques de mode et de beauté.

Ode, dotation LGA Management / Janvier 2026

© Ode, dotation LGA Management / Janvier 2026

Les carrancas sont des sculptures aux traits anthropomorphes et zoomorphes, au visage souvent rude, destinées à éloigner les mauvais esprits. Elles symbolisent également les religions afro-brésiliennes, comme le Candomblé, liées a Exu, orisha médiateur entre le monde matériel et spirituel, associé au mouvement et à la création de possibles. Pour ce projet, l’inspiration vient de l’Égypte ancienne et de la culture Yoruba, non pour leur origine afro-diasporique, mais parce que la physiognomie des carrancas mêle traits humains et animaux, comme les dieux pré-dynastiques égyptiens.
La palette de couleurs : noir, rouge, indigo et blanc, évoque ces traditions et les représentations populaires brésiliennes d’Exu et des carrancas. Avec l’afro-surréalisme comme axe conceptuel, CARRANCA constitue la narration visuelle de l’album éponyme de Urias. Chaque photographie correspond à un morceau, explorant la transcorporealité et montrant comment la réappropriation des figures divines et ancestrales peut devenir un outil de libération des normes identitaires eurocentriques.

Ode, née en 1998, est une artiste brésilienne pluridisciplinaire travaillant entre réalisation, stylisme, écriture et commissariat. Son travail explore l’autoreprésentation comme moyen de se libérer des notions eurocentriques d’identité, à travers la transcorporealité, la spiritualité afro-brésilienne, la mémoire et la transmutation. Ses photobooks et films, dont A Rose and A Prayer 2022, Divina 2022 et CARRANCA 2025, mêlent figures humaines, divinités et récits afro-surréalistes. Ses oeuvres ont été exposées à la MEP, Instituto Moreira Salles, Lafayette Anticipations, ICA Londres, Photo London et SP-Arte. Elle a créé la plateforme Dúdús 2016-2019 et commissarié plusieurs expositions sur l’art afro-diasporique. Ses travaux ont été présentés dans Vogue, Dazed, ArtReview et Harper’s Bazaar, et elle collabore avec Comme des Garçons, Jean Paul Gaultier et COLORSXSTUDIOS

https://www.pictofoundation.fr/

La Rédaction
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