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Rencontre avec Fahamu Pecou, Backslash galerie Paris

Temps de lecture : 4 minutes et 32 secondes

Né en 1975 à Brooklyn, Fahamu Pecou traite en particulier de la « négritude » ou « blackness » selon la culture populaire, retranscrite dans les codes marketing. La Société Générale lui a offert sa première exposition personnelle « Miroirs de l’homme » tandis que sa galerie dans le Haut marais un accrochage d’un nouvel ensemble d’œuvres ainsi qu’une monographie « Visible man ».
Il a répondu à nos questions avant de s’envoler pour les Etats Unis

[English bellow]

9 lives : Quelle a été l’origine de l’exposition monographique à la Société Générale qui est une première où sont rassemblées une quarantaine de vos œuvres ?

Fahamu Pecou : L’exposition a été imaginée et organisée par la galerie Backslash et quelques collectionneurs et amateurs de mon travail. La Collection Société Générale a également été un soutien généreux et audacieux en accueillant pour la première fois une exposition monographique d’un artiste.

9 lives : En quoi la série « NEGUS in Paris » a une résonnance particulière dans cette exposition ?

F. P. : La série « NEGUS » représente pour moi une nouvelle approche vers le sujet de la représentation de l’homme noir. Avant cela, mon travail était très ancré dans l’observation contemporaine d’hommes noirs et la façon par laquelle les stéréotypes liés au hip-hop influencent la manière dont ces personnes sont perçues et se perçoivent elles-mêmes. Il y a toujours eu un clin d’oeil au Passé dans mes travaux précédents mais c’était très subtile. Avec le thème du NEGUS, j’ai commencé à m’immerger dans une plus longue narration historique à travers le concept de Négritude. Ce qui a été le plus frappant pour moi, c’est la similarité de ton et de langage entre le hip-hop contemporain et la littérature liée au mouvement de la Négritude. Continuer ce dialogue avec le passé, comme une façon de comprendre le présent mais aussi de construire le futur, a été très riche et important pour moi.

9 lives : Vous vous définissez comme artiste activiste, quelles sont vos stratégies ?

F. P. : La plupart des gens pensent l’activisme comme une forme de protestation ou de rassemblement, avec des manifestations et des discours. Mais l’activisme, le véritable activisme, est l’engagement d’une personne à une autre. Il y a une phrase très populaire dans le hip-hop qui dit : « chacun apprend à l’autre » (« each one teach one »). C’est ma stratégie. J’essaie à travers mon travail de sensibiliser à – ou plutôt – de montrer un côté du peuple noir que personne ne voit ou ne considère. Je crois que mon travail permet d’accéder à des sujets vraiment importants qui sont souvent oubliés par les politiciens, les prédicateurs ou les éducateurs. Mon travail est un langage visuel, du texte par l’image, qui essaie de montrer quelque chose que nous ne voyons pas.

9 lives : Comment s’est construite l’exposition Black Magic à la galerie Backslash et se veut-elle complémentaire ?

F. P. : Black Magic est définitivement l’aboutissement de tout mon travail précédent. En fait, je considère que mes projets sont en constante évolution. Chaque série s’appuie sur la précédente. A travers celles-ci, il est possible de voir comment j’ai évolué, à la fois techniquement et conceptuellement. Depuis les débuts, mon travail a été inspiré par des questions plutôt que par des réponses. Je pense qu’il est important de rester dans cet état de constante curiosité, de rester toujours curieux. De cette façon, on peut toujours apprendre et grandir.

9 lives : Quels projets vous animent ?

F. P. : Je lis actuellement beaucoup d’essais de James Baldwin ainsi que les écrits du philosophe kenyan Ngugi Wa Thiongo. Je suis spécifiquement intéressé en ce moment par le concept de “re-membering” (« remembering en un seul mot signifie se souvenir, la mémoire). Thiongo met en avant ce concept qui considère le corps noir (dans son acception conceptuelle et sociale) comme fragmenté ou « dé-membré » par des siècles d’oppression, de violence, d’interdictions et de divisions politiques. Ce concept s’aligne avec ma propre volonté de recadrer ce corps noir et de le re-présenter comme un tout, complet et magnifique. Pas pour les autres, mais pour la manière dont le peuple noir se voit lui-même. J’espère que mon travail contribue à cela.

 

INFORMATIONS PRATIQUES
Fahamu Pecou
Black Magic
Derniers jours! Jusqu’au 22 décembre 2017
BACKSLASH
29 rue Notre-Dame de Nazareth
75003 Paris
http://www.backslashgallery.com

English version

9 lives : What was the origin of the solo exhibition at Société Générale, the first time more than 40 works are gathered?

Fahamu Pecou : The exhibition was conceived and coordinated through the efforts of Backslash Gallery and several very dedicated collectors and supporters of my work. Societe Generale was both generous and adventurous in committing to host the exhibit as it was the first time they have ever presented a solo exhibit of any artist.

9 lives : In which way the series NEGUS in Paris has a specific resonance in this exhibition ?

F. P. : NEGUS represents for me a significant shift in the way in which I approach the subject of Blackness. Before this, my work was very rooted in observations of the contemporary concerns around Black males and the ways that stereotypes of hip-hop masculinity influenced how Black men are portrayed. In my earlier works, there was a sort of implied nod to the past but it was very subtle. In NEGUS I began to tap into a longer historical narrative through an engagement with Negritude. What was most compelling to me was specifically the similarities in tone and language between contemporary hip hop and negritude literature. I have found it very rich and important to continue this dialogue with the past as a way of being able to understand the present but ultimately to shape the future.

9 lives : You define yourself as an artist activist. What are your strategies ?

F. P. : Most people think of activism as being a protest or rally, with marches and speeches. But activism, true activism is engagement from one person to the next. There is a popular phrase in hip-hop that extends from my youth that says “each one teach one”. This is my strategy. Through my work I am attempting to educate—or rather—expose a side of Black people that most never see or consider. I believe my work provides a level of access to really serious and important concerns that often get lost in the messages of the politician or preacher or even educators. My work is a visual language, text by way of images, that when read, not only tell us but show us something we may not have seen.

9 lives : How did you create the Black Magic exhibition at backslash and is it complementary ?

F. P. : Black Magic is most definitely a compliment to all the work I’ve done before. In fact, I consider all of my projects as a constant evolution. Each series builds on the one that came before it and through them you can also see how I have evolved both technically as well as conceptually. From the very beginning my work was driven more by questions than by answers. I think it’s important that we stay in a constant state of curiosity, always inquisitive. In this way we are always learning and always growing.

9 lives : Which projects drive you at the moment ?

F. P. : Currently I’m reading a lot of James Baldwin essays alongside some writing by the Kenyan philosopher and Ngugi Wa Thiongo. I am specifically interested in the concept of “re-membering”. Thiongo puts forth this concept that sees the Black body (conceptual and social body) as being fragmented or dis-membered from centuries of oppression, violence, disenfranchisement, political division etc. These concept falls in line with my own ideas around reframing the Black body and re-presenting itself as whole, complete, and beautiful. Not for the sake of others, but for Black people to see themselves this way. I hope that my work can contribute to that and help be a part of healing.