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Il faut écouter la voix colorée d’Alain Keler raconter ce livre qui assemble 40 années de photographies sur nombre de théâtres de guerre, dans une honnêteté remarquable et le suivre, livre sous les yeux, dérouler le fil qui relie sa vie personnelle – notamment ce lien profond et aimant à ses parents – et ce qui l’attache au monde bouleversé de ses missions au Guatemala, Salvador, Iran, Chine, Pologne, Tchétchénie, Israël, Cisjordanie, Crimée, Kosovo, Albanie, Russie, Roumanie, Slovaquie, Serbie et la banlieue parisienne…

Alain Keler participe à l’Histoire de ces quarante dernières années par sa photographie sobre, intuitive, intelligente, directe, en dehors de toute monstration, de tout effet, de toute séduction, de toute tentation esthétisante.

Ma mère fait semblant de nager pour la photo – Cannes, 1962

Voir au delà des apparences, se saisir d’un fait, montrer l’insoutenable et le tragique, faire un portrait juste de ce qui se passe dans la seconde, ce qui apparait, puis disparait la seconde suivante, tout cela ne peut avoir lieu sans mettre en relation ce regard si sobre qu’il traverse les apparences, les dépouille de la servilité de l’ombre, à cette voix intérieure qui pense. En quelques points la voix qui parle au centre d’elle même, dans cet interview rejoint cet oeil, profondément humain et le relie à la fonction qu’occupe le photographe de presse en mission, mais aussi, dans la mesure où ce regard est avant tout porté par ses propres valeurs.

Dans ce livre, la distance entre le photographe et son sujet est telle que tout est clair, tout s’enregistre sur le film, que s’inscrit l’instant sans défection au point de sa lecture.

Le sourire d’Alain Keler est encore cette voix chaude et vibrante qui raconte, inépuisable, les situations et ce devoir de témoigner, de revenir, de diffuser et de relier. Dans ces obligations, toute une liberté aussi sincère qu’active et militante s’exprime pleinement.

Je crois qu’il y aurait beaucoup à dire de cette personnalité séduisante, passionnante, toujours dans le don de soi, toujours juste, chaplinesque à souhait, riante et profonde, séduisante, car, en maints points, au retour des théâtres de guerre, des scènes où la mort est constante et le malheur permanent, on se dit qu’au delà d’un formidable courage, il faut faire preuve d’un caractère trempé, d’ une humeur, bonne et constante, si forte qu’elle équilibre les forces dissolvantes du drame permanent qui, contaminant, continue d’agir malgré soi par une sorte d’ombre portée, masquant, dans une altération profonde, les valeurs sur lesquelles reposent nos fondements.

Arrestation d’un guérillero, Chajul, Guatemala, 3 Mars 1982

Ce livre est une bible libre, un hymne à la paix, la tolérance, l’amour et la compréhension, l’intelligence, le vivre ensemble et le respect de la Vie. Ce livre est une oeuvre majeure et Alain Keler un type formidable…comme il y en a peu…Un attachement tour particulier émerge de l’honnêteté fondamentale du photographe, qui se raconte dans une liberté de ton humble, émouvante, droite et qui font de ces paroles accordées, un témoignage éthique des valeurs vécues depuis ses premières photographies, un leg en quelques sortes aux générations montantes, la preuve que l’on peut rester digne au milieu de la folie des hommes.

Alors , quand Alain Keler photographie, il se passe quelque chose de précieux et de lumineux, un voile se déchire, il témoigne de cette part d’humanité insécable d’Homme, raconte le hors champ, ce qui l’anime, ce qui le rend à sa fonction essentielle de témoin; inaltérable. Alain Keler est un formidable conteur….

Merci à Alain Keler de ce moment choisi et de ce document sonore précieux…

Campagne électorale, Chiquimula, Guatemala, 28 Février 1982

Première monographie consacrée à ce grand photo-journaliste, Journal d’un photographe nous fait traverser les secousses du monde, du Nicaragua au conflit israélo-palestinien, de la Tchétchénie à la Pologne, de la Chine à la Slovaquie. Ses photos emblématiques de l’histoire récente s’accompagnent de son travail personnel, sensible et intimiste, regard émouvant sur son histoire familiale. Cet ouvrage, riche d’un corpus de plus de 200 photographies , comprendra des textes issus du blog éponyme du photographe.

Enfant albanais de Prekaz, Kosovo, mars 1998

« Jeune, j’allais au bout des pistes de l’aéroport d’Orly regarder les avions atterrir. Ils me faisaient rêver de toutes ces terres lointaines qui remplissaient mes livres de géographie et qui me paraissaient inattegnables. Mon premier vol m’amena en Scandinavie, début d’aventures à venir. Mais ce fut le vendredi 30 août 1968, à 23h53 à la gare de Lyon, qui restera comme le jour de la vraie rupture. C’est dans un train à destination d’Istanbul que je quittais la France, bien décidé à ne jamais revenir. Après avoir photographié pendant de très nombreuses années le tumulte du monde, j’éprouvais un besoin d’un retour sur l’intime, en me rapprochant de mes parents vieillissants. C’est à ce moment que ma mère perdit la mémoire.

Mémoire, disparition, identité sont les thèmes qui tissent ce travail photographique sur les traces de mes origines. L’image est un moyen de maintenir la vie en fixant pour toujours des évènements, petits ou grands, proches ou lointains dont nous sommes témoins et parfois acteurs. Que reste-t-il de notre mémoire, si ce n’est une photographie ? »

Route départementale, Nièvre

Alain Keler a remporté le Grand prix Paris Match du – en 1986, le World Press la même année, et enfin le prix W. Eugene Smith en 1997.

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Journal d’un photographe
Monographie d’Alain Keler
Editions de Juille
t21,5 x 29cm
352 pages intérieures en bichromie et quadrichromie
Couverture toilée
ISBN : 978-2-36510-063-2
45€
http://editionsdejuillet.com

A LIRE : 
Carte blanche à Philippe Guionie : L’incertitude de l’Histoire Alain Keler

INFORMATIONS PRATIQUES

ven23nov(nov 23)14 h 00 min2019sam19jan(jan 19)19 h 00 minAlain Keler, Journal d'un photographeFermé le Lundi, Espèce d'Espace Photographique, 130 Boulevard de la Libération, 13004 MarseilleType d'événement:Exposition,Photographie

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