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Nous sommes au début de l’été 1982 quand le photoreporter français Yan Morvan est envoyé au Liban pour couvrir l’invasion de l’armée israélienne. Il photographiera cette guerre civile particulièrement sanglante jusqu’en 1985. Après un long travail effectué sur ses archives, il a rassemblé dans cet imposant ouvrage (qui approche des 3,4kg), une importante sélection d’images classées chronologiquement, et ponctuées par des photographies réalisées le long de la « Ligne Verte », ce no-man’s land qui sépare Beyrouth-Est de Beyrouth-Ouest.

 « On a tous un rêve. Le mien a commencé à se réaliser en ce début d’été 1982, au Liban… Goksin Sipahioglu me propose de partir à Beyrouth couvrir les événements pour Newsweek. C’est ma chance. En quelques heures, je prépare mes bagages. » Y.M.

La guerre du Liban démarre en 1975, pour se finir en 1990. En 15 ans, le pays a été ponctué d’interventions étrangères. En 1982, L’opération Paix en Galilée est lancée par les forces armées israéliennes. Sur place, le photographe Reza Deghati, correspondant à l’agence Sipa, couvre l’événement lorsqu’il est blessé. L’agence demande à Yan Morvan de rejoindre Beyrouth le 8 juin pour Newsweek. Une poignée de photojournalistes est également présente à ses côtés, ce sont Alain Keler, Alain Mingam et James Natchwey. Le petit groupe est encadré par les officiers d’information du Tsahal. Il rentre à Paris le 21 juin mais dans la presse, on privilégie les images prises du côté des Palestiniens, l’opinion publique voyant alors les israéliens comme des envahisseurs… La situation empire au Liban, Yan Morvan est envoyé à nouveau sur place, malgré le danger. Sa survie, il la devra à plusieurs reprise à son chauffeur, Mehdi. Il couvre le conflit jusqu’en septembre 82. Son « baptême du feu est couronné de succès. Il deviendra correspondant pour Newsweek, et se rendra au Liban à de maintes reprises, trois ans durant… En avril 1984, les français et les américains quittent le pays, Yan apprend qu’il est remercié lorsqu’il reçoit un télégramme de la part du magazine : « You did a great job… ».

« Durant deux semaines d’émotions intenses, sous la chaleur, le bruit, face aux regards déterminés ou effrayés, l’Histoire se fait. Elle se déroule devant mon objectif ; jamais je ne pourrais me séparer de ce sentiment de puissance et de force : je suis devenu un acteur de l’Histoire !« 

 

En juin 1985, soit trois ans après son premier voyage, Yan retourne au Liban. un vol de la TWA est détourné par des miliciens armés. Cette fois-ci, il embarque sa chambre photographique 4×5″ pour réaliser une série documentaire sur « La ligne verte », qui démarque la ville de Beyrouth entre l’est et l’ouest, mais surtout qui sépare les chrétiens des musulmans… Cette série réalisée à la chambre est une révolution dans le monde du photojournalisme. L’usage du grand format sur les zones de conflit est presque une forme de provocation. Il passe 45 jours à photographier les civiles et miliciens vivant dans les ruines de la guerre. A la fin du mois d’août, il est informé qu’un enlèvement est prévu sur sa personne, il est averti qu’il a 48 heures pour quitter le territoire… C’est ainsi qu’il quitte le pays pour une durée de presque 10 ans.

Ces Chroniques de guerre nous disent l’avènement du Hezbollah, et la montée du chiisme libanais et des fondamentalismes religieux, ainsi que l’échec de la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient, qui préfigurent les conflits actuels : l’axe USA-Europe-Arabie Saoudite contre Iran-Chine-Russie.

A LIRE : 
Yan Morvan, Photographe, est notre invité

INFORMATIONS PRATIQUES
LIBAN
Chroniques de guerre 1982-1985
Photographies de Yan Morvan
Editions Photosynthèses
26 x 32 cm, 472 pages
ISBN : 979-10-95822-00-4
69€
http://editionsphotosyntheses.fr

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