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« Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » Cette phrase de Maurice Denis devant le « Talisman » de Sérusier, a valeur de manifeste pour les Nabis, prophètes en hébreu, qui revendiquent le synthétisme de Gauguin et le japonisme.

Une peinture antinaturaliste en réaction aux impressionnistes. Prônant l’intériorité et le décloisonnement entre beaux arts et arts appliqués dans la mouvance de William Morris, concepteur de l’Arts & Crafts anglais, leurs décors souvent restés à l’état de prototypes ou démantelés n’avaient jamais fait l’objet d’une exposition. Un manque comblé par le Musée du Luxembourg sous le commissariat d’Isabelle Cahn, conservatrice au musée d’Orsay. Douceur et volupté de ces femmes à leurs intérieurs ou au jardin, déclinées en tapisserie, papier peint, vitrail et céramique. Des scènes fortement allégoriques ancrées dans la philosophie du groupe mêlant ésotérisme, poésie, rites magiques.

Qui sont les Nabis ?

Comme dans une confrérie secrète ils aiment se donner des surnoms autour de la personnalité de Paul Sérusier, le « Nabi à la barbe rutilante » en raison de sa rousseur, Maurice Denis, amateur de Primitifs Italiens le « Nabis aux belles icônes », Edouard Vuillard de retour de son service militaire, le « Nabi zouave », Pierre Bonnard, le « Nabi très japonard ». Le marchand Siegfrid Bing qui montre des estampes japonaises dans sa galerie de l’Art nouveau va avoir une influence décisive sur leur style. Des lignes ondulantes, des couleurs vives en aplats, une perspective sans profondeur, le recours à la contre plongée, et l’invasion du décor définissent leur approche très novatrice.

Importance des mécènes : les frères Nathanson

Alexandre le fondateur de la Revue Blanche, et Thadée son frère sont parmi les riches commanditaires des Nabis. Les six panneaux du boudoir de l’hôtel particulier d’Alexandre commandé à Vuillard, « les Jardins publics » vont considérablement favoriser la réputation du peintre décorateur. Autre ensemble décoratif emblématique, la série l’Album, inspirée par la séduisante et sensuelle madame Nathanson, Misia, muse des Nabis. Ces cinq panneaux conformes à l’ambiance confortable et non conventionnelle des Nathanson n’étaient pas encadrés, ce qui permettait de les déplacer dans les différentes résidences secondaires du couple de mécènes. Autre innovation.

Expérimentations

Certains membres du cénacle se lancent dans le papier peint, Paul-Elie Ranson et Maurice Denis. Une direction nouvelle dans le paysage du papier décoré français souvent proche du pastiche.

Ranson est l’un de ceux qui va le plus loin dans cette direction comme l’un des fondateurs de la Société des artistes décorateurs en 1901. Au delà de ses tapisseries très connues, ces objets en bois marqueté comme la boîte à cigare, révélée pour la première fois marquent son éclectisme, en écho avec l’aura du Talisman de Sérusier, récemment mis en avant par Orsay (cf mon article).

INFOS PRATIQUES :
Les Nabis et le décor
jusqu’au 30 juin 2019
Programmation associée :
Les Nabis et la musique conférence le 16 mai à 18h30, au cinéma les 3 Luxembourg
Musée du Luxembourg
19 rue Vaugirard
75006 Paris
https://museeduluxembourg.fr/

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