Ellen Blair (née en 1998, elle/iel) s’impose comme l’une des révélations majeures du festival Circulation(s) 2026. Dans le cadre du focus consacré à l’Irlande, son projet puise son inspiration dans sa ville natale de Belfast et dans les dynamiques de sa communauté. Chez elle, la coiffure devient un langage : un moyen d’exprimer son identité, mais aussi un geste d’affirmation de soi et de résistance, en particulier au sein des cercles queer.

Sa série Homemade Undercuts, réalisée dans des cadres intimes, prend pour point de départ des coupes undercut faites à domicile. Elle se présente comme une réponse à la fois joyeuse et émancipatrice aux normes et injonctions sociales, alors que les salons de coiffure traditionnels demeurent souvent peu accueillants, voire inaccessibles, pour les personnes en dehors de la binarité de genre. Ellen revendique pleinement la dimension politique de son travail et en éclaire les enjeux : elle montre comment les personnes queer inventent leurs propres espaces, inclusifs et bienveillants, en dépit des obstacles imposés par la société.

À travers cette démarche, elle cherche non seulement à raconter son propre parcours, mais aussi à ouvrir un espace de partage où chacun·e peut trouver lien, réconfort et une forme d’intégrité collective. Ellen Blair a répondu à mes questions.

Homemade Undercuts © Ellen Blair

Marie de la Fresnaye : Quel est le point de départ du projet ?

Ellen Blair : Les cheveux constituent sans doute l’un des moyens les plus accessibles pour expérimenter la manière dont nous nous présentons au monde. Ils agissent comme un langage, un système de signes permettant d’exprimer une identité. Pour de nombreuses personnes trans, ils restent aussi l’un des outils les plus immédiats pour faire coïncider leur apparence avec ce qu’elles sont profondément.

Le projet s’appuie ainsi sur ce motif pour explorer la quête identitaire et le geste puissant d’auto-reconnaissance qu’elle implique.

MdlF : Que suggère le titre ?

EB : La coupe de cheveux occupe une place centrale dans les cultures queer, une importance que reflète directement le titre du projet. La notion de « fait maison » renvoie aux pratiques DIY — créer, partager et s’entraider en dehors des cadres traditionnels. Le travail s’ancre dans des espaces domestiques, où nombre d’images donnent à voir des ami·e·s, des amant·e·s et des relations intimes, soulignant à la fois la dimension personnelle et collective de ces lieux.

Homemade Undercuts © Ellen Blair

MdlF : Que représentent les cheveux pour vous ?

EB : Les cheveux constituent l’un des moyens les plus immédiats de se présenter au monde, influençant profondément la manière dont chacun·e se perçoit dans son identité. Se couper les cheveux, en particulier dans l’intimité du domicile, peut devenir un acte puissant d’auto-reconnaissance et de réconfort. À ce titre, ils fonctionnent aussi comme un langage, un mode de signalement et d’expression de soi. Pour de nombreuses personnes trans, ils demeurent l’un des leviers les plus accessibles pour faire correspondre leur apparence à ce qu’elles sont réellement.

Alors que les parcours de soins d’affirmation de genre impliquent souvent des délais d’attente de plusieurs années, ces gestes du quotidien prennent une importance accrue. Dans ce contexte, le partage de moments intimes autour de la coupe de cheveux devient à la fois précieux et empreint de vulnérabilité. Le processus dépasse le simple geste technique : il ouvre un espace d’échange, où l’on se parle, se relie et se soutient mutuellement.

MdlF : Combien de temps le projet a-t-il nécessité pour être mené à bien ?

EB : Il a fallu environ deux ans pour l’achever, notamment parce que j’ai dû attendre que les participants aient réellement besoin d’une coupe de cheveux et se sentent suffisamment à l’aise avec ma démarche.

MdlF : Où le projet s’est-il déroulé ?

EB : Le projet s’est principalement tenu en Irlande, le plus souvent dans ma propre salle de bain ou dans celles de mes amis, ce qui a instauré un cadre à la fois intime et personnel. J’ai également travaillé à Belfast ainsi qu’en Écosse, prolongeant cette approche domestique et communautaire dans différents lieux.

Homemade Undercuts © Ellen Blair

MdlF : Comment avez-vous réagi en apprenant votre sélection au festival Circulation(s) 2026 ?

EB : C’est un véritable honneur de participer à cet événement, entouré d’artistes aussi talentueux et accompagné par une équipe de festival particulièrement accueillante.

MdlF : Connaissiez-vous déjà les photographes irlandais présentés dans ce focus ?

EB : Je connaissais déjà leur travail, même si nous ne nous étions encore jamais rencontrés en personne. L’Irlande étant un petit pays, j’avais eu l’occasion de découvrir leurs œuvres à travers des expositions et divers contextes. Les rencontrer enfin et partager du temps ensemble, dans une ville aussi belle, a été une expérience particulièrement précieuse.

MdlF : Où avez-vous étudié la photographie ?

EB : J’ai étudié la photographie à Édimbourg, à l’Edinburgh College of Art. C’est d’ailleurs de là que vient mon lien avec l’Écosse. J’y ai vécu pendant trois ans, et cette expérience continue aujourd’hui de nourrir mon travail.

MdlF : Diriez-vous que votre travail est politique ?

EB : Oui, définitivement. Je photographie ce que je vois — ce qui m’entoure et ce qui a une résonance personnelle pour moi —, il m’a donc semblé essentiel de me concentrer sur les membres de ma propre communauté. La question de la représentation est centrale dans ma démarche : ce sont des personnes qui méritent d’être vues, exposées, reconnues. Je les trouve sincèrement belles, et il y a quelque chose de profondément fort dans ces gestes de soin et de solidarité entre individus.

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sam21mar(mar 21)10 h 00 mindim17mai(mai 17)19 h 00 minCirculation(s) 2026 Festival de la Jeune photographie européenneFestival de la Jeune photographie européenne104 – CENTQUATRE Paris, 5 Rue Curial, 75019 Paris

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Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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