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Partager Partager Alors que l’artiste française s’apprête à inaugurer une exposition au Grand Palais, BRUSK Bruges à l’occasion de son ouverture, lui consacre une place exceptionnelle à travers cette carte blanche qui fait souffler un vent de folie sur la scala grande, ce lieu de passage et de rencontre, ouvert aux habitants inscrivant BRUSK comme le cœur palpitant de la topographie brugeoise et du quartier des musées. Laure Prouvost, Quand les murs racontent des histoires Tout en gardant un lien vers le passé et l’imaginaire de Bruges que Laure Prouvost a arpenté pour répondre à cette commande. « The Whispering Walls Rêve » titre hybride de l’artiste qui aime mélanger les deux langues, traduisible par « les murs qui murmurent – rêve » devient le point de convergence des regards dès l’arrivée à BRUSK. A la fois défi technique, 350 m2 de fresque et fenêtre sur l’architecture générale du site, l’artiste ayant beaucoup dialogué avec l’architecte Paul Robbrecht, cette création in situ mêle souvenirs et éléments personnels (Enfant, Laure venait depuis Lille avec sa famille, sa fille, elle-même en train de creuser), réflexion sur le féminin et l’émancipation, la place du collectif, du care, l’écologie… Quelques échantillons glanés lors de sa présentation, façon patchwork que chacun peut s’approprier selon son système de référence, son ressenti. Laure Prouvost, The Whispering Walls Rêve (Scala BRUSK) coutesy de l’artiste Pour ce qui est de la technique : « C’est le mur qui illumine et non la lumière grâce à la brillance de la chaux » traitée à la romaine explique Laure qui insiste sur le caractère inédit de cette aventure. Pendant 4 mois une équipe de 10 fresquistes bruxelloise conduite par l’artiste Camille Meslay, associée à une famille italienne pratiquant la technique du strappo a œuvré dans une « ambiance magique et joyeuse ». C’est autant le voyage que la destination finale qui compte ajoute-t-elle. Cette fresque est rapprochée d’une plus large histoire de la fresque de Bruges à partir de son observation dans toute la ville. Le bâtiment de BRUSK est évoqué à la façon d’un vaisseau spatial qui permet de traverser les époques en lévitation. « Make people touch and taste and know, make people feel feel feel » cette citation d’Octavia Butler reproduite, résume la volonté de l’artiste d’une convocation impérieuse du sensible et de l’émotionnel, du tactile. Comme un manifeste esthétique. « Imagination and joy as an act of resistance » L’imagination et la joie comme acte de résistance pour ouvrir grand les portes de l’imaginaire et nous libérer. En ce qui concerne la narration après l’histoire du carnaval en Flandre, cet espace qui fascine l’artiste pour sa capacité de renversement des rôles et de l’autorité, l’évocation de la ville et des œuvres des collections muséales qui dorment dans les réserves, la place des femmes dans l’histoire de l’art, Mathilde de Guilaume le Conquérant originaire de Bruges, les militantes mais aussi le nous, selon le texte de Butler. Les seins particulièrement nombreux suggèrent l’idée de la terre nourricière, du care, la force de la fécondité. Clin d’œil également avec la sculpture de La Panne réalisée lors de la Triennale de Beaufort. Hommage à toutes les femmes. Kunsthall BRUSK Musea Brugge | © Jasper van het Groenewoud Et soudain, l’explosion de la nature qui prend le dessus pour nous inviter à nous repositionner à revoir certaines de nos positions. Une explosion d’énergie qui regarde du côté de Picasso. C’est un peu le monde extérieur qui rentre ici précise-t-elle. « Being liquid, being water » : une liquidité des êtres et des mondes. Après les jeux de lumière (changeante selon l’heure de la journée), de perspective, place à des jeux de matière (fresque, peinture à l’huile, bas-relief, tissu, verre) et à l’onirisme avec des références à des œuvres convoquées à la Biennale de Venise. On part ensuite dans le rêve, on commence à flotter dans les nuages, avec l’idée du cosmique, des formes que l’on trouve dans les nuages avec ces pièces en verre en excroissance. Le bâtiment explose et s’ouvre avec des références à d’autres fresques et quelques oiseaux et plantes qui viennent se poser sur l’escalier. Les jeux de mots sont toujours présents, la Flandre étant un carrefour de nombreuses langues qui se mélangent, comme elle le précise. Un ordinateur quantique représenté comme une fleur, une méduse, introduit le projet qu’elle prépare pour le Grand Palais et ses recherches sur ce domaine qui bouleverse nos systèmes de pensée. Ne pas oublier de toucher avant de partir la petite clémentine, offerte aux visiteurs car signifiant l’amour pour l’artiste. Un amour que l’on peut disperser à notre tour. Un QR code peint à la main, il faut le préciser, car c’est original, propose une histoire fictionnelle composée par Laure Prouvost avec une amie pour accompagner davantage la visite et se laisser embarquer ! Pour les amateurs d’IA et d’art numérique, l’artiste turco-américain Refik Anadol a imaginé « Latent City » et conçu une installation immersive à partir de données historiques et en temps réel de la ville, ses couleurs, ses réseaux, ses rythmes invisibles. L’artiste a été exposé au Centre Pompidou Metz en 2022 et au MoMa de New York. Une innovation technologique qui associe les data pour donner à voir une fresque d’une autre nature que celle de Laure Prouvost, le pinceau ayant été remplacé par l’intelligence artificielle générative. Une approche certes spectaculaire mais qui rencontre moins ma sensibilité. Laure Prouvost, The Whispering Walls Rêve (Scala BRUSK) coutesy de l’artiste Bruges, carrefour des mondes « Vision Large » « Vision large » inscrit la ville de Bruges au centre de la mondialisation des années 900 à 1550. La cité connaît alors une apogée avec des marchands du monde entier qui convergent vers la ville et la transforme en profondeur. A cette prospérité économique s’ajoute un attrait pour les reliques et le spirituel qui en fait un véritable pôle d’attraction, une vie diplomatique et intellectuelle d’une grande sophistication et des innovations artistiques sans précédent à l’instar de Jan van Eyck (portrait de Marguerite van Eyck), Hans Memling (Triptyque Moreel) ou Gerard David (la Vierge parmi les vierges) ou Pierre Pourbus (Triptyque des Poissonniers de Bruges). Mais ce rayonnement ne peut s’expliquer sans l’importance des réseaux et c’est tout l’enjeu de cette captivante exposition curatée par le Prof. Peter Frankopan (Oxford University) qui invite à un réel changement de paradigme. Les marchands, pèlerins, nobles et hauts dignitaires voyagent que ce soit sous le fait des croisades mais également de mariages et d’échanges dynastique plaçant les femmes au centre de l’échiquier avec Judith de Flandre, sa cousine Mathilde de Flandre ou encore Yolande de Hainaut, impératrice de Constantinople et Marie de Courtenay, régente de Constantinople. Bruges comme le précise le commissaire dans le précieux catalogue, n’a jamais été reléguée au second plan ou repliée sur elle-même, elle s’inscrit dans des mondes en pleine expansion et ce sont ces mondes qui scandent et construisent le parcours de l’exposition qui réunit plus de 250 objets et œuvres d’art de provenance prestigieuse : National Gallery de Londres, Rijksumseum d’Amsterdam, la Bibliothèque du Vatican, les musées de Turin… mais également les riches collections de Musea Bruges. Des prêts exceptionnels qui dévoilent 5 grands mondes : la mer du Nord en lien avec l’Angleterre et la Scandinavie, le monde du christianisme et de la dévotion en lien avec la Terre Sainte, Jérusalem, Constantinople, la Méditerranée autour des techniques et des connaissances et de certains matériaux, le monde de la cour et de l’élite brugeoise d’une grande magnificence au cœur de tout un système de cadeaux et de privilèges et enfin l’Atlantique qui à la fin du XVème redessine les forces en présence et les routes, élargissant les horizons, tandis que l’on assiste au déclin progressif de Bruges au profit d’Anvers même si Bruges joue un rôle déterminant dans l’expansion atlantique de l’Europe (dernier chapitre du catalogue et de l’exposition). La scénographie (Tinker Imagineers) a su tenir compte de la hauteur sous plafond exceptionnelle des salles en proposant des îlots signalés par des chapiteaux de textile flottants : une fluidité à l’image de la circulation des idées et des objets que traduit l’exposition. Des sons associés à chacun des mondes plongent encore plus le visiteur dans l’expérience et stimulent son imaginaire. Parmi les objets remarquables citons « La Passion du Christ » de Hans Memling de la Galleria Sabauda de Turin qui au-delà de sa densité narrative et du luxe des personnages, des costumes… traduit la fascination pour Jérusalem et les liens étroits entre la cour de Flandre et l’Orient. Également le reliquaire représentant le meurtre de Thomas Beckett conservé au Museum Catharijneconvent d’Utecht, cette châsse émaillée produite à Limoge à la fin du XIIème siècle témoigne de l’excellence et la renommée des ateliers limousins et de la dévotion au saint anglais qui dépasse largement le monde anglo-saxon. Un dialogue au sommet entre Philippe le Bon, duc de Bourgogne mis en scène par Rogier van der Weyden (Musea Bruges) et le sultan ottoman Mehmet II portraituré par le vénitien Gentile Bellini (National Gallery Londres) qu’il attire comme de nombreux artistes d’occident est un moment incontournable de la visite. Parmi les nombreuses cartes et portulans qui accompagnent ces expéditions vers des mondes lointaines, l’estampe de la carte des Açores conservée au Rijksmuseum atteste de l’établissement des flamandes dans les îles de l’Atlantique : Madère, Açores, Canaries autour de l’exploitation des plantations de sucre reposant sur l’esclavage. Le fascinant portrait de femme par Titien à la mode ottomane, conservé au John and Mable Ringling Museum of Art, dite la Sultana Rossa sera mon œuvre de conclusion, même si on pourrait encore en citer beaucoup d’autres. Vêtue d’un turban blanc rehaussé de bijoux et borderies et d’une tunique incrustée de pierres précieuses nous lance un regard à la fois proche et énigmatique. Le traitement de la lumière dorée et chaude traduit l’influence de l’école vénitienne et ajoute une note sensuelle au-delà des codes du portrait de cour de l’époque. Ce goût pour l’orient chez les européens selon une forme d’exotisme est très recherché alors. Un cosmopolitisme et une hybridation culturelle qui témoigne de cette mondialisation précoce irriguant l’ensemble de la société. Ce voyage peut se poursuivre à travers les collections de Musea Bruges (90 000 objets), notamment au Musée Groeninge ou Gruuthuse autour des grands maître flamands déjà cités. INFOS PRATIQUES : Laure Prouvost, « The Whispering Walls Rêve » création in situ pérenne « Latent City » Refik Anadol « Vision large », les mondes interconnectés de Bruges jusqu’au 9 juin 2026 Billets expositions Standard — € 20 < 26 ans — € 15 Ouvert mardi – dimanche Le Bar BRUSK https://bruskbrugge.be/fr/calendar/events https://bruskbrugge.be À LIRE Jardin des délices de Laure Prouvost au Palais de Tokyo Organiser votre séjour : https://www.visitflanders.com/fr/destinations-en-flandre/bruges https://www.visitbruges.be/fr https://www.eurostar.com/fr-fr Bruges est à 1h de train depuis Bruxelles. Marque-page0
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