Pour sa première carte blanche, Florence Drouhet, commissaire d’exposition et directrice artistique du festival La Gacilly-Baden Photo (Autriche), a choisi de nous présenter le regard de trois femmes photographes. Léa Habourdin, Anaïs Tondeur et Ester Vonplon sont trois artistes qui ont en commun de travailler sur le végétal sauvage, en collaboration étroite avec les éléments naturels, dans des démarches résolument engagées sur les enjeux écologiques. On retrouvera d’ailleurs Ester Vonplon dans le cadre du Festival Mondes en commun au Musée Albert Kahn.

Préambule

A l’heure où tout le monde se fascine ou s’inquiète de l’arrivée de l’IA, je souhaitais présenter des séries d’auteurs -artistes et documentaristes – utilisant la photographie et qui ont choisi de travailler en collaboration et en confiance avec le réel, avec le monde physique, tel qu’il est donné. Ils arpentent les villes et les forêts, les glaciers et les volcans. Ils mettent en place des dispositifs artisanaux rigoureux, ils fabriquent avec les éléments, la matière, la lumière, et leurs yeux grands ouverts, et leur intelligence humaine.
Ils révèlent notre capacité à nous relier profondément au monde, à sa réelle présence, et en montrent sa puissante beauté.

Léa Habourdin, Anaïs Tondeur, Ester Vonplon

Trois artistes qui travaillent dans, avec, et sur le végétal sauvage, dans une collaboration dynamique avec les éléments naturels.
Leurs oeuvres sont réalisées dans un processus partagé avec les éléments naturels présents sur place : des moyens simples et des matériaux rudimentaires, mais toujours associé à un protocole de recherche exigeant et sophistiqué, tant dans sa démarche scientifique que dans sa mise en oeuvre esthétique.
Enfin, ces travaux sont fortement engagés sur la réflexion écologique.

Léa Habourdin

© Léa Habourdin

Productrice d’image et cueilleuse, Léa Habourdin récolte des végétaux pour tirer ses images. Pour Images-Forêts : des mondes en extension, elle a arpenté des « forêts intouchées », en France, à la recherche d’une matière première à la photographie.
Elle a ensuite réalisé ses tirages en extrayant la chlorophylle photosensible de végétaux, et en utilisant des pigments fabriqués à partir de plantes cueillies à proximité, obtenant ainsi le jaune vif des feuilles de bouleau, le rose pâle des pétales de coquelicot, le bois de pernambouc ou la persicaire,… Ces tirages, des anthotypes, ont la particularité de ne pas résister à la lumière. Présentés avec un système de volet qu’on choisit d’ouvrir ou pas, ils nous questionnent sur notre impact sur cette fragile beauté.

Avec (With) © Léa Habourdin

Avec (With) © Léa Habourdin

Dans cette deuxième série, les images sont des impressions sur tissus, toujours teintés avec des encres pigmentaires végétales faites maison. Intitulée Avec (with), elle met en avant notre relation à l’usage domestique du monde, au récit que l’on fait de ces espaces naturels.

Anaïs Tondeur

F17 Byrsonimalucida Chernobyl Herbarium, Rayogram, 2011-ongoing © Anaïs Tondeur
F23 Unknown specie Chernobyl Herbarium, Rayogram, 2011-ongoing © Anaïs Tondeur

Le 26 avril 1986, le cœur du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl explose, laissant s’échapper un nuage de particules radioactives dans l’atmosphère.
Le projet Tchernobyl Herbarium est composé d’un rayogramme par année passée depuis l’explosion. Soit l’empreinte directe de spécimens d’un herbarium radioactif sur des plaques photosensibles, où le césium-137 et le strontium-90 qui innervent la plante, contribuent à la création de cette empreinte sur la plaque photosensible
Les végétaux sont ceux cultivés dans le sol de la Zone d’Exclusion par l’équipe du bio-généticien Martin Hajduch qui étudie les conséquences de la radioactivité sur la flore dans les zones fortement irradiées, autour de la centrale. Les 40 rayogrammes radioactifs ainsi créés sont conservés dans une boîte en plomb stockée dans le sous-sol d’un laboratoire.

Alliaria petiolata, Canale dei Regi Lagni, 13x18cm, Fioridi Fuocho © Anais Tondeur
Eucalyptus camaldulensis, 24x30cm, Ercolano, Vesuvio, Fioridi Fuocho © Anais Tondeur

Le projet Fiori di Fuoco (Fleurs de feu) est réalisé dans la région de Naples à partir de plantes poussant sur les terrains extrêmes que sont les sols volcaniques du Vésuve et la Terra dei Fuochi, polluée par des décharges illégales.
A l’époque romaine, les plantes rudérales étaient utilisées pour guérir les habitants, quand elles permettent aujourd’hui de soigner les sols contaminés de déchets toxiques qui y sont enfouis

Dans une décharge transformée en laboratoire photographique à ciel ouvert, sans extraire les plantes de leur milieu, en utilisant la lumière du soleil, Anaïs procède par contact : le phénol produit par les plantes rudérales crée une réaction chimique naturelle sur le papier ou le tissus photosensibilisé.
Les plantes ainsi appelées à collaborer au processus artistique, révèlent leur puissance esthétique ainsi que leur vitalité écologique

Ester Vonplon

Flügelschlag (Battement d’ailes)

Fluegelschlag © Ester Vonplon

Cet herbier d’Ester Vonplon est une collection de feuilles, fleurs et tiges sauvées de l’éphémère. Chacune de ces plantes a été exposée au soleil sur du papier photosensible, afin que leur empreinte y soit déposée. Aucun appareil photographique n’a été utilisé. Exposée en grand format, les oeuvres acquièrent une forte présence iconique ; quand en petit format, elles affirment leur fragilité.
Ester Vonplon a crée ces photogrammes avec du papier photographique de 1907. À la lumière du soleil, le papier photosensible, qui a été conservé dans l’obscurité pendant plus de cent ans, change de couleur en quelques heures. Créés sur place, les plantes sont juste posés sur le papier photo, laissant alors des ombres floues parce qu’elles ont bougé sur le papier au gré du vent. Les images révélées par l’exposition directe sur le papier photographique sont évanescentes : l’impression semble fragile au point de risquer de disparaître.
On trouve chez Ester Vonplon le même émerveillement face à la magie de la photographie dans ses pouvoirs de reproduction de la nature ; la photographie y est une expérimentation et un outil de poésie. L’empreinte, la trace, la silhouette intéressent l’artiste plus que la précision photographique. Dans Flügelschlag , la nature se révèle dans sa vulnérabilité.

Cette série est actuellement exposée dans le cadre du Festival Mondes en commun, Musée Albert Kahn (Boulogne-Billancourt)

INFORMATIONS PRATIQUES

jeu22mai(mai 22)11 h 00 minsam20sep(sep 20)19 h 00 minFestival Mondes en communMusée départemental Albert-Kahn, 2, rue du Port, 92100 Boulogne-Billancourt 0 Ajouter à ma wishlist

La Rédaction
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