Pour sa cinquième et dernière carte blanche, notre invitée de la semaine, Frédérique Founès, pose un regard tendre et convaincu sur le Moulin Blanchard, centre d’art niché dans le Perche dont elle assure la direction artistique depuis 2025. Loin de tout romantisme rural, elle défend une idée simple et nécessaire : la culture en territoire rural n’est pas un luxe, c’est un acte politique, économique et humain. Un texte lucide et généreux, à l’image d’une démarche qui place l’utilité sociale de la culture au cœur des priorités.

⬪ Le premier volet de la saison 2026 du Moulin Blanchard se tient jusqu’à dimanche autour de la thématique du portrait avec la tenue de trois expositions :
➔ Les grands portraits de Nadar
➔ Sape et Studio — Malick Sidibé & Baudoin Mouanda
➔ The Others — Olivier Culmann / Tendance Floue

⬪ Le second volet, festival Hors les murs du Moulin Blanchard ouvre ses portes le 30 mai, dont la programmation est construite autour du thème de la pomme un patrimoine percheron d’excellence et un symbole universel et fédérateur – réparties dans 5 lieux du Perche.
Consulter le catalogue du festival en cliquant-ici.

Nommée directrice artistique du Moulin Blanchard en 2025, centre d’art appartenant à la commune de Perche-en-Nocé et porté par l’association éponyme, je mesure aujourd’hui plus encore à quel point la culture est essentielle dans les territoires ruraux. Cette nomination s’inscrit dans une continuité. J’ai par le passé collaboré avec le maire de la commune, particulièrement engagé pour la culture, à l’occasion d’une exposition de Patrick Bard organisée dans l’immense Prieuré Sainte-Gauburge par l’écomusée de Saint-Cyr-la-Rosière.

Victor Hugo par Felix Nadar

Cette nouvelle expérience confirme ma conviction profonde qui semble enfoncer des portes ouvertes, mais qu’il est toujours utile de rappeler en temps de disette : la culture en milieu rural n’est ni un luxe ni un « supplément d’âme » réservé aux grandes villes. Elle constitue un véritable levier de vitalité pour les territoires. Elle crée du lien social, favorise la transmission, nourrit un sentiment d’appartenance et participe à construire un avenir commun. Elle joue également un rôle économique concret. Une programmation culturelle attire des visiteurs, fait vivre les cafés, les restaurants, les hébergements et les commerces locaux, tout en donnant au territoire une visibilité plus large.

Un territoire qui défend une ambition culturelle affirme qu’il n’est pas seulement un espace où l’on habite, mais aussi un lieu où l’on pense, où l’on crée et où l’on désire vivre. La culture contribue ainsi à réduire les inégalités d’accès entre ruralité et urbanité, mais aussi les inégalités de représentation. Les campagnes restent trop souvent racontées depuis les villes, comme des espaces périphériques, figés ou en retard. Une politique culturelle rurale est une politique de développement et de récit collectif, une manière pour un territoire de reprendre la parole sur lui-même.

© Malick Sidibé

En tant que programmatrice, j’essaie toujours de tenir compte de cette dimension collective. Le public du Moulin Blanchard ne vient pas seulement voir de l’art. Il s’y retrouve, échange, débat et partage des émotions communes à la buvette du Moulin, s’attarde dans sa librairie. Le lieu accueille également trois programmations dédiées à la photographie et aux arts plastiques qui regroupent 16 expositions déployées d’avril à fin septembre, dont un festival. Un second festival, cette fois consacré au polar, clôture la saison. La réouverture du Moulin a été consacrée au portrait de studio et à ses origines autour de quatre photographes, Nadar, Olivier Culmann, Beaudoin Mouanda et Malick Sidibé.

Chaque édition du festival dédié aux arts visuels est profondément ancrée sur le territoire. Cette année, nous avons choisi la pomme comme thématique centrale, dans toutes ses dimensions symboliques, du jardin des Hespérides à l’arbre de la connaissance, de la pomme d’Adam à celle de Newton ou celle de Blanche-Neige. À partir de ce fruit lié à la terre et à l’économie percheronne, les expositions et installations d’Alma, Catherine Baÿ, Claudine Doury, des ÉpouxP, de Laurent Millet, de Nouili Omer, de Michel Séméniako, de Jean-Pierre Sudre, de Sophie Zénon ainsi que l’exposition collective « Est-ce qu’une pomme ça bouge ? » ont été choisies pour leurs dimensions ludiques, sensibles ou existentielles, capables de faire dialoguer un imaginaire local avec des références universelles.

Photographie issue de la série The Others (Phase 1). Inde, 2009-2013
© Olivier Culmann / Tendance Floue

Le Moulin accueille également des photographes, écrivains et artistes en résidence, au contact direct des habitants. Leur travail sur le terrain contribue également à faire communauté. Qu’il s’agisse cette année de la photographe Estelle Lagarde, qui travaille sur la mémoire, ou de Nadine Gestin sur la croyance, à découvrir au Moulin du 25 juillet à la fin septembre, leurs projets participatifs ont convoqué des habitants de générations très différentes, issus de tous les milieux, resserrant les liens entre eux et le Moulin Blanchard.

Le Moulin est un bien commun, un lieu vernaculaire qui a été presque entièrement rénové par des bénévoles, de la maison des artistes aux espaces d’exposition, dont une magnifique grange cathédrale. C’est un lieu patrimonial vivant, un lieu de mémoire sans nostalgie ni pittoresque.

Mon petit surnom sur place est « Pyjama ». Non pas parce que je suis fatiguée comme Dormeur dans Blanche-Neige, mais parce que j’aime me lever au Moulin, ouvrir grand les fenêtres et boire mon café en regardant les collines du Perche, jusqu’à ce qu’un bénévole vienne me sortir de ma rêverie pour me remettre immédiatement au travail, les cheveux défaits et les claquettes aux pieds. Je vous rassure, dans la troupe du Moulin il y a aussi Peintoche, Solutions, Maquette et bien d’autres personnalités sans lesquelles rien ne serait possible. Tous vivent la culture comme une question d’égalité et tentent de faire en sorte que chacun se sente légitime face aux œuvres et aux récits. C’est tout l’enjeu de notre démarche. Cela demande du temps, des efforts constants pour convaincre, fédérer les habitants de toujours comme les nouveaux arrivants, faire circuler la parole par le bouche-à-oreille, qui reste le meilleur outil de communication possible. Cela suppose le maintien du soutien des institutions et des acteurs locaux, la recherche de nouveaux partenaires privés, le développement de notre boutique, l’augmentation du nombre de visiteurs et des recettes de notre billetterie, des revenus propres qui ont constitué 42 % des ressources du Moulin en 2025.

Les lecteurs de cet article penseront peut-être que j’ai une vision naïve et utopique du Moulin Blanchard et du collectif. Ce que je peux simplement leur répondre, c’est que trouver du sens à ses actes et avoir le sentiment de faire quelque chose d’utile fait du bien.

INFORMATIONS PRATIQUES

ven17avr(avr 17)14 h 00 mindim24mai(mai 24)18 h 30 minSaison 2026 du Moulin BlanchardMoulin Blanchard, 11 Rue de Courboyer 61340 Perche-en-Nocé

sam30mai(mai 30)14 h 00 mindim19jul(jul 19)18 h 30 minFestival Moulin Blanchard Hors les murs #2POM POM POM POM !Moulin Blanchard, 11 Rue de Courboyer 61340 Perche-en-Nocé

APPEL EN COURS : RÉSIDENCE CAPSULE

mer20mai(mai 20)7 h 00 minmar30jui(jui 30)23 h 59 minRésidence Capsule : Photographie & Approche TerritorialeMoulin Blanchard, 11 Rue de Courboyer 61340 Perche-en-Nocé

À LIRE
Saison 2026 au Moulin Blanchard : Le portrait, entre regard et mémoire
Estelle Lagarde est la lauréate de la Résidence Capsule Moulin Blanchard 2025
Perche : Une saison artistique en trois temps au Moulin Blanchard

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

    You may also like

    En voir plus dans L'Invité·e