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Pour l’ouverture du nouvel espace de la galerie, au 28 rue du Grenier Saint-Lazare, j’ai choisi de donner carte blanche à l’artiste flamand Jan Fabre, né en 1958. Nous travaillons avec lui depuis l’an 2000 et nous avons poussé son développement en tant qu’artiste plasticien. Je voulais montrer comment une galerie repose avant tout sur un « compagnonnage » étroit entre artiste et marchand. A chaque exposition, et c’est notre neuvième ensemble – nous lui avons fait confiance et il a toujours surpris le public.

C’est mon collègue Bernd Klüser, de Munich, qui m’a appelé en 1999 pour me conseiller d’aller voir son travail, exposé alors dans une église de Montpellier, le Carré Sainte Anne, pendant l’été. Je me souviens des sculptures de scarabées et des colonnes recouvertes de jambon. Nous sommes immédiatement convenus d’une première exposition qui a eu lieu en octobre 2000. Jan Fabre a une personnalité hors du commun.  Fourmillant d’idées, il ne cesse jamais de travailler, dormant quatre à cinq heures par nuit et épuisant ses collaborateurs. Toujours enthousiaste, drôle et souriant, rien ne le perturbe. Dans son « laboratoire » anversois, il fait travailler une troupe de danseurs, des dramaturges, et une équipe d’administrateurs pour ses activités plastiques ou de spectacle vivant. Pour moi, c’est une collaboration de premier ordre, car j’ai pu suivre le développement de sa pratique plastique alors qu’au départ il n’était considéré que comme un homme de théâtre. Il est devenu maintenant un sculpteur à part entière. Je l’ai vu passer des robes en os, aux réalisations en élytres de scarabées, aux sculptures hyper réalistes en silicone puis ensuite en marbre de Carrare ou en verre de Murano.

Son extraordinaire exposition au Louvre, en 2008, « L’ange de la métamorphose », l’a amplement confirmé. Il a réussi un pari risqué, faire dialoguer ses œuvres avec les grands classiques (Bosch, Dürer, Rembrandt, Rubens, Van Eyck, Van der Weyden…) dans les salles consacrées aux peintures de l’École du Nord. Jan est un digne descendant de Bruegel et de Bosch, et, plus près de nous, de Félicien Rops. D’ailleurs, cette exposition du Louvre a été si marquante que moins de dix ans plus tard, c’est le célèbre Musée de l’Ermitage à Saint Petersburg qui l’a invité à son tour à concevoir une grande rétrospective en dialogue avec leurs collections.

Jan Fabre est un homme complet, qui fait dialoguer tous les champs d’expression et de connaissance, qui dessine, écrit, conçoit sculptures et installations, met en scène et chorégraphie. Il a présenté l’année dernière à Berlin sans doute un des plus longs spectacles théâtral de l’histoire, Mount Olympus, qui dure vingt-quatre heures. Une centaine de tableaux scéniques tous plus beaux et envoûtants les uns que les autres, dans lesquels une vingtaine de comédiens livrent leur corps jusqu’à épuisement complet. Son spectacle a déjà été donné à Vienne, Madrid, Paris, Bruxelles. Cet automne, il doit aller à Moscou puis à New York. C’est un des rares artistes capables de se renouveler en permanence et qui repousse les limites de la définition de l’art, de la performance, de la sculpture.

Son exposition à la galerie en ce moment est festive et déconcertante au premier regard : des sculptures religieuses recouvertes de paillettes de carnaval, une croix géante où pendent des masques, des coquillages rigolards aux attributs sexuels. Tout a été conçu comme une sorte de carnaval, typiquement Belge. Pour lui, c’est une façon d’évoquer l’inconscient Belge, et tous les paradoxes de l’appartenance culturelle – le folklore, l’ambivalence du patriotisme dans une époque de montée des nationalisme, le poids inconscient de la religion dans notre identité européenne. C’est une belle réflexion sur les liens entre art, arts populaires et culture, et donc une magnifique exposition pour lancer ce nouveau lieu de l’art contemporain à Paris !

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