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Partager Partager Pour sa première carte blanche, notre invitée de la semaine, la curatrice française Marion Gardair, revient sur sa rencontre avec la photographe Sarah Moon. Nous sommes en 2023, à la Villa Medici, à Rome. La photographe y est invitée à présenter une vidéo composée d’images réalisées à bord de l’Orient-Express, dans le cadre d’une exposition consacrée à ce train mythique. Marion Gardair évoque ici un moment suspendu, à la fois intime, émouvant et profondément sensible, partagé avec une artiste dont l’univers fascine. En 2023, j’ai la chance d’assister à l’inauguration de l’exposition Orient-Express & Cie à la Villa Médicis, à Rome. Sarah Moon est invitée à présenter, dans le cadre de l’exposition, une vidéo rassemblant des images prises sur les traces du train mythique. Je suis très impressionnée à l’idée de peut-être croiser cette immense photographe, dont je n’ai jusqu’alors entendu que la voix, sublime, à la radio. Je ne connais pas son visage. Villa Médicis, image personnelle, 2023 Les invités sont réunis pour le dîner dans le grand salon de la Villa, où se ressent encore l’influence de ses différents directeurs — dont Balthus, qui en avait repeint les murs. À la nuit tombée, je m’éclipse pour admirer la vue sur la ville depuis un des balcons. Le crépuscule enveloppe Rome et les pins parasols se découpent dans l’obscurité. J’ai l’impression troublante d’être entrée dans une photographie de Sarah Moon lorsqu’elle sort à son tour sur le balcon. Nous restons quelques instants à observer le paysage en silence, puis nous nous présentons. La conversation s’engage et dérive sur Hervé Guibert, dont une exposition ouvre ses portes à Rome au même moment. Elle évoque avec émotion la disparition de son ami photographe des suites du sida lorsqu’un oiseau traverse le ciel, tout près de nous. Son magnifique regard fumé, sur lequel retombent quelques boucles, suit l’oiseau dans sa trajectoire, comme pour mieux cadrer la scène, pourtant sans appareil photo. En l’espace de quelques secondes, j’entrevois comment la photographe suspend le réel pour mieux s’y jeter. Une manière d’habiter le visible qui précède au geste photographique. Dans cette fulgurance, je crois aussi éprouver le flou si particulier qui habite ses images et qui paradoxalement, rend compte avec exactitude. Dolorès Marat et Sarah Moon, octobre 2025 © 9 Lives magazine Ce soir-là, je n’ai pas seulement découvert le visage de Sarah Moon : j’ai eu accès à son regard de photographe. Elle ne se souvient certainement pas de notre rencontre, mais je n’oublierai jamais la beauté de ce moment suspendu. BIENTÔT À ROUEN Centre photographique Rouen Normandie15, rue de la Chaîne 76000 Rouen sam30mai(mai 30)14 h 00 minsam26sep(sep 26)19 h 00 minSarah MoonD’après natureCentre photographique Rouen Normandie, 15, rue de la Chaîne 76000 Rouen Détail de l'événementPhoto : Sarah Moon, Paule Monory, 1996 © Sarah Moon / ADAGP, 2026 Le Centre photographique organise, dans le cadre du festival Normandie Impressionniste, une double exposition dédiée à Sarah Moon, Détail de l'événement Photo : Sarah Moon, Paule Monory, 1996 © Sarah Moon / ADAGP, 2026 Le Centre photographique organise, dans le cadre du festival Normandie Impressionniste, une double exposition dédiée à Sarah Moon, se déployant sur deux sites rouennais. À la faveur de la thématique du festival, celle du jardin, D’après nature propose un voyage rétrospectif dans l’oeuvre de la photographe. Rassemblant une soixante de tirages, noir et blanc et couleur, la double exposition explore les allées et contre-allées du jardin intérieur de Sarah Moon. Des photographies prises, entre autres, dans les jardins de bords de Loire, de la villa Médicis, du muséum d’histoire naturelle de Paris et de New York, à Bagatelle et réalisées entre la fin des années 1980 et 2013, sont complétées de prises de vues récentes issues de séjours normands. C’est une photographie au silence argenté et précieux, que viennent subrepticement traverser l’éclat de rire d’un enfant qui fait la roue, le bruissement des blés couchés par le vent, le battement de l’aile blanche frôlant l’oeil de l’appareil. Sarah Moon (1941), qui a beaucoup photographié le jardin et ses créatures, végétales ou animales, oeuvre dans les plis du temps et de l’esprit. Quelque part, dans leurs épaisseurs, elle attend que se forme l’image désirée. Si la photographie de mode, par laquelle elle s’est faite connaitre, s’est imposée à elle par nécessité, c’est le paysage, et plus précisément le jardin qui s’est révélé être son territoire d’élection. Lieu de mémoire par excellence, le jardin chez Sarah Moon se fait palimpseste, enchevêtrement de souvenirs, moments, sensations. C’est ici particulièrement qu’elle accueille dans son boîtier cet écho recherché entre le monde et son monde. En quelques tirages couleur monumentaux et un ensemble de riches noir et blanc, l’exposition D’après nature propose d’arpenter le jardin tel que Sarah Moon le perçoit : un territoire contrasté et vallonné, fait de vastes étendues, d’aimables recoins et de sombres bosquets, propice à recueillir joies et vicissitudes de l’âme. Le titre le rappelle, toute représentation de la nature est une vision négociée entre le réel tel qu’il se présente et tel que nous le percevons, chacun différemment. Cette déconnexion entre le réel et sa représentation, Sarah Moon l’embrasse plutôt qu’elle ne la combat. À rebours de ce que l’on pourrait attendre de la photographie, de son rapport privilégié au réel, l’artiste choisit de traduire cette volatilité par un art de l’ombre et du flou, porté par des temps de pause longs et le recours notamment au polaroid et au tirage aux pigments. Le jardin, partagé, ouvert, public, n’est pas celui dont l’expérience nous est proposée ici. Le jardin de Sarah Moon est privé, ou s’il ne l’est pas dans les faits (le jardin des plantes de Paris est assurément très fréquenté), il en paraîtra ainsi à l’image. Pour clore son périmètre, il y a par exemple la grande armature de verre de la volière de ce même jardin des plantes et il y a, presque toujours, ce noir profond qui achève de dépayser là ce champ, ici cet arbre. L’astre noir de Sarah Moon éclipse le trop de soleil et de couleurs, pour éloigner définitivement son paysage de l’orbite de l’imagerie carte postale. Peut-être finalement son jardin se situe-t-il sous le jardin, un « jardin de nuit » au sens où l’entend Gilles Clément évoquant, dans Une brève histoire du jardin, la place de la grotte : « Les grottes, les cavernes, les cryptes, les lieux enterrés sous le jardin mais faisant partie de lui, interrogent le rêve et la nuit, la part d’inconscient sans laquelle tout ce qui se tient à la lumière apparaîtrait avec la seule violence des certitudes : un décor de vanités. » Peut-être alors parcourt-on les murs d’une grotte, dissimulée dans le jardin planétaire, sur les parois de laquelle se projettent, auréolées de taches, nimbées de flous, les visions de Sarah Moon. On y croise des perroquets et des toucans, dont on ne sait dire s’ils sont aussi vivants que leurs couleurs ou saisis dans leur belle mort, des nymphes de pierre érodées, des empreintes de végétaux, des squelettes d’oiseaux : comme autant d’énigmes laissées à notre attention par une artiste qui n’a de cesse de parcourir sa nuit intérieure. Dates30 Mai 2026 14 h 00 min - 26 Septembre 2026 19 h 00 min(GMT-11:00) LieuCentre photographique Rouen Normandie15, rue de la Chaîne 76000 RouenOther Events Centre photographique Rouen Normandie15, rue de la Chaîne 76000 RouenOuvert du mardi au samedi de 14h à 19h sauf jours fériés Centre photographique Rouen Normandie Get Directions CalendrierGoogleCal À LIRE Sarah Moon est la lauréate 2025 du Grand Prix de l’Académie des beaux-arts en photographie FLORE : Robert Mapplethorpe, Josef Sudek et Sarah Moon, ces créateurs qui ont influencé mon travail Sarah Moon. La rétrospective Passé Présent au Musée d’Art Moderne de Paris. 1ère Partie Sarah Moon. La rétrospective Passé Présent au Musée d’Art Moderne de Paris. 2nde Partie Rencontre avec Sarah Moon dans le cadre des 15èmes Promenades Photographiques de Vendôme Carte blanche à Dominique Issermann : Sarah Moon à Milan L’une et L’autre. Ateliers de Femmes victimes d’exclusion dirigés par Sarah Moon et José Chidlovsky Marque-page1
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