D’après Nature couvre une sélection photographique des quarante dernières années de carrière de Sarah Moon, et est couronnée par une dizaine de photos inédites. L’exposition est née d’une invitation de Raphaëlle Stopin, directrice du Centre Photographique Rouen Normandie, à Sarah Moon, pour réaliser une série sur le thème d’Un possible jardin du festival Normandie Impressionniste qui célèbre le centenaire de la disparition de Claude Monet.

La robe de l’ange

D’après Nature est une promenade poétique, Sarah Moon (1941) sublime les reflets d’eau par les effets de lumière, le flou, la texture. Née à Vernon, en Normandie, d’une famille juive qui a dû fuir en Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale, le jardin est un refuge. Un lieu de mémoire où se mêlent infinie beauté et sensations.

Le parcours est un focus sur une partie méconnue de l’œuvre de Sarah Moon constituée de paysages. La dominante est le noir et blanc. La couleur n’apparaît qu’en grands et moyens formats pour d’imposants portraits de fleurs, d’oiseaux.

Certaines photos sont connues comme L’Été (1989) – un enfant sur la plage jouant à la roue -, et le cliché énigmatique de La Mouette (1998). En un instant, l’oiseau apparaît dans son élan, posant son regard devant l’objectif. Cette mouette a une apparence mortuaire, or les oiseaux naturalisés, par la vivacité de leurs couleurs sont comme vivants. L’œil d’un perroquet au beau plumage vert pourrait observer attentivement des visiteurs de l’exposition. 

© Sarah Moon – Le Pavot, 1997

Le Pavot (1997) dans un fond rouge ressemble à une affiche. Sarah Moon maîtrise le gros plan et recrée ce monumental coquelicot, sur un papier extrêmement mat. 

Des images entrent en résonance avec le travail de la photographe au Museum national d’Histoire naturelle à Paris, en 2013. L’expérience a été merveilleuse, elle en garde un souvenir ébloui. Pendant un mois, le Jardin des Plantes a été fermé pour travaux, Sarah Moon a pu se rendre dans ce site d’exception, au plus près de la ménagerie, du matin jusqu’en fin de journée. Un plus long extrait était initialement proposé au Pavillon du Jardin des plantes de Rouen. La photographie du Pin du jardin botanique (2013) est désormais exposée dans la vitrine côté rue du Centre Photographique. 

© Sarah Moon – Le pin du jardin botanique, 2013

Des titres d’œuvres de 1999, Drapé et La robe de l’ange représentant des feuillages, évoquent le registre de la mode dans lequel Sarah Moon, de son vrai nom Marielle Sarah Warin, a débuté en tant que mannequin. Elle signe sous pseudonyme ses premiers clichés en 1970 -, le photographe ne s’étant pas présenté sur un plateau de tournage. Elle commence donc de façon fortuite, encouragée par ses copines mannequins qu’elle avait pour habitude de photographier entre deux séances de maquillage ou de pose photos. Elle connaît un immense succès pour les campagnes publicitaires Cacharel.

Photographier les jardins en hiver, et en noir et blanc

© Sarah Moon – Le poirier, 1992

En 1985, après le décès de son grand ami et assistant Mike Yavel, Sarah Moon commence à photographier ses premières fleurs, les hortensias couverts de neige de son jardin. Son approche est particulière, car comme l’observe Mariia Litvinova du Centre Photographique Rouen Normandie, Sarah Moon traite certaines fleurs comme des modèles, la tige/corps s’épanouit et le cadrage réduit la fleur/tête non montrée dans son ensemble – on pense même à la coupe d’un chapeau. Dans sa récente interview accordée à Raphaëlle Stopin, Sarah Moon confie ne plus photographier les fleurs : « La dernière fois que j’ai fait des fleurs, je me suis rendue compte que je les cadrais jusqu’à ne garder que les tiges dans les vases et j’ai commencé à ne photographier que les vases. » 

Pour le projet en résidence, Sarah Moon a donné son accord à la condition de photographier les jardins en hiver, et en noir et blanc. Les photos ont finalement été prises en mars, en raison des tempêtes hivernales.

Sarah Moon ayant longuement pratiqué la photographie de mode en studio a pour habitude de contrôler l’image, de décider des rapports de volumes, des couleurs. Pour les paysages, elle privilégie le noir et blanc pour conserver cette possibilité de vérifier certains paramètres. Elle reste fidèle à la technique du film polaroid de Type 55, recommandé par son assistant Mike Yavel pour les nuances de noirs. Elle apprécie le négatif détachable, et paradoxalement les imperfections chimiques qu’elle recherche pour les bordures, la matière, l’esthétique vaporeuse. Sarah Moon est attachée à l’idée de porosité entre la réalité et l’image photographique, qu’elle accentue par le tirage au charbon notamment pour ses grands formats. 

Son œuvre sur la thématique du paysage est marquée par la répétition de sujets, à plusieurs années d’écart. L’accrochage a été réalisé par Raphaëlle Stopin en accord avec Sarah Moon. Les oiseaux de la Porte Dorée (2009) sculptés dans le bas-relief, L’appel (2011) – visage étonnant à la bouche entrouverte et couvert de lichen d’une statue -, et Drapé (1999) constituent une proposition sublime et mystérieuse.

© Sarah Moon – L’amaryllis, 2012

Pour son projet de résidence, Sarah Moon est allée au jardin de Claude Monet à Giverny, et a posé ses pas dans ceux du maître de l’Impressionnisme. Le Bassin devient miroir, créant des perspectives et révélant une atmosphère intemporelle. « Elle travaille souvent, surtout pour les natures mortes, au travers de miroirs, précise Mariia Litvinova. Chez elle, il y en a énormément. Ça couvre presque tout un salon. » 

Sa quête de lumière et des reflets du soleil dans l’eau s’est poursuivie dans un jardin botanique à Vauville, et sur les chemins des bords de mer du Cotentin. Sarah Moon privilégie le tirage platine-palladium sur papier japonais, en étroite collaboration avec Christophe Batifoulier, l’un des meilleurs tireurs pour ce procédé. Une signature a été ajoutée, ce qui est nouveau, une sorte de petit gaufrage avec son prénom et nom.

– Fatma Alilate

INFORMATIONS PRATIQUES

sam30mai(mai 30)14 h i minsam26sep(sep 26)19 h i minSarah MoonD’après natureCentre photographique Rouen Normandie, 15, rue de la Chaîne 76000 Rouen 0 Ajouter à ma wishlist


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Fatma Alilate
Fatma Alilate est chroniqueuse de 9 Lives magazine.

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