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Rencontre avec Guillaume Piens, Commissaire général d’Art Paris Art Fair

Temps de lecture : 4 minutes et 20 secondes

La vingtième édition d’Art Paris Art Fair ouvre ses portes aux professionnels dès demain, pour l’occasion, nous avons rencontré Guillaume Piens, le commissaire général de l’une des plus importantes foires d’art contemporain parisiennes.

9 lives : Les 20 ans d’Art Paris Art Fair, une date symbolique, un regard subjectif à travers 20 artistes. En quoi le profil de François Piron rejoignait vos objectifs, comment la sélection s’est-elle opérée ?

Guillaume Piens : A l’occasion des 20 ans d’Art Paris Art Fair, dont la vocation d’origine était de soutenir le marché de l’art français, nous avons développé la thématique de ce regard subjectif sur la scène française avec une sélection de 20 artistes parmi les projets des galeries participantes opérée par le commissaire d’expositions et critique d’art François Piron.

Nous avons choisi François Piron pour son indépendance de propos, sa capacité d’analyse et son intérêt pour les artistes francs-tireurs ou en marge des mouvements dominants qui correspond bien à l’esprit de découverte ou de redécouverte d’Art Paris Art Fair.

François Piron a en effet écrit à notre demande un texte d’analyse de fond sur les 20 artistes sélectionnés avec l’idée  de produire une cartographie plus complexe et plus diversifiée de la scène française au-delà des narrations instituées.

Pour la sélection, il y a eu tout d’abord un travail de recherche qui s’est porté sur des artistes singuliers, inclassables et en marge des mouvements dominants des années 1960 à nos jours, suivi de rendez –vous dans les galeries pour les convaincre de participer au projet.

Nous sommes très heureux du résultat qui met l’accent sur des figures à redécouvrir comme Frédéric Pardo à la Galerie Loevenbruck, le dandy du Paris psychédélique des années 1970,  ou Hessie à la Galerie Arnaud Lefebvre, femme de couleur et immigrée, précurseur dans les années 1970 d’un art féministe, ou sur des découvertes comme Vincent Gicquel, jeune artiste présenté en solo show par la Galerie Thomas Bernard Cortex Athletico.

9 lives : Quelle vision avez-vous sur la scène française en terme de visibilité internationale et stratégie des artistes ?

G. P. : On le sait, les artistes Français manquent de visibilité à l’international car ils ne sont pas assez soutenus, contrairement à d’autres pays, par leurs propres collectionneurs et institutions. Il a fallu attendre vingt ans après sa disparition pour que César obtienne une rétrospective au Centre Pompidou. Cependant des éclaircies se dessinent. Les artistes français étaient à l’honneur à New York en mars dernier avec une rétrospective de François Morellet à la DIA art foundation, Parmentier à la Galerie Ortuzar projects, et Martin Barré à la très influente Matthew Marks, sans parler de l’ouverture de la nouvelle galerie d’Emmanuel Perrotin dans le Lower East side avec une grande exposition de Jean-Michel Othoniel. Effet Macron ou pas, il  y a un regain d’intérêt au niveau international pour la France avec un nouveau paysage institutionnel dynamique qui se dessine pour Paris dominé par l’initiative privée (ouverture en Mars de la Fondation Lafayette Anticipations qui sera suivie en 2019 par celle de Fondation Pinault à la Bourse du commerce).

9 lives : Pays à l’honneur la Suisse avec une forte densité de réseaux culturels et qualité de l’offre : Quelles composantes a souhaité mettre en avant Karine Tissot dans son « Panorama » ?

La Suisse est à l’origine de certains des courants artistiques et des créateurs les plus singuliers du XXème et XXIème siècle.

Entre goût de l’épure et humour décalé, la scène artistique suisse est prolifique et diverse à l’image d’un pays à la croisée de différentes traditions et cultures européennes. C’est également une scène très décentralisée où chaque ville, de Zurich à Bâle, de Genève à Bern, cultive son autonomie et sa différence.

Outre la présence d’une centaine d’artistes, de différentes générations, représentés aussi bien par des galeries suisses qu’européennes, le programme vidéo, conçu par la commissaire invitée Karine Tissot, privilégie les femmes artistes suisses, l’apparition de ce nouveau médium dans les années 1970 coïncidant avec le suffrage féminin introduit au niveau fédéral en février 1971. De même les projections numériques sur la façade mettent en avant une génération d’artistes très innovante comme Camille Scherrer, Alan Bogana, Yves Netzhammer. Trois artistes qui représentent, par leur origine, trois régions culturelles différentes de la Suisse (Camille Scherrer pour la Suisse romande, Alan Bogana la Suisse italienne, Yves Netzhammer la Suisse alémanique).

En écho aux pratiques in-situ très prisées par les artistes suisses contemporains, les murs monumentaux nord et sud de la nef accueilleront quatre compositions murales all over conçues spécifiquement pour la foire dont un projet photo-mural de Christoph Rüttimann présenté par Mai 36 Galerie. Enfin, la Suisse étant le pays en Europe qui compte la plus grande densité de collections et de fondations, Karine  Tissot a invité la Collection d’Art Helvetia, collection exclusivement axée sur les artistes helvètes avec plus de 1 700 œuvres. L’exposition « Panorama », conçue par Karine Tissot se concentre sur ses dernières acquisitions et une quarantaine d’artistes peu connus en France. Elle raconte en trois volets l’importance dans l’art suisse de la ligne et du dessin, la relation au paysage.

9 lives : Promesses, et le Prix « l’art est vivant, promesses » : Quels phénomènes observez-vous en terme d’émergence depuis la création de ce secteur ?

G. P. : Il y a aujourd’hui  une mondialité de l’art. Les artistes viennent de tous horizons et de territoires de plus en plus lointains. Le secteur Promesses met en avant des scènes peu représentées à Paris comme ce fut le cas en 2017 avec des galeries venant d’Angola, de Lagos ou  de Bogota.

Concernant les artistes, leur pratique est de plus en plus interdisciplinaire. Je constate un retour au métier ; le dessin, la peinture, la céramique ou le textile par exemple. Beaucoup abordent les questions liées à l’identité et à l’appartenance, la relation au corps et à l’intimité, la mémoire et les oublis de l’histoire dans une société de l’information dominée par la vitesse et le présent, la relation à l’urbain et la destruction du paysage.

9 lives : Quelles sont les clés de la réussite d’Art Paris Art Fair, en ce printemps des arts parisiens et comment voyez-vous l’avenir ?

G. P. : La principale réussite d’Art Paris Art Fair est d’avoir aujourd’hui une identité bien particulière : promouvoir les nouveaux horizons de la création internationale, explorer les scènes peu ou rarement représentés à Paris,  soutenir la création française et européenne de l’après-guerre à nos jours, être une foire accessible aux passionnés d’art moderne et contemporain.

Sa réussite s’appuie aussi le travail acharné d’une équipe motivée d’une dizaine de personnes qui travaillent à l’année et que je tiens à saluer.

Depuis sa refonte complète en 2012 avec une nouvelle direction artistique et stratégique, Art Paris Art Fair est devenu le rendez vous incontournable pour l’art moderne et contemporain au printemps. La vingtième édition s’annonce des plus réjouissantes !

INFORMATIONS PRATIQUES
Art Paris Art Fair 
Du 5 au 8 avril 2018
Grand Palais
Avenue Winston Churchill
75008 Paris
http://artparis.com
9 lives est partenaire média de l’événement.