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Notre invitée de la semaine est Carine Dolek

Temps de lecture : 4 minutes et 10 secondes

Le festival de la jeune photographie européenne Circulation(s) s’est inauguré le mois dernier au CENTQUATRE à Paris, les expositions restent visibles jusqu’au 6 mai prochain. Pour l’occasion, cette semaine, nous recevons Carine Dolek, la co-fondatrice de l’événement et membre du comité artistique. Tout au long de la semaine, elle partagera avec nous ses coups de coeur.

Carine Dolek est journaliste, critique et commissaire indépendante. Directrice artistique de la galerie Le petit espace, Co-fondatrice du festival Circulation(s) et membre de l’association Fetart, elle préfère les questions aux réponses, et a exposé, entre autres, the Dwarf Empire, de Sanne de Wilde, The Curse – La malédiction, de Marianne Rosenstiehl, The Poems, de Boris Eldagsen. Elle est également lauréate du Young Curator Award de la Biennale de Photographie Photolux (Italie).

Le Portrait Chinois de Carine Dolek

Si j’étais une œuvre d’art : La dame de Brassempouy. Une extrait de beauté arraché au temps, chargé de symbolique et de pouvoir, qui agit encore aujourd’hui, comme une dynamo. Il y a une oeuvre de marbre, une sorte de tête suspendue avec des tentacules de seiche, extrêmement lourde et donnant l’illusion de la légèreté, qui me donne des frissons et dont je ne me souviens jamais de l’auteur, exposée à la fondation Maramotti de Reggio Emilia. J’aime ne pas me souvenir de l’auteur, qu’elle en soit détachée, autonome, et branchée sur une partie de mon esprit sans étiquette, en quelque sorte dédocumentée. Ces objets-là sont le mystère et le vertige.

Si j’étais un musée ou une galerie : Le MACBA de Barcelone. C’est accueillant, toujours éclectique, toujours pertinent, peu importe le sujet je sais que ce sera dense et nourrissant.

Si j’étais un(e) artiste : Je n’ai rien d’une groupie. Les artistes sont des personnes et réagissent aux contingences. J’aime les parcours à la Louise Bourgeois, qui a commencé à créer sur le tard, comme si elle avait passé sa vie à décanter, ou la « longue marche vers soi, vers la connaissance » de Pessoa, ou John Kennedy Toole, auteur de la Conjuration des imbéciles, qui s’est suicidé, épuisé par les refus des éditeurs, et dont le livre commence par la citation de Swift « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. »

Si j’étais un livre : Un mélange de La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, de Japrisot, de l’Etranger, de Camus, Out de Natsuo Kirino, et de l’Evangile du bourreau, d’Arkadi et Gueorgui Vaïner, Je relis régulièrement mes livres, ce sont des amis proches qui m’accompagnent, leur interprétation évolue avec moi.

Si j’étais un film : Très dur de faire un choix. Quatre me viennent, mais j’en ai bien 50 dans mon premier cercle: Biutiful, de Innaritu, où un homme se débat pour faire le bien et être juste quand tout est contre lui, ce film est tellement puissant qu’il me dévaste, l’Empire des sens, où comment aller jusqu’au bout du désir et du don total de soi, finalement, Le décalogue et Out of Africa. J’étais adolescente à la grande époque de Kieslowski, et j’ai plongé dans cet univers où il aborde avec justesse et intimité des questions morales difficiles, loin de tout manichéisme. Kieslowski, et son scénariste Krzysztof Piesiewicz ont littéralement cartographié mon âme . Out of Africa, que j’ai vu gamine et vu et revu depuis, est une formidable histoire de courage avant d’être une histoire d’amour. Il me faisait pleurer, déjà toute petite, mais je ne me rendais pas compte que c’était triste, c’était surtout beau.

Si j’étais un morceau de musique : J’en serai une bonne centaine que j’écoute en boucle. Extraits de mon cloud: Ain’t no mountain high enough, la version Marvin Gaye et Tammi Terrell, et Let go of letting go ou It’s invisible de Social Skills

Si j’étais un photo accrochée sur un mur : Deux choses sont punaisées au dessus de mon bureau: un dessin qu’une petite fille avait fait de mon ex ami et moi à un arrêt de bus, il y a dix ans, au gros crayon bleu. Créoles, sac à main, short et sandales à talons pour moi, barbe de trois jours et tongs pour lui, tout y est. Avant qu’elle parte je lui ai demandé si elle voulait bien me le donner, elle l’a signé et me l’a tendu. Il n’est pas encadré, juste glissé dans une pochette. C’est trop précieux pour être écrasé derrière du verre. L’autre, c’est une image de la série Fiat Lux de Spela Volcic, une artiste rencontrée en lecture de portfolio au festival de Savignano l’année dernière, elle fait se rencontrer des fleurs et de la lumière, j’aime son idée.

Si j’étais une citation : Je n’ai rien, dit le disciple à son maître. Alors débarrasse t’en, lui répond-il. Je ne sais plus d’où ça vient, mais j’aime ronger cette idée.

Si j’étais un sentiment : Le sentiment d’immensité

Si j’étais un objet : Ma planche à découper de cuisine en marbre. Elle sert pour la cuisine et pour mettre sous l’ordi quand il fait trop chaud à Marseille. J’adore les objets en marbre, j’avais une caisse de brisures sous mon lit quand j’étais petite.

Si j’étais une expo : Fields, l’exposition de la vidéaste et photographe israélienne Michal Rovner au Jeu de Paume en 2005.
Une révélation. J’y pense encore régulièrement. Son travail montre des situations de conflit: tensions, fractures, vulnérabilité, mais surtout perméabilité, contagion, hybridation. Elle part « toujours de la réalité. (Elle) l’enregistre, et ensuite, petit à petit, soutire l’image à la réalité. L’image devient plus floue, elle perd de sa définition, elle se rapporte dès lors à autre chose. » (Michal Rovner)

Si j’étais un lieu d’inspiration : N’importe où d’où on voit le ciel étoilé la nuit.

Si j’étais un breuvage : du kompot. C’est une soupe de fruits froide maison qu’on boit à la campagne en Pologne. Chez moi c’étaient des pommes, de la rhubarbe et des baies, fraises et groseilles à maquereaux.

Si j’étais un héros/héroïne : Dany de la Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, Karen de Out of Africa, Yayoi de Out

Si j’étais un vêtement : Ma parka kaki. Je l’ai portée tous les jours depuis son achat, ça a été le coup de foudre. Les beaux jours arrivent, elle devient trop chaude, il va falloir muer et la mettre au placard jusqu’à l’automne

Retrouvez les Cartes blanches de notre invitée tout au long de la semaine :

Carte blanche photographique à Carine Dolek : Tim Hetherington (mardi 3 avril 2018)
> Carte blanche à Carine Dolek : Le Maître de Feng Shui (mercredi 4 avril 2018)
> Carte Blanche : La Vidéothèque de Carine Dolek (jeudi 5 avril 2018)
> La Playlist de Carine Dolek & Les Bons Plans de Carine Dolek : De Cracovie à Marseille… (vendredi 6 avril 2018)

INFORMATIONS PRATIQUES
Circulation(s), Festival de la Jeune Photographie européenne
Du 17 mars au 6 mai 2018
CENTQUATRE-PARIS
5, rue Curial
75019 Paris
http://www.festival-circulations.com
http://www.fetart.org
http://www.104.fr
A LIRE : Ouverture de la 8ème édition du Festival Circulation(s) au CENTQUATRE, un regard à l’Est !