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Partager Partager La plasticienne Chloé Quenum qui a représenté le Bénin lors de la dernière Biennale de Venise et la vidéaste Amie Barouh sont réunies à la Fondation Pernod Ricard par la commissaire Elodie Royersous le régime du rêve en tant que lien avec l’invisible et espace de résistance comme le revendique le philosophe Mohamed Amer Meziane dans l’ouvrage « Au bord des mondes. Vers une anthropologie métaphysique ». L’enjeu de « L’argument du rêve » est de relier le rêve aujourd’hui à nos modes de relations, de vie et de connaissances et de brouiller cette piste entre le rêve et le réel, résume-t-elle. Quelle est l’origine de l’exposition ? L’origine de l’exposition remonte à de premiers échanges avec Chloé Quenum en 2023 qui avait commencé une recherche autour de la matérialité du rêve et du sommeil — comment dort-on ? qui a le droit au sommeil dans une société où la productivité est avant tout mise en avant ? Attentive à l’architecture et aux objets qui entourent le sommeil, Chloé s’est alors intéressée plus spécifiquement à l’appui-tête, que l’on retrouve dans différentes cultures et géographies, présenté sous différentes formes dans l’exposition. Si le rêve a souvent été abordé d’un point de vue intime ou en lien avec la psychanalyse dans le monde occidental, il me semblait intéressant de questionner aujourd’hui comment le rêve est considéré dans d’autres régions du monde, en écho aussi avec les recherches que je mène au Japon depuis plusieurs années, où les présences invisibles sont autrement prises en compte. Vue de l’exposition « L’argument du rêve » à la Fondation Pernod Ricard 2026, © ADAGP, Paris, 2026. Photo : Nicolas Brasseur Amie Barouh est une artiste franco-japonaise, avec laquelle j’avais déjà travaillé à l’occasion de l’exposition « Les Etres Lieux » en 2022 à la Maison de la Culture du Japon, où elle avait présenté une oeuvre qui faisait déjà appel à cet espace liminal du rêve et à sa potentialité. Pour l’exposition à la Fondation Ricard, Amie a conçu une nouvelle installation vidéo qui entremêle une archive vidéo sur la communauté rom, avec laquelle elle travaille depuis de nombreuses années, à ses propres images, montées ensemble à la manière d’un rêve à la fois intime et collectif. J’ai souhaité mettre en dialogue ces deux artistes, avec également un chapitre du livre « Au bord des mondes » du philosophe Mohamed Amer Meziane, pour leur manière de considérer l’espace du rêve comme un espace qui nous oblige à regarder la réalité autrement, et plus précisément les formes de rationalité héritées de la modernité occidentale. Comme le formule Mohamed Amer Meziane dans le texte qui est mis à disposition du public dans l’exposition, le rêve, au sens de « barzakh » en arabe, est un espace frontière, une expérience à même de faire tomber certaines séparations entre le réel et l’imaginaire, dans un geste décolonial. Le titre L’augment du rêve : pourquoi ce choix ? Ce titre renvoie à une notion philosophique qui a évolué au fil des époques et des géographies, apparue dans l’Antiquité grecque mais aussi dans la pensée chinoise dès le 4ème siècle avant notre ère. La parabole de Tchouang Tseu « Le Rêve du papillon » est ainsi considérée comme l’une des premières versions de l’argument du rêve. Ce sage rêve qu’il est un papillon et se demande à son réveil s’il est bel et bien un humain, ou un papillon ayant rêvé qu’il est un humain, renversant notre rapport au monde et à la vérité. Vue de l’exposition « L’argument du rêve » à la Fondation Pernod Ricard 2026, © ADAGP, Paris, 2026. Photo : Nicolas Brasseur. Comment ce dialogue entre les protagonistes se traduit-il dans l’espace de l’exposition ? L’ensemble du parcours traduit un état de veille et de conscience à partir de nouvelles œuvres conçues à cette occasion. L’installation de Chloé Quenum, intitulée « Tu respires à ma place sans le savoir », est constamment en mouvement, fluctuant entre des images fixes et animées, des objets qui s’éclairent au contact du public, des sons de respirations qui viennent rythmer l’espace, une partition lumineuse qui transforme l’éclairage de l’obscurité à la lumière et par là-même l’expérience que l’on peut faire des œuvres. Une peinture en trompe l’œil représentant la vue des fenêtres de l’espace de la Fondation sur la gare Saint-Lazare, crée aussi une impression de déjà vu, et amorce une sorte de processus fictionnel lié à ce rêve proposé par l’artiste. Les images en mouvement sont toutes réalisées à partir de photographies animées par l’intelligence artificielle qui vient aussi brouiller les frontières. L’installation vidéo d’Amie Barouh se présente sur plusieurs écrans et miroirs dans une mise en espace fragmentée offrant une multiplicité de points de vue. Le récit du film en voix off est celui d’une voyante japonaise à laquelle l’artiste a raconté ce montage vidéo comme s’il s’agissait de son propre rêve, ajoutant une nouvelle interprétation à ces images. Comme un nouvel espace à investir, comme un rêve éveillé renforcé par le jeu de miroirs dans lesquels le regardeur est projeté malgré lui, faisant alors aussi parti de ce récit. En parallèle, la série de collages sur papier « Storyboard pour O Suno » offre une autre lecture de cette installation, faite d’impressions et de notes sur papier qui ont accompagnées la réalisation de ce film. Convoquer cet espace liminal, ce surgissement, c’est s’ouvrir à d’autres gestes, d’autres liens, d’autres présences. Toute forme de certitude est mise en suspens. Elodie Royer est également la commissaire de « L’écologie des relations » au Frac Sud autour de ses recherches sur l’écoféminisme japonais en regard de la triple catastrophe du 11 mars Relire mon entretien à Marseille (lien vers). INFOS PRATIQUES : L’argument du rêve Jusqu’au 18 avril 2026 Fondation d’entreprise Pernod Ricard 1 Cr Paul Ricard 75008 Paris Entrée libre Programmation associée : Ateliers pour les vacances scolaires Visites commentées gratuites : mercredi 12h et 18h, samedi 12h et 16h https://www.fondation-pernod-ricard.com/fr/agenda Marque-page0
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